Entretien avec le ministre du Travail : budget, retraites et économies
Le ministre du Travail détaille les efforts budgétaires du gouvernement et la stratégie pour redresser les comptes de la Sécurité sociale.
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Le ministre du Travail discute des économies budgétaires nécessaires pour redresser les comptes de la Sécurité sociale, confirmant l'indexation des minima sociaux sur l'inflation tout en évoquant une possible désindexation des pensions de retraite les plus élevées.
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Why It Matters
Le gouvernement français prépare le budget 2027 dans un contexte de déficit persistant de la Sécurité sociale. Des mesures d'économie, incluant une possible désindexation des retraites élevées, sont en discussion.
Alix Bouilhaguet : On va parler budget, on va parler retraites, on va parler arrêts maladie, mais juste avant, un mot concernant la disparition hier d'Édouard Balladur à l'âge de 97 ans. Qu'est-ce que l'ex-Premier ministre incarnait à vos yeux ?
Jean-Pierre Farandou : Une pensée pour un grand homme d'État, qui avait été secrétaire général du président Pompidou, ministre des Finances, Premier ministre. Et puis, deuxièmement, une leçon : une campagne présidentielle, ce n'est jamais gagné. Voilà, ce que je retiens de l'action politique d'Édouard Balladur.
Alix Bouilhaguet : Hier, le gouvernement était réuni en séminaire autour de Sébastien Lecornu. Vous y étiez. C'était quoi l'état d'esprit, le mot d'ordre du Premier ministre pour sa dernière rentrée du quinquennat Macron ?
Jean-Pierre Farandou : On est revenu sur le premier semestre de l'année. On a fait passer beaucoup de lois pour les Français. Pour ma part, en tant que ministre du Travail et des Solidarités une loi pour mieux lutter contre la fraude fiscale : 1,5 milliard de plus dans les caisses. Une loi pour ajuster les ruptures conventionnelles : un milliard de plus pour l'Unédic. Donc voilà, on a bien travaillé pour les Français. Un été de crise, entre canicules et incendies, donc, difficile. Le gouvernement, mobilisé, n'a pas pris beaucoup de vacances. Et puis le budget, bien évidemment, qui est le prochain challenge que nous allons devoir relever.
Alix Bouilhaguet : Le budget 2027 qui, effectivement, est sur la table. Il va y avoir des économies à faire. Votre ministère va devoir prendre sa part. Vous savez déjà à hauteur de combien ?
Jean-Pierre Farandou : Bien sûr, le ministère prendra sa part parce que nous voulons rester sur une trajectoire de maîtrise de la dépense publique. Mais il y a des priorités. Je suis content d'avoir gagné des arbitrages. Priorité pour la jeunesse, notamment avec l'apprentissage, qui ne sera pas touché. Donc, on va maintenir les aides aux entreprises. On va maintenir aussi l'argent pour la formation, pour la jeunesse aussi, les contrats d'engagement jeunes pour prendre en charge les missions locales et France Travail, les jeunes en difficulté. Et puis une priorité pour les femmes, notamment sur les retraites. J'ai une idée pour égaliser les retraites entre les hommes et les femmes avec les droits familiaux quand on a beaucoup d'enfants.
Alix Bouilhaguet : On va en parler, mais concrètement, vous allez perdre une partie de votre budget ?
Jean-Pierre Farandou : Oui, bien sûr. Je m'inscris dans cet effort. C'est environ deux milliards d'euros d'économies. Mais je l'ai fait, j'allais dire, avec sérieux, parce qu'il faut être sérieux en matière de dépenses publiques. On sait bien qu'on a un problème avec le déficit, avec la dette. C'est un problème qui est très lourd pour la France et les Français. Donc oui, il faut faire preuve de rigueur et je participe à cet effort de rigueur et de maîtrise de la dépense publique.
Alix Bouilhaguet : Sébastien Lecornu répète qu'il faut absolument un budget pour la France, mais il remet sur la table la désindexation des pensions de retraite les plus élevées. C'est très contesté à gauche. Est-ce que vous y êtes favorable ?
Jean-Pierre Farandou : C'est-à-dire que, le sujet, c'est quoi ? C'est que la Sécurité sociale est en déficit, on n'arrive pas à la remettre à l'équilibre. Ça a dérapé pendant le Covid, on pouvait le comprendre. Mais le problème, c'est que depuis le Covid, on n'arrive toujours pas à se remettre à l'équilibre. C'est 20 milliards d'euros de déficit à peu près : 20 milliards une année, 40, 60, etc. Ce n'est pas normal. Il faut bien que les Français comprennent que la Sécurité sociale, normalement, elle doit être à l'équilibre. Donc, il faut faire des économies…
Alix Bouilhaguet : Donc, c'est une bonne piste, la désindexation ?
Jean-Pierre Farandou : Il faut chercher des pistes d'économie. Voilà, c'est la discussion. Rien n'est tranché, rien n'est arrêté. Il y a des pistes de travail, il y a des modalités qui doivent se faire. Puis n'oublions pas que tout va se décider au Parlement. On va démarrer avec un budget. Ce budget, on souhaiterait qu'il soit voté. On est prêt, bien sûr, à l'amender à travers le travail parlementaire. Vous savez, le gouvernement propose et le Parlement dispose. C'est le Parlement qui vote à la fin.
Alix Bouilhaguet : Sébastien Lecornu évoque des retraites aisées. Concrètement, c'est quoi une retraite aisée ? C'est à partir de quel montant ?
Jean-Pierre Farandou : Ça fait partie du débat, bien évidemment, on est au cœur du débat. Tout ça n'est pas calé, les modalités ne sont pas calées. Cette thématique sera certainement débattue au Parlement. Mais je le redis, la finalité, c'est d'équilibrer les comptes de la Sécurité sociale, c'est très important, sinon, elle-même finira par être en risque. Donc, la notion d'économie est importante. C'est l'effort qui doit être partagé par tous. Ce n'est pas qu'aux retraités de faire des efforts, tout le monde doit faire des efforts : les actifs, les entreprises, les gens aisés, tout le monde est appelé à faire des efforts pour redresser le pays.
Alix Bouilhaguet : Vous avez confirmé que le minimum vieillesse, soit 470 à 530 euros, sera bien indexé sur l'inflation, mais il y a des retraités qui touchent une petite pension sans pour autant relever de ce minimum social. Est-ce que vous pouvez nous garantir qu'eux non plus ne seront pas impactés par ce gel éventuel ?
Jean-Pierre Farandou : On a parlé d'une première priorité sur les jeunes, il pourrait y en avoir d'autres. Mais effectivement, sur les minima sociaux que moi je gère dans mon ministère, donc le RSA, qui est le minimum à vivre pour les gens quand ils n'ont plus rien, ou le minimum retraite [pour] des gens qui n'ont pas assez cotisé, qu'on appelle le minimum vieillesse… Ça, on a décidé avec le Premier ministre, l'arbitrage est rendu, qu'elles seront indexées à 100% sur l'inflation. Donc, en termes de solidarité, et ça fait aussi partie de mon ministère, ces deux minimaux sociaux très importants, RSA d'un côté et minimum vieillesse, seront indexés à 100% sur l'inflation.
Alix Bouilhaguet : Mais ceux qui sont un tout petit peu au-dessus de ce minimum vieillesse, ceux qui touchent un peu plus ?
Jean-Pierre Farandou : On en revient à la discussion.
Alix Bouilhaguet : Cette désindexation, elle était déjà sur la table lors des deux précédents budgets. Sébastien Lecornu avait dû reculer face à l'hostilité d'une majorité de députés. Le contexte politique, on ne peut pas dire qu'il s'est amélioré. Pourquoi est-ce qu'il pourrait aller au bout cette fois-ci, réussir à convaincre les députés ?
Jean-Pierre Farandou : Les mêmes députés sont aussi en campagne. La plupart disent qu'ils veulent rétablir les comptes. Je crois que tout le monde est là à dire qu'il veut gérer la dette, on veut sauver la Sécurité sociale… Il faut mettre les paroles en conformité avec les actes ou les actes en conformité avec les paroles. Il faut bien faire des économies. Et j'espère qu'on aura une majorité de députés à l'Assemblée, et puis n'oublions pas le Sénat, qui fera preuve de sens des responsabilités et de courage, pour faire les économies dont la Sécurité sociale a absolument besoin pour être préservée dans la durée.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Indexation à 100% de l'inflation pour le RSA et le minimum vieillesse.
Very likely · Within months
Open Questions
- Quel sera le seuil exact défini pour les retraites aisées ?
- Quelle sera la réaction finale du Parlement face aux mesures d'économie ?






