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Fabrice Moizan dirigeait l'Eden Rock à Saint-Barthélemy depuis plus d'une décennie, où il a participé à la reconstruction après l'ouragan Irma. Il rejoint le Bristol Paris, hôtel centenaire appartenant à Oetker Hotels, en tant que nouveau président-directeur général.
Il arrive tout juste de Saint-Barth avec un sourire tranquille, un léger accent d’ailleurs dans les mots teintés d’anglais — « connection economy », « member club » — et une prudence très étudiée. Fabrice Moizan, nouveau président-directeur général du Bristol Paris, connaît déjà les vertus du luxe sans raideur : depuis plus d’une décennie, il dirigeait l’Eden Rock, hôtel mythique de Saint-Barthélemy, au sein de la même constellation Oetker Hotels. Il y a accompagné la reconstruction du resort après le passage de l’ouragan Irma, et participé à son développement, des villas aux activités et collaborations qui prolongent l’expérience au-delà des chambres.
À quelques jours de sa prise de fonctions officielle, le jeune quinquagénaire a commencé par une tournée « vie ma vie » dans les différents services de l’hôtel. Une façon de rencontrer les équipes, de comprendre les métiers d’une maison centenaire et de prendre le pouls de ses fidèles. Son premier cap : ne pas réinventer le Bristol, mais l’aider à écrire le prochain chapitre, sans entamer ce qui fait sa singularité, cette fidélité rare des clients comme du personnel.
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Ce passage de relais a aussi pour lui une dimension plus intime. Pierre Ferchaud, qui dirigea le Bristol pendant près de vingt ans, fut son mentor. Fabrice Moizan dit avoir retenu de lui « l’attention indéfectible aux détails » et l’impératif de toujours se placer du point de vue du client.
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LE FIGARO. - Vous avez commencé par un « vie ma vie » dans les différents services. Qu’avez-vous découvert du Bristol en arrivant ?
Fabrice Moizan. - Je ne veux pas tirer de conclusions trop rapides, ni être présomptueux en disant ce qui va ou ne va pas. Mais j’ai immédiatement senti la loyauté et le sentiment d’appartenance des équipes. Toutes ont envie de continuer à faire vivre cette maison. Cet esprit du service s’incarne notamment chez Jean-Marie Burlet, présent à l’accueil du lobby depuis plus de trente-cinq ans. Il ne se contente pas de saluer les clients : il se souvient d’eux. Cette mémoire-là ne se scénarise pas ; elle se ressent dès que l’on franchit la porte.
Le Bristol a cent ans, avec une authenticité et un classicisme très forts. Il ne s’agit pas de le réinventer, mais de réveiller certaines choses pour écrire les vingt prochaines années, afin que ce que nous construisons aujourd’hui fasse, dans vingt ans, partie de son histoire et de son classicisme. Ce qui m’a aussi frappé, c’est la capacité des équipes à créer du lien avec les clients. C’est très différenciant. Il faut approfondir cette relation avant le séjour, pendant le séjour et après, afin de créer une véritable communauté.
Après douze ans à l’Eden Rock, quelle idée du luxe souhaitez-vous apporter au Bristol ?
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Ce qui rapproche l’Eden Rock et le Bristol, c’est une même conception de l’hôtellerie de luxe : une hospitalité spontanée, humble, dans laquelle l’excellence se ressent, mais ne s’impose jamais. Il y a de la sincérité, de la bienveillance, de la gentillesse et de la spontanéité.
Le Bristol a naturellement des codes plus protocolaires. Mais le protocole ne doit jamais prendre le pas sur la sincérité et la spontanéité. Si je devais transmettre un message aux équipes, ce serait : l’attention et la bienveillance plutôt que le protocole. À Paris, il existe une attente pour une certaine forme de protocole, ce classicisme parisien ; à condition qu’il ne soit jamais hautain ni snob.
Au-delà du chantier du restaurant 114 Faubourg, quel premier changement concret pourrait permettre de reconnaître votre patte au Bristol ?
Je crois aux attentions visibles, à ces détails qui font sourire et surprennent : « Ils ont pensé à ça », « C’est beau ». Il ne s’agit pas simplement de remplacer des parasols, mais de construire un véritable geste esthétique. Nos métiers sont faits de surprise et de sourire, mais aussi de non-agression. Tout ce que l’on regarde doit être élégant, ne pas agresser et faire plaisir.
Le 114, fermé après l’incendie de mars, constitue à cet égard une formidable occasion de se réinventer. Sans préjuger de ce qui y sera fait, c’est une opportunité de repenser ce lieu, mais aussi, plus largement, la restauration du Bristol pour les dix ou quinze prochaines années. Nous devons écouter ce que nous disent les clients, non pas pour suivre les tendances, mais pour anticiper leurs besoins.
« Nous ne serons jamais l’Hôtel Costes »
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Le Bristol doit-il demeurer un refuge ou devenir davantage un lieu de vie parisien ?
C’est tout l’enjeu : trouver le bon équilibre. Le Bristol est déjà un lieu parisien. Au Café Antonia, il y a de la vie le matin au petit déjeuner, à midi, avec des rendez-vous d’affaires, de mode ou de divertissement. C’est un refuge, notamment dans le jardin français, mais c’est aussi un lieu de vie.
Nous ne serons jamais l’Hôtel Costes. Mais nous devons proposer une atmosphère vivante, sans jamais devenir agressifs. Il faut être attentif à tous les clients, tout en apportant cette vie parisienne, son cosmopolitisme, des rires, parfois une légère musique, peut-être aussi certains éléments plus disruptifs. Les soirées qui animaient le bar du Bristol ont été arrêtées il y a quelques mois. Depuis, une partie de la clientèle exprime une attente : elle aimait retrouver, en fin de semaine, un bar un peu plus vivant que celui d’un palace classique. Il faudra peut-être imaginer un autre concept pour y répondre.
Le Bristol (01 53 43 43 00 ; Oetkercollection.com ), chambre à partir de 1431 €.

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