
Le principal syndicat des chefs d'établissement rejette la proposition gouvernementale, tandis que les manifestations se poursuivent dans le pays.
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Le mouvement de contestation lycéenne dure depuis plusieurs semaines, marqué par des blocages d'établissements, des tensions et des violences urbaines.
Le principal syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN-UNSA, refuse de mettre en place la journée banalisée d’échanges annoncée par le gouvernement pour apaiser la contestation lycéenne, a indiqué mercredi son secrétaire national estimant que ces temps de concertation ne permettront pas de répondre aux problèmes de fond.
Interrogé sur les temps d’échange de «démocratie interne» annoncés par le gouvernement, Nicolas Bonnet, secrétaire national du syndicat et proviseur du lycée professionnel Henri-Brulle de Libourne, a indiqué sur franceinfo que les chefs d’établissement ne comptaient pas les organiser dans l’immédiat, tant que «le climat n’est pas serein». «Je crois que, pour sortir de cette crise, il faudra autre chose que de simple temps de concertation», a continué le responsable syndical.
Il a rappelé que les revendications des lycéens rejoignent largement celles portées par les chefs d’établissement, citant notamment le manque de moyens, les emplois du temps jugés incohérents, le stress lié à Parcoursup ou encore les absences d’enseignants non remplacés.
«Il nous faut des moyens, il nous faut des professeurs», a déclaré Nicolas Bonnet, ajoutant qu’ils «existent», puisqu’«il y a un certain nombre de professeurs contractuels qui n’ont pas été réembauchés à la rentrée» et qui pourraient, selon lui, être mobilisés pour pourvoir les postes vacants. «Le président de la République doit s’emparer de la situation, il doit recevoir les jeunes, il doit les écouter et il doit donner un certain nombre de réponses», a-t-il exigé.
«Une méthode de diversion.» C’est en ces termes que le maire de Nice et patron de l’UDR Éric Ciotti a qualifié la proposition de Sébastien Lecornu de remplacer une partie des cours en fin de semaine par un «temps de démocratie interne». «Tout ça ne servira pas à un grand-chose», a-t-il ajouté, dénonçant un mouvement «manipulé par LFI, les casseurs et les mouvements islamistes».
«Il faut rétablir l’ordre avec la plus grande fermeté et arrêter les casseurs», selon Éric Ciotti qui a tenu à dire son «total soutien» aux «700 policiers et gendarmes» blessés lors des manifestations de ces derniers jours. Le maire de Nice appelle à «des sanctions pénales dissuasives» et à faire payer les familles des casseurs. «Je dirais même qu’on pourrait envoyer la facture à M. Mélenchon car il est derrière tout cela.»
Le patron du groupe UDR à l’Assemblée nationale a annoncé qu’il voterait le projet de loi casseur-payeur du gouvernement, tout en l’amendant. «La limite du paiement aujourd’hui c’est 10.000 euros. Un lycée qui brûle, c’est 30 ou 40 millions d’euros. J’ai déposé une proposition de loi qui est beaucoup plus ferme», a rappelé Éric Ciotti. «La totalité des dégâts doit être payée.»
«Dans la vie il faut travailler», a-t-il ajouté alors que les lycéens se plaignent du rythme 8 heures - 18 heures. «Si on commence au moment du lycée à ne pas travailler…» Pour Éric Ciotti, le «système éducatif est en train de s’effondrer. (…) On est le pays qui consacre le plus de moyens dans l’éducation et on a un pays qui s’effondre !»
Comment faire baisser le niveau de violence qui accompagne le blocus des lycées ? Nicolas Isnard, le maire LR de Salon-de-Provence et le président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, a bien son idée. « Il faut interdire momentanément l’accès aux réseaux sociaux, ceux que les jeunes utilisent pour lancer des actions contre des établissements, le corps enseignant. Tous les tracts et vidéos diffusés sur ces circuits ont un effet amplificateur et poussent les jeunes à commettre des exactions », dénonce-t-il.
Avec une mise hors service provisoire de ces réseaux, l’élu est persuadé que le lycée de sa ville n’aurait pas été incendié samedi dernier. Un blocage qui aurait également empêché la circulation sur le web d’un tract demandant l’exécution d’un enseignant de sa région. Sur ce document, depuis retiré, on y lit des récriminations dérisoires : « trop de devoirs, pas assez de temps pour manger ». Mais aussi un véritable appel au meurtre : « Tuons-le, brûlons-le. »
«Nous sommes face à un mouvement social de grande ampleur», a estimé le député du Nord, Sébastien Chenu, sur RTL ce matin. «Mais il est manipulé, organisé par l’extrême gauche et de l’autre côté des revendications auxquelles il faut être attentif. […] Pour les entendre, il faut anticiper les choses et ce gouvernement est là depuis 10 ans», a-t-il regretté.
Pour y remédier, le député propose de «revaloriser la rémunération des enseignants de 3%», mais également de «rompre avec la logique de Parcoursup». «Il faut aller plus vers l’apprentissage et sortir du dogme selon lequel il faut envoyer tous les bacheliers en faculté. Nous devons favoriser l’orientation plus tôt, afin de faire entrer des jeunes sur le marché du travail».
Qui imagine Jules Ferry, Joseph Pagnol ou M. Germain (l’instituteur à qui nous devons Albert Camus) proposer une suspension de cours « pour un temps de démocratie interne » ? Cette formule du premier ministre pour essayer d’apaiser les choses résume la situation cataclysmique dont il hérite et qui, sous nos yeux, embrase une partie du pays.
Depuis une semaine, l’arrière-plan est le même : poubelles enflammées, élèves et proviseurs agressés, terroristes islamistes acclamés, raps antisémites proclamés, police attaquée et, dans le chaos, trop de gamins blessés. Dans un tel climat, peut-on continuer à débattre tranquillement de la vétusté des bâtiments, de l’absence des professeurs, des « violences symboliques » que sont le fait de se lever tôt chaque matin, des « microagressions » que subiraient les élèves qui ont un trou de deux heures dans leur emploi du temps ? Faut-il se raccrocher aux branches des solutions techniques, s’adosser aux débats oiseux pour ne pas voir l’étendue du désastre ? Il ne s’agit pas d’une « génération qui se lève », comme le dit la gauche en écho à Jean-Luc Mélenchon, mais bien du tableau désolant d’un pays qui s’effondre.
Une mobilisation lycéenne sous haute surveillance. Émaillée une fois encore de violences et de débordements. Ce mardi 6 octobre, à l’appel de l’Union syndicale lycéenne (USL) et de l’Union étudiante, se tenait l’acte III du mouvement de contestation des lycéens. Une manifestation à laquelle se sont greffés une vaste intersyndicale de l’Éducation nationale, la CGT et plusieurs partis de gauche.
Entre 450.000 personnes - selon les organisateurs - et 256.000 personnes - selon la police - ont manifesté en France. Dont 56.000 à Paris. Battant le pavé dans tout le pays, lycéens et étudiants, mais aussi profs et parents ont réclamé des moyens pour l’éducation, un plan d’urgence pour le bâti scolaire, la suppression de Parcoursup ou encore l’amélioration des emplois du temps. Au total, 488 personnes avaient été interpellées en fin de journée, et 43 membres des forces l’ordre ont été blessées.
Sans attendre la fin de journée, le premier ministre Sébastien Lecornu a promis devant l’Assemblée nationale de « corriger » ce « qu’on (pouvait) corriger » sur Parcoursup. Il a aussi annoncé, de manière manifestement intempestive, une suspension des cours en fin de semaine dans les lycées pour organiser un « temps de démocratie interne ». Le ministère de l’Éducation nationale a quant à lui annoncé l’ouverture d’une « consultation nationale lycéenne » du 5 au 23 octobre, avec une plateforme dédiée en ligne.
Il est arrivé telle une icône. Sur des images captées par TF1-LCI, le maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, drapeau français dans les mains, a rejoint mardi le cortège de la manifestation lycéenne à Paris, entouré de jeunes au visage masqué, certains entièrement cagoulés, qui avançaient avec lui en le tenant par les épaules. Derrière, le suivait une marée humaine de contestataires, sûrement galvanisés par cette figure, aux avant-postes depuis le début de la grogne.
Mais l’ambiance s’est vite tendue autour de lui. Au fil de l’après-midi, l’élu mélenchoniste s’est régulièrement posé en bouclier des manifestants face aux forces de l’ordre. Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux - plus de 3 millions de vues - le montre, en effet, les bras écartés devant des jeunes comme pour les protéger, criant en direction des policiers : «Arrêtez, reculez, vous arrêtez !», avant d’être lui-même bousculé par les agents.
Le calme règne aux abords du lycée Saint-Exupéry de Créteil durant la pause déjeuner, ce lundi 5 octobre. Affalés sur des bancs ou sur les murés longeant l’entrée de l’établissement, des élèves avalent leurs sandwichs et discutent sous un soleil aux airs d’été, avant de reprendre les cours. Deux semaines plus tôt, ces mêmes jeunes brandissaient des mégaphones et des pancartes devant les grilles du lycée : «Pas de stages pour la filière techno ! Trop, c’est trop !», «Trop d’inégalités on est écœurés». Pendant une semaine à la fin du mois de septembre, les élèves, leurs parents et les enseignants de cet établissement du Val-de-Marne ont été les premiers à manifester pour dénoncer le manque de professeurs, des locaux délabrés et le fonctionnement jugé «inégalitaire» de la plateforme Parcoursup.
Cette mobilisation, émaillée par des violences, a rapidement trouvé un écho national, allumant la flamme d’un mouvement de lycéens, désormais accompagnés des étudiants à l’université. «On ne s’attendait pas à un tel soutien. Ça prouve que nos revendications sont sérieuses», apprécie Lyne, en classe de première à «Saint-Ex». L’adolescente de 17 ans avoue être impressionnée par ce mouvement qui a également gagné la Belgique, où les jeunes réclament une réforme de l’enseignement et dénoncent une hausse des frais d’inscription.
Le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a proposé mardi d’ouvrir les mairies d’arrondissements aux lycéens mobilisés pour se réunir à l’abri d’hypothétiques «violences policières», provoquant la colère des maires de droite. «Le mouvement lycéen doit pouvoir s’exprimer en toute sécurité», a estimé Emmanuel Grégoire, qui a annoncé la «disponibilité de la mairie pour accompagner» la mobilisation.
L’ouverture des mairies parisiennes tenues par la gauche (9 sur 17) se fera dans les jours qui viennent, «à l’initiative des lycéens», a-t-il dit à la presse lors du Conseil de Paris. «On verra comment cet accès s’articule» avec l’annonce du Premier ministre Sébastien Lecornu de suspendre les cours en fin de semaine pour un «temps de démocratie interne» dans les lycées, a détaillé l’édile socialiste, saluant une décision «qui semble pour la première fois aller dans le bon sens».
L’opération «mairies ouvertes» se fera «sans les arrondissements de l’ouest qui n’ont pas vocation à devenir le nouveau Club des cordeliers (club révolutionnaire fondé en 1790 qui se distingua par sa violence, NDLR) payé par le contribuable parisien», a cinglé l’élu du XVe arrondissement. «Grégoire n’a jamais apporté publiquement son soutien aux policiers nationaux qui ont été blessées», a déploré Geoffroy Boulard, maire LR du XVIIe arrondissement.
L’allié du RN, Éric Ciotti, a demandé mardi la «révocation» par le Conseil des ministres du maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko, qu’il accuse «d’attiser la violence» dans le cadre du mouvement de blocage des lycées. «Je demande la révocation de Bally Bagayoko en Conseil des ministres», a affirmé sur CNews le maire de Nice, soulignant que cette instance a la «faculté» de prendre ce genre de mesure «quand un maire trahit sa charge».
«Il incite et attise la violence, alors qu’il est officier de police judiciaire et le représentant de l’État», a-t-il affirmé, assurant que si LFI arrivait au pouvoir «nous serions immédiatement dans une dictature sanguinaire». Le préfet de police de Paris Patrice Faure a saisi la semaine dernière la justice contre Bally Bagayoko pour «des faits présumés de provocation à commettre un délit».
Soutenant les lycéens mobilisés, l’édile insoumis avait estimé la semaine dernière que «la violence, à un moment donné, peut être légitime». «Mais chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux», avait-il aussitôt nuancé.
Retour en classe ou poursuite des blocages des lycées ? Au lendemain d’une mobilisation massive dans les rues, l’attitude des jeunes mobilisés sera scrutée de près mercredi, «journée test» pour le gouvernement qui tente de ramener le mouvement dans les établissements et d’apaiser une crise qui s’étire. L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à poursuivre les blocages mercredi, et à de nouveaux cortèges jeudi, pour un «acte 4», à Paris et dans d’autres villes, selon l’Union étudiante.
S’il veut calmer la colère, le gouvernement doit «débloquer» le budget pour l’éducation et l’enseignement supérieur, a souligné mardi soir Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, la première organisation étudiante.
«Après le raz-de-marée du 6 octobre, on continue», appuie le syndicat Solidaires dans un communiqué, appelant l’État à «allonger les millions». «Nous serons de nouveau mobilisés avec les lycéens et étudiants» jeudi, promet également la CGT. Une intersyndicale doit tenir une conférence de presse mercredi matin pour détailler les modalités de cette poursuite annoncée d’un mouvement désormais installé, depuis les premiers blocages en septembre en région parisienne.
Les ministres de l’Intérieur Laurent Nunez et de l’Éducation nationale Édouard Geffray seront auditionnés mercredi par les députés à l’Assemblée nationale, le premier sur «la gestion de l’ordre public» et le second sur «le blocage des lycées». Édouard Geffray sera entendu à 10 heures «sur le blocage des lycées» en commission des Affaires culturelles et de l’Éducation. Laurent Nunez sera lui auditionné à 15 heures par les députés membres de la commission des Lois «sur la gestion de l’ordre public suite aux mobilisations lycéennes et la protection des personnes face aux violences».
Les deux ministres ont déjà longuement été interpellés lors des questions au gouvernement mardi, où les questions des députés ont largement porté sur ce mouvement lycéen, dont de nombreux députés à gauche dénoncent la «répression». Depuis le début du mouvement mi-septembre, 215 élèves ont été blessés, une majorité «soit dans le cadre d’accidents», «soit par le fait d’autres individus extérieurs», selon Matignon. 715 policiers ou gendarmes ont aussi été blessés, de même source.
Le ministre de l’Éducation a lui déploré mardi que les revendications lycéennes aient été «confisquées» par des «violences inqualifiables». «Nous avons eu 85 personnels (...) qui ont été blessés en l’espace de huit jours, et c’est inédit dans l’histoire de l’éducation nationale. Et nous avons 24 bâtiments qui ont subi des dégradations lourdes».
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Poursuite des blocages mercredi et nouvel acte de manifestations jeudi
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