
Emmanuel Macron, empêché par la Constitution de briguer un troisième mandat consécutif, a laissé entendre lors d'une interview avec Variety qu'il ne excluait pas un retour en politique après mai 2027, suscitant des spéculations au sein de son camp et des réactions de l'opposition, tandis que sa popularité reste au plus bas selon un récent sondage Ipsos.
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Emmanuel Macron est président de la République française depuis 2017 et a été réélu en 2022. La Constitution française limite à deux les mandats consécutifs présidentiels, ce qui l'empêche de se représenter en 2027. Son second quinquennat a été marqué par des difficultés politiques et sociales, notamment après la dissolution ratée de l'Assemblée nationale en 2024.
Il était sans doute l'un de ceux qui en parlaient le plus ouvertement. A chaque rencontre avec la presse, François Patriat, ancien patron des sénateurs macronistes, finissait par lâcher : "Dès que le président quittera l'Elysée, je lancerai un hashtag #Macron2032." Ce grand fidèle du chef de l'Etat, disparu en plein mois d'août à l'âge de 83 ans, n'aura pas eu l'occasion d'essayer de créer une tendance sur les réseaux sociaux. Mais son jeune champion, pour lequel il avait quitté le PS, pose peut-être déjà les premiers jalons d'un retour en politique.
A bientôt 49 ans, Emmanuel Macron est empêché par la Constitution de se représenter pour un troisième mandat consécutif. Les spéculations sur son avenir vont bon train. Que fera-t-il une fois les clés de l'Elysée remises à son successeur en mai 2027 ? Envisage-t-il vraiment un retour en politique ?
A l'occasion d'une visite au Sommet Lumière à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes) le 7 septembre, Emmanuel Macron a été interrogé par les journalistes du magazine américain Variety sur la possibilité de se représenter pour un troisième mandat à l'Elysée. "Soyons clairs : selon notre Constitution, vous avez droit à deux mandats consécutifs. Donc je terminerai mon mandat en mai prochain, et le peuple français élira quelqu'un d'autre", a-t-il d'abord répondu, comme le montre un extrait vidéo de cet entretien publié le 25 septembre. Et de continuer : "J'ai été très honoré et fier [d'être président] toutes ces années. Après ça, je devrais réinventer quelque chose d'autre. Mais je n'exclus rien. Il est assez inhabituel de revenir, mais nous verrons. La vie est inventive, parfois plus que les films."
"Emmanuel Macron se positionne"
Pourquoi laisser planer le suspense sur un éventuel retour, en pleine campagne électorale où son propre camp, divisé entre ses deux anciens Premiers ministres Gabriel Attal et Edouard Philippe, peine à percer dans les sondages ? Marc Fesneau, président du groupe MoDem à l'Assemblée nationale, voit surtout dans cette déclaration "une parole de bon sens". "Il ne fait que décrire la réalité des choses, sans s'enfermer dans je ne sais quelle suite pour lui. Il verra. Et nous verrons avec lui", relativise-t-il. "Emmanuel Macron est assez intelligent pour ne pas sortir cette phrase au hasard", nuance un parlementaire macroniste, assurant que le chef de l'Etat y a sans doute vu l'opportunité de "montrer qu'il est toujours dans la place."
"Emmanuel Macron se positionne. Ça lui permet d'envisager l'avenir et, au pire, d'expliquer qu'il comptera encore demain, embraye le politologue Benjamin Morel. Si Edouard Philippe ou Gabriel Attal gagne en 2027, il sera une épée de Damoclès sur leur tête pour défendre son bilan et ils n'ont, dès lors, pas intérêt à être dans la critique radicale."
"Si c'est Marine Le Pen qui l'emporte, Emmanuel Macron sera le seul dans le champ politique à l'avoir battue deux fois. Il apparaîtra donc comme un recours."
Benjamin Morel, politologue
à franceinfo
L'hypothèse du "recours" apparaît à cette heure bien lointaine. Le second quinquennat, depuis la dissolution ratée de 2024, a tourné au cauchemar pour la macronie tandis que la figure du président fait office de repoussoir pour l'opinion publique. Emmanuel Macron est ainsi tombé à un niveau record de 16% seulement d'opinions favorables dans le baromètre d'Ipsos paru le 12 septembre.
"Je n'ai aucun doute sur sa capacité à revenir"
Certaines figures du bloc central misent sur le temps long pour espérer retisser un lien de confiance entre les Français et Emmanuel Macron, et ainsi modifier la perception qu'ils ont de son bilan. "La situation nationale et internationale crée des crispations, voire du rejet [de la figure du président], c'est normal, mais l'histoire nous apprend aussi que les politiques qui quittent le devant de la scène sont plébiscités dans le temps, livre Marlène Schiappa. Regardez la hype [l'engouement] avec Jacques Chirac : il était conspué du temps de l'exercice de ses mandats."
Pour l'ancienne ministre macroniste, désormais soutien de Gabriel Attal, "il n'est pas interdit de penser que dans cinq ans, Emmanuel Macron sera [vu comme] un recours une fois que son bilan aura été considéré avec plus de lucidité et d'objectivité, notamment sur le plan international."
Plusieurs fidèles du président sont en tout cas prêts à repartir au combat derrière Emmanuel Macron. "Je reste un grand soutien du président", confie la députée Renaissance Marie Lebec. "Je reste très admirative de sa capacité à lire les événements, à préparer le pays aux défis de demain", poursuit l'élue yvelinoise qui confie "aimer l'idée" qu'Emmanuel Macron "ne ferme pas la porte" à son retour en politique. "Je n'ai aucun doute sur sa capacité à revenir ultérieurement, et si tel devait être le cas, je serais, comme je le suis depuis ses débuts, à ses côtés", appuie le député Renaissance Denis Masséglia. L'élu du Maine-et-Loire imaginerait bien le chef de l'Etat, en attendant un retour sur la scène nationale, jouer les premiers rôles sur la scène européenne dans un rôle inédit.
"Je serais assez favorable à ce qu'Emmanuel Macron puisse devenir le premier président européen élu au suffrage universel direct par l'ensemble des Européens."
Denis Masséglia, député Renaissance
à franceinfo
"Tout est ouvert", résume la députée Renaissance Céline Calvez, qui se remémore un autre épisode où Emmanuel Macron avait laissé grande ouverte la porte d'un retour en politique. Le 5 juillet 2025, le président de la République avait été l'invité surprise du meeting des jeunes de son parti, au Cirque d'hiver. "Je suis venu vous dire que ça n'était pas fini. J'aurai besoin de vous dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans !", avait alors lancé le chef de l'Etat.
"Ça phosphore"
Seul Emmanuel Macron sait précisément aujourd'hui quelle forme prendra son engagement politique après avoir passé la main, même si son camp y réfléchit aussi pour lui. "Je sais qu'autour de lui, ça phosphore, sans qu'il l'ait demandé par ailleurs", livre un conseiller ministériel.
En attendant, le chef de l'Etat va devoir traverser cette campagne présidentielle depuis le banc des spectateurs. "Ce rôle de garant n'appelle pas de moi d'être un commentateur de notre vie publique. Je ne vais donc pas vous dire si je pense que ceci ou cela est au niveau : ce n'est absolument pas ce que doit faire le président", avait-il déclaré à un journaliste qui l'interrogeait sur son rôle dans la campagne lors de sa conférence de presse du 18 septembre.
Cependant, "le président ne pourra pas faire l'économie, s'il y a un vrai danger des extrêmes, d'appeler les candidats à la responsabilité, [même si] je ne sais pas quelle forme cela prendra", confiait au printemps dernier à franceinfo la ministre de l'Enseignement professionnel Sabrina Roubache, très proche du couple Macron. "Je ne sais pas s'il avait quelque chose de précis en tête quand il a répondu aux journalistes de Vanity Fair, livre un cadre Renaissance. Par contre, je l'ai trouvé offensif et pertinent contre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, sans les citer, dans son interview de jeudi. J'imagine qu'il jalonnera un peu la campagne avec ce genre de piqûres de rappel."
Pas de quoi impressionner le camp adverse. "Vivement dans sept mois !", jubile un très proche de Marine Le Pen en anticipant une victoire au printemps. "Très majoritairement, son rejet persiste", appuie de son côté le député LFI Eric Coquerel. Les oppositions, elles, ont déjà tourné la page de l'ère Macron.
AI outlook — possibilities, not facts
Emmanuel Macron envisagera un retour en politique après 2027, possiblement sous la forme d'un rôle européen ou d'une candidature en 2032.
Possible · Within years
Si Édouard Philippe ou Gabriel Attal remporte l'élection présidentielle de 2027, Emmanuel Macron pourrait jouer un rôle de recours pour défendre son bilan face à leurs éventuelles critiques.
Possible · Within years
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