
La couverture du magazine mettant en scène le président de la République en jet-ski suscite de vive critiques de l'opposition et relance le débat sur la peopolisation de la vie politique.
La couverture du 13 août de Paris Match montrant Emmanuel Macron en jet-ski au fort de Brégançon déclenche de vives critiques de l'opposition sur fond de crises climatiques, tandis que d'autres personnalités politiques comme Raphaël Glucksmann font aussi l'objet de reportages estivaux.
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La publication de photos estivales de personnalités politiques dans la presse people est une pratique récurrente sous la Ve République.
Ce n'est pas l'affiche du prochain film de Tom Cruise mais bien la couverture de l'édition du 13 août de Paris Match. Lancé à pleine vitesse sur son jet-ski, muscles saillants sous son gilet de sauvetage, le président de la République semble chercher du regard le lecteur de l'hebdomadaire du groupe LVMH à travers ses larges lunettes de soleil. "Emmanuel Macron. Dernier été aux commandes", titre le journal, promettant des photos exclusives des vacances présidentielles au fort de Brégançon (Var), résidence des chefs d'Etat durant la pause estivale.
A l'intérieur, Paris Match publie d'autres clichés d'Emmanuel Macron, que l'on voit tour à tour à bord d'un bateau pneumatique avec ses gardes du corps, à la plage ou s'essayant au surf foil, une discipline nautique. Ce reportage est loin d'être une première, des clichés similaires ont été publiés les années précédentes par le même magazine ou d'autres titres de la presse people.
"Ce n'est pas une invention macroniste de faire la une de 'Paris-Match'. Valéry Giscard d'Estaing avait modernisé l'exercice de la peopolisation de la vie politique, avant que ça ne soit même devenu un outil de gouvernement sous Nicolas Sarkozy", rappelle Florian Silnicki, expert en communication et fondateur de l'agence La French Com.
"Je trouve cette une obscène"
Les photos de l'hebdomadaire ont immédiatement entraîné un torrent de réactions, de détournement sur les réseaux sociaux et de critiques des oppositions. Dans un long message sur X, la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, met en parallèle l'image renvoyée par Emmanuel Macron et l'été de tous les records que connaît la France, entre sécheresse historique, canicule à répétition et incendies hors normes. "Emmanuel Macron ayant autorisé cette publication, il en est comptable. Cela signifie qu'il ne voit aucun problème à s'approprier les codes de la 'pétro-masculinité'. Et aucun problème avec cette photo qui est un gigantesque doigt d'honneur à l'écologie, il le sait", dénonce la candidate à la présidentielle.
"Pendant la canicule, quand la France brûle, quand une partie des Français n'a pas pu partir en vacances, le président s'amuse en jet-ski à Brégançon. C'est ça le message ? C'est très réussi !", a déploré Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, sur X. "Je trouve cette une obscène, déconnectée et pour tout dire au mieux ridicule pour ceux qui s'y adonnent et au pire très humiliante", tacle également le député insoumis Antoine Léaument.
"Je ne sais pas à qui c'est censé parler en dehors d'un microcosme politico-médiatique qui doit concerner au mieux 700 personnes dans un pays de près de 70 millions d'habitants."
Antoine Léaument, député de La France insoumise
à franceinfo
Dans le camp macroniste, les réactions sont partagées. "Le jet-ski, c'est vraiment pas génial", soupire une figure du parti présidentiel. Quand d'autres tentent de défendre le président. "Je comprends que l'opposition aille vers ce genre de critiques, mais ils n'ont que ça à se mettre sous la dent cet été. Contrairement à ses prédécesseurs, Emmanuel Macron a eu une présidence sobre sur ce plan-là, sa vie privée n'a pas interféré avec sa fonction, contrairement à Sarkozy et Hollande", argumente un conseiller du gouvernement. Selon lui, faire la une de Paris Match permet aussi au chef de l'Etat, alors qu'il est dans l'incapacité de se représenter, de se (re)positionner au centre du jeu politique.
"Ça montre qu'Emmanuel Macron existe encore et qu'il reste incontournable sur la scène politique avec ce type d'attaques."
Un conseiller du gouvernement
à franceinfo
"On installe le président comme personnage central des commentaires", abonde Florian Silnicki, qui évoque avec ces photos "une mise en scène [de la vie privée d'Emmanuel Macron], comme l'avait fait dernièrement Jordan Bardella".
Le président du Rassemblement national avait lui aussi fait couler beaucoup d'encre en posant au bras de sa compagne, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, en avril dernier dans Paris Match. "Tout de suite, ça présidentialise", jugeait la politologue Virginie Martin auprès de franceinfo. "Il entre dans la cour des grands. Et cela participe aussi d'une banalisation et d'une normalisation du Rassemblement national", poursuivait-elle. Une opération de communication et non pas une vraie paparazzade, comme l'avaient assuré plusieurs sources à France Télévisions. "Personne n'est dupe, ce ne sont pas des photos volées, c'est pour purger le sujet, ça sort et on n'en parle plus, ça permet d'évacuer et de passer à autre chose", confiait ainsi un cadre du parti d'extrême droite.
"Les numéros d'été se vendent bien"
Mais, du côté de l'entourage d'Emmanuel Macron, on réfute tout accord entre la présidence et l'hebdomadaire pour le shooting des photos : "Il ne s'agit pas d'une stratégie de com' de notre part, mais d'une paparazzade et du choix éditorial d'un journal." Un choix payant dans les kiosques ? "Depuis le début du premier quinquennat, 'Paris Match' fait ce genre de photos, c'est que cela fait vendre. Il y a donc un intérêt des Français, ils auraient arrêté sinon", croit savoir un cadre macroniste. "La politique, ça dépend vraiment des périodes mais les numéros d'été se vendent bien. Le dernier avec Nicolas Sarkozy a bien marché", confirme une source chez Paris Match. L'ancien président y apparaissait main dans la main avec sa femme Carla Bruni, avec ce titre : "Le triomphe de l'amour."
Le succès commercial de ce genre de publication ne doit néanmoins "pas être confondu avec l'approbation des électeurs", met en garde Florian Silnicki. "La peopolisation fabrique une sorte de familiarité, de notoriété mais pas une légitimité", appuie-t-il.
"Vous rentrez dans le foyer des Français lors de la pause estivale en touchant un public qui n'est pas celui des matinales radios, mais vous ne fabriquez ni confiance ni légitimité dans l'action politique."
Florian Silnicki, expert en communication
à franceinfo
Le leader du mouvement Place publique, Raphaël Glucksmann, qui doit dévoiler à la rentrée ses ambitions présidentielles, apparaît lui aussi sur la couverture de Paris Match du 13 août, en maillot de bain sur une plage corse, aux côtés de sa compagne Léa Salamé, présentatrice du JT de France 2 et journaliste à France Télévisions.
"Ce sont des photos volées. Paris Match fait cela chaque année, comme d'autres magazines people", assure l'entourage de Raphaël Glucksmann à franceinfo. Des photos similaires étaient d'ailleurs visibles en une du magazine Public du 31 juillet. Le couple, qui se rend sur la même plage corse chaque année, a déjà fait l'objet de photos semblables les années précédentes. Mais à la veille de la présidentielle, ces nouveaux clichés revêtent une dimension autrement plus forte et symbolique.
"C'est un bon coup pour lui"
"Il n'est pas président mais il est mis dans une sorte d'équivalence avec Emmanuel Macron en étant sur la même couverture. Cela contribue à lui donner une stature", estime un député socialiste. "C'est un bon coup pour lui, car cela lui permet d'acquérir une notoriété et une visibilité très utiles", abonde Florian Silnicki. Pour lui, les clichés peuvent toutefois créer "une dissonance de fond" entre ce que le leader de gauche prône et ses vacances sur l'île de Beauté. "Oui, c'est la Corse, mais la Corse simple. Il est sur son rocher en maillot en Corse alors que le président est sur son jet-ski", défend le député socialiste.
Faut-il nécessairement en passer par des clichés en maillot de bain sur la plage pour acquérir ou consolider son lien avec les Français ? Dans l'entourage de Sébastien Lecornu, on semble penser le contraire. Le Premier ministre, qui avait détonné en arpentant le marché de Vernon (Eure) avec son cabas et ses poireaux dans un numéro de Paris Match en octobre 2025, a réitéré le coup, en juillet, en accordant une grande interview à l'hebdomadaire, complétée de photos toujours sur le marché de Vernon, ville dont il fut maire.
Cette fois, pas question de photos volées mais un reportage fait en concertation avec le magazine. "On n'a pas fait la couverture, à la différence de tous les autres. Il y a beaucoup de fond dans l'interview et peu de personnel", se félicite l'entourage du chef du gouvernement. Alors qu'il est réputé très proche d'Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu a ici fait un choix d'image assez éloigné de celui du chef de l'Etat. Reste à savoir si l'image qu'il construit auprès des Français lui permettra d'assurer son avenir politique après Matignon.

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