Développement, héritage, capacité d’organisation… Les JO de la jeunesse, un premier événement olympique en Afrique qui se veut moteur pour le Sénégal et le continent
Le Sénégal accueille les Jeux olympiques de la jeunesse à partir du samedi 31 octobre, marquant une première historique pour le continent africain.
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Le Sénégal lance les Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar, devenant le premier pays africain à accueillir un événement olympique, avec des enjeux d'infrastructures et de représentation pour la jeunesse.
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Why It Matters
Prévus initialement en 2022, les Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar ont été reportés en raison de la pandémie de coronavirus.
"L'Afrique accueille, Dakar célèbre". C'est sous ce slogan que le Sénégal va lancer officiellement, samedi 31 octobre, les Jeux olympiques de la jeunesse, le premier événement olympique de l'histoire sur le continent africain. Prévus en 2022 mais reportés à la suite de la crise du coronavirus, ces JOJ doivent permettre à l'Afrique de passer un cap dans l'accueil d'événements sportifs.
Le marathonien Eliud Kipchoge, le sprinteur Letsile Tebogo, ou encore la nageuse Kirsty Coventry, devenue présidente du Comité international olympique… "L'Afrique a amené tellement de grands champions et de grandes championnes", souligne Christophe Dubi, directeur des Jeux olympiques au CIO. Mais le mouvement olympique a attendu 2026 pour y poser ses valises."Ces JOJ sont très symboliques, parce qu'il s'agit de la démonstration d'une capacité d'accueillir en plus de produire de grands athlètes", poursuit le dirigeant suisse.
"L'Afrique est l'un des continents les plus représentés aux JO d'été en nombre d'athlètes, et ce depuis les indépendances coloniales", note Pascal Charitas, historien spécialiste du sport en Afrique. Dans ce contexte, "l'Olympisme ne pouvait pas se dire universel tant qu'un continent entier restait en dehors de la carte des pays hôte, affirme Olivia Nloga, directrice exécutive de la promotion de la marque Dakar 2026. Avec ces JOJ, cette anomalie historique prend fin".
L'événement est d'autant plus symbolique qu'il s'adresse à la jeunesse, et qu'il va se tenir sur le continent à la démographie qui s'en rapproche le plus. "Le Sénégal s'est porté candidat avec une conviction simple : ces Jeux devaient se tenir là où se trouve la jeunesse du monde. La moitié de la population du Sénégal a moins de 19 ans, et trois Sénégalais sur quatre ont moins de 35 ans. Aujourd'hui, 28 % des moins de 25 ans de la planète vivent en Afrique, d'ici 2100, ce sera près d'un jeune sur deux. Les JOJ nous ressemblaient, et le mouvement olympique ne peut pas construire son futur sans ce continent", ajoute Olivia Nloga.
L'Afrique privilégiée dans les candidatures et les quotas d'athlètes
Le Sénégal succède ainsi à Singapour, qui avait accueilli les premiers JOJ d'été en 2010, à la Chine, qui était hôte à Nankin en 2014, puis à Buenos Aires, théâtre de l'événement en 2018. "À l’origine des JOJ, il y avait l'idée de confier l'organisation à des pays qui ne souhaitent pas forcément accueillir les JO", explique Christophe Dubi. La dernière candidature africaine pour accueillir les JO remontait à 1997, avec l'Afrique du Sud qui postulait pour les Jeux de 2004, finalement attribués à Athènes.
Il n'y avait plus eu de candidature africaine depuis, et le CIO avait fait le choix de privilégier les dossiers africains pour les JOJ 2022, reportés à 2026. "L'organisation plus légère, mais complexe tout de même, avait convaincu quatre pays", note Christophe Dubi : le Botswana, le Nigéria, la Tunisie et donc le Sénégal.
"On accepte l'Afrique, mais on y va doucement. Ce ne sont que les JO de la jeunesse, tempère Pascal Charitas. Donner les JOJ à l'Afrique, c'est donner un signal à la jeunesse africaine en lui montrant qu'elle est la bienvenue, mais on n'engage pas un événement aussi stratégique que les JO. On commence par quelque chose qui, si ça se passe mal, aura un coût moindre médiatiquement et symboliquement. Accueillir un événement qui serait trop lourd ne serait pas un cadeau du CIO présidé par Kirsty Coventry, première présidente africaine de l'instance".
Les JOJ vont s'adapter au contexte local, avec moins d'épreuves (151 contre 241 à Buenos Aires) et donc moins d'athlètes (2700 contre près de 4000 à Buenos Aires). Et pour ces 2700 athlètes, "les systèmes de qualification ont été conçus de façon à ce que ce premier événement sur le continent africain bénéficie au continent africain en premier lieu. On aura donc des plus petites délégations pour des pays que l'on voit ultra-dominants lors des Jeux olympiques", affirme Christophe Dubi.
L'idée est de donner à ces jeunes athlètes africains une opportunité de franchir cette première étape vers le sport international. C'est une voie tracée vers des championnats continentaux, du monde et éventuellement les Jeux olympiques.
Christophe Dubi
à franceinfo:sport
Le Sénégal, à domicile, compte 136 athlètes. La France qui, notamment via l’Agence Française de développement, a prêté 85 millions d'euros au Sénégal pour ces JOJ, et qui va participer à la sécurisation de l'événement, dispose de la deuxième délégation, avec 69 athlètes. La Chine, qui investit massivement en Afrique, en compte 66. À titre de comparaison, les Etats-Unis n'envoient que 29 sportifs, soit moins que le Maroc (39) ou le Kenya (42).
Des infrastructures qui doivent servir aux Sénégalais
Au-delà de cet enjeu sportif, ces JOJ revêtent une importance pour le continent "de se rendre visible et attractif", selon Pascal Charitas. "La plupart des pays africains sont nés sur des frontières qui ont été tracées par les colons, et il a fallu rassembler des ethnies très différentes derrière un même drapeau, une même identité. Un événement de cette ampleur permet de créer de l'attachement, un sentiment national, mais aussi de l'emploi", poursuit l'historien.
"Le Sénégal est un pays qui vit du tourisme et qui a besoin de diversifier ses attraits au niveau économique. Le pays va montrer ses capacités d'accueil, sa logistique, son organisation, ses transports, sa sécurité. Cela dépasse le cadre du sport. C'est aussi montrer aux autres pays africains francophones que le pays se distingue, sort du lot, et parler aux pays du Maghreb, notamment le Maroc, pour montrer que nous aussi, on peut et on sait faire", affirme Pascal Charitas.
Reste que du côté du peuple sénégalais, l'engouement n'est pas encore à son paroxysme. Dans la semaine précédant l'ouverture des JOJ, ils sont même nombreux à avoir participé à une grève générale pour réclamer des améliorations de conditions de travail dans certains secteurs publics. La question de l'héritage, dont espèrent bénéficier les Sénégalais, est primordiale. À Dakar, un seul site est complètement sorti de terre : le centre équestre, qui sera géré à l'avenir par la gendarmerie nationale.
Pour le reste, la Dakar Arena (badminton et futsal) et le Dakar Expo Center (escrime, boxe, tennis de table, judo, wushu) existaient déjà, tout comme le stade Abdoulaye Wade, inauguré en 2022. Le complexe Tour de l'Oeuf, qui accueillera notamment la natation, a vu sa piscine olympique complètement rénovée. Et le stade Iba Mar Diop, à l'abandon, a été transformé avec notamment une halle multisport. Le village olympique, assez sommaire en ce qui concerne les chambres (non climatisées), est situé sur un campus universitaire et bénéficiera aux étudiants à l'issue des JOJ.
"Il y avait un enjeu majeur sur des infrastructures très belles, comme Iba Mar Diop, mais plus entretenues, où on pouvait conserver des infrastructures sportives au centre-ville grâce aux JOJ, ce qui n'est pas facile face aux promoteurs. Et cela permettra aux sportifs de pratiquer leur discipline au centre de Dakar", appuie Christophe Dubi. Le Sénégal a également profité de ces JOJ pour prolonger son tronçon de TER, jusqu'à l'aéroport international Blaise-Diagne.
Le CIO se félicite aussi d'un programme de formation à destination de 300 jeunes, dans le domaine du management du sport. "C'est de l'héritage humain en matière d'organisation sportive", soutient le directeur exécutif des Jeux olympiques. "Il y a également 6000 volontaires, qui auront vécu une expérience unique, et nos services publics de sécurité et de transport auront acquis un savoir-faire dans l'organisation de grands événements, se félicite Oliva Nloga. C'est un message au monde : l'Afrique n'est pas seulement une terre de talents, elle sait organiser, accueillir et fédérer".
Le CIO ne manquera pas de prendre des notes. "On voit ce qu'il faut importer de l'extérieur. C'est toujours le cas dans le cadre des JO, mais c'est une question de quantité. Qu'est-ce que le continent peut fournir ou non ? Parce qu'en termes de logistique, mais également d'impact financier, c'est un facteur de complexité supplémentaire, mais qui peut être gérable. Donc on va en tirer beaucoup d'observations qui vont nous être utiles dans le dossier de l'Afrique du Sud pour les JO à venir", promet Christophe Dubi.
What to Watch
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Le CIO s'appuiera sur cette édition pour évaluer une future candidature de l'Afrique du Sud.
Likely · Within months
Open Questions
- Quels seront les retombées économiques à long terme pour le Sénégal ?
- Ces JOJ ouvriront-ils la voie à une candidature africaine pour les JO absolus ?





