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Le cadmium est un métal lourd cancérigène présent dans les sols et l'alimentation. Des études récentes montrent que près de la moitié des Français dépassent le seuil critique d'exposition, notamment chez les jeunes enfants. Le ministère de la Santé a ouvert un remboursement partiel des tests en juin 2025, mais sans protocole de suivi ni cartographie précise des zones à risque.
C'est une pollution majeure qui touche une grande partie de la population française, mais dont la campagne de détection reste très limitée. Seulement 2 160 personnes ont bénéficié d'un remboursement de l'assurance-maladie pour un dépistage au cadmium depuis la mise en place de ce dispositif, en juin. Ce métal lourd, classé comme cancérigène, a fait l'objet de plusieurs alertes lancées ces dernières années par des médecins ainsi que par les autorités sanitaires françaises.
En 2021, l'étude nationale de biosurveillance Esteban, menée par Santé publique France, avait révélé que 47,6% de la population française âgée de 18 à 60 ans dépassait le seuil de concentration critique de cadmium dans les urines. Des résultats confortés en mars dernier par la publication d'un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), faisant état d'une "imprégnation au cadmium préoccupante à tout âge et cela dès le plus jeune âge".
Face à ces alertes, le ministère de la Santé s'est résolu en juin à ouvrir la possibilité de se faire rembourser les tests au cadmium. Le coût du dépistage, fixé à 27,50 euros peut ainsi être pris en charge à 60% par l'assurance-maladie, le reste étant à la charge des complémentaires santé. Mais quatre mois plus tard, il apparaît que ce dispositif a été très peu sollicité. Entre son entrée en vigueur le 16 juin et le 28 septembre, la Caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam) comptabilise 2 285 actes remboursés, dont 1 539 par dosage urinaire et 746 par prise de sang. L'ensemble de ces tests a concerné 2 160 personnes, d'après un décompte communiqué par la Cnam à franceinfo.
Le refus des médecins
"Lorsque l'on compare ce chiffre au nombre de médecins libéraux en France [environ 100 000], cela reste faible", commente auprès de franceinfo le docteur Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail santé et environnement de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé.
Le remboursement du dépistage du cadmium était une demande des médecins libéraux, auteurs d'un courrier adressé en juin 2025 au gouvernement, dans lequel ils faisaient part "de leur grande inquiétude devant la contamination des Français, particulièrement des femmes et des enfants". Le métal toxique est suspecté depuis 2021 par Santé publique France de "jouer un rôle dans l'accroissement majeur extrêmement préoccupant de l'incidence du cancer du pancréas".
Mais Pascal Meyvaert se dit aujourd'hui mécontent de la manière dont le dispositif de remboursement des dépistages a été mis en place. "Je n'ai pas prescrit de tests et je ne compte pas le faire", balaie-t-il. Ce représentant des médecins libéraux dénonce l'absence de réflexion autour des réponses à apporter aux patients dont les tests révéleraient des taux de cadmium trop élevés. "La charrue a été mise avant les bœufs", juge ce praticien.
"La première étape aurait dû être d'établir la conduite à tenir en cas de dosage positif. Quels examens complémentaires prescrire ? Quel traitement proposer ? Cette réflexion n'a pas été conduite."
Pascal Meyvaert, médecin
franceinfo
A cette réticence des médecins s'ajoute également la difficile identification des populations éligibles au remboursement des tests. Le choix a en effet été fait de restreindre ce dispositif aux "personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence", comme cela est précisé dans la décision de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie datée du 28 avril. Il s'agit ainsi de s'inscrire dans les recommandations d'un avis rendu en 2024 par la Haute Autorité de santé (HAS) qui prévoit une stratégie de dépistage ciblée sur les personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur environnement, en particulier des sols. Mais l'administration n'a pas déterminé de liste des zones concernées.
Aucun zonage réglementaire
Contactés par franceinfo au moment de l'entrée en vigueur du dispositif, le 16 juin, ni l'Assurance-maladie, ni les Agences régionales de santé (ARS), ni la Direction générale de la Santé n'étaient en mesure de fournir une cartographie précise des territoires éligibles. "Les zones identifiées à risque ne correspondent pas à un zonage réglementaire. Il s'agit d'une logique de situation d'exposition et non d'un découpage administratif", répond le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
Le ministère de la Santé renvoie vers une carte montrant la teneur en cadmium dans les sols réalisée par des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) à partir de données issues du programme national de surveillance de la qualité des sols. Mais cette modélisation ne permet pas de distinguer les communes les plus exposées. "Elle est utile pour identifier les tendances à grande échelle, mais elle ne permet pas une lecture fine à l'échelle communale ou parcellaire et ne constitue pas un outil de décision opérationnelle à elle seule", explique le ministère de la Santé.
Le cadmium est naturellement présent dans les sols de plusieurs régions françaises. Et cette carte représente principalement la répartition de ces zones. "Elle montre essentiellement les contaminations naturelles d'origine géologique", explique Thibault Sterckeman, ingénieur de recherche à l'Inrae, au laboratoire Sol et environnement de l'université de Lorraine. "Quand le substrat est calcaire, on a souvent des sols qui sont plus riches en cadmium. C'est le cas en Charente, dans le Jura ou encore dans le bassin parisien. Il y a aussi des zones minéralisées riches en cadmium dans les Cévennes", énumère le chercheur.
Seuls de rares endroits laissent apparaître des contaminations d'origine humaine, généralement liées au passé industriel de ces territoires. "Les concentrations élevées dans le Nord et le Pas-de-Calais peuvent résulter de l'industrie du bassin minier, mais il y a aussi de la craie et du calcaire dans cette région", explique Thibault Sterckeman.
La limite de cette carte tient cependant à la manière dont elle a été produite. Il s'agit d'une modélisation statistique établie à partir de 2 200 prélèvements réalisés entre 2000 et 2009. "Le résultat de ces calculs permet de mettre en évidence des variations au niveau national voire sub-régional, mais à une maille plus localisée, l'incertitude statistique devient trop importante", explique Nicolas Saby, géostatisticien à l'Inrae.
En l'état, ces données ne permettent donc pas d'appliquer les seuils fixés par la HAS pour identifier les lieux de résidence présentant un risque de surexposition au cadmium et justifiant la prescription de dépistages pour leur population. Des travaux complémentaires ont été lancés par l'Inrae afin d'éclaircir cette question. Mais les conclusions ne sont pas attendues avant la fin de l'année 2026.
Les sites industriels pollués
Au-delà des régions naturellement riches en cadmium du fait de leur géologie, la Direction générale de la santé précise que les "zones identifiées à risque" comprennent également "les territoires ayant connu des apports anthropiques historiques ou actuels (activités industrielles anciennes ou actuelles, épandages)" et renvoie vers le ministère de la Transition écologique "pour plus de précisions".
De son côté, le ministère de l'Ecologie déclare que les seules informations à sa disposition sont celles publiées sur son portail GéoRisques. Près de 12 000 dossiers d'instruction de sites et sols présentant des pollutions avérées ou suspectées sont référencés sur ce site internet, dont 441 comportant des pollutions au cadmium, d'après un décompte de franceinfo. Au sein de cette liste, le ministère de l'Ecologie précise que "les seuls terrains formellement reconnus par les autorités comme étant pollués" sont ceux ayant fait l'objet d'arrêtés préfectoraux d'information sur les sols (SIS) ou de restriction d'usage (SUP). Nous en avons recensé 164.
Pour le docteur Pierre Souvet, cardiologue de formation et parmi les premiers à avoir alerté sur les dangers du cadmium, "le choix de restreindre les remboursements des tests en fonction du lieu de résidence revient à en limiter l'accès aux seules personnes vivant à proximité des sites industriels polluants". "Or, cela ne correspond pas à la situation de la contamination française, qui est d'abord liée à l'alimentation", affirme-t-il.
Les enfants surexposés
Les rapports des autorités sanitaires publiés ces dernières années pointent en effet un problème de contamination global par voie alimentaire. Dans son rapport d'expertise publié en mars, l'Anses a évalué l'ensemble des sources d'exposition possibles au cadmium : alimentation, tabagisme, pollution industrielle, produits cosmétiques. Verdict : l'alimentation qui est considérée comme la source principale du métal toxique.
"L'ingestion d’aliments est la source majoritaire d'imprégnation de la population générale française fumeuse et non fumeuse (pouvant atteindre une contribution de 98% pour la population générale non fumeuse selon l'âge)", conclut l'agence sanitaire. Les enfants sont particulièrement exposés, avec des concentrations de cadmium dans les urines qui excèdent les niveaux à ne pas dépasser chez 100% des 2 à 3 ans.
Les aliments identifiés comme les principaux vecteurs sont les céréales du petit-déjeuner, pains et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes. D'après l'Anses, la contamination de ces denrées est liée en grande partie à la présence de cadmium dans les sols agricoles français, du fait notamment de l'utilisation de matières fertilisantes, en particulier des engrais minéraux phosphatés à forte teneur en cadmium.
En septembre 2025, les médecins libéraux ont présenté au ministère de la Santé un modèle de questionnaire basé sur les habitudes alimentaires des patients afin de repérer les personnes à risque à tester. Mais cette demande est restée lettre morte. "Nous n'avons jamais eu de retour", déplore le docteur Pascal Meyvaert.
AI outlook — possibilities, not facts
Le ministère de la Santé devra établir un protocole de suivi pour les dépistages positifs au cadmium face à la pression des médecins libéraux.
Likely · Within months
Les travaux de l'Inrae sur la cartographie des sols permettront d'affiner la définition des zones à risque d'exposition au cadmium d'ici fin 2026.
Possible · Within months

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