Malgré les campagnes d'ingérence numérique visant des personnalités politiques, le grand public reste souvent à l'écart de ces opérations russes à faible coût.
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Le mode opératoire russe 'Matriochka' utilise des faux contenus et des comptes automatisés pour usurper l'identité de médias.
Samedi 22 août, Gabriel Attal était victime pour la deuxième fois en quelques semaines d’une campagne globale d’ingérence russe, visant plusieurs candidats à l’élection présidentielle. Sur les réseaux sociaux, de faux reportages et Unes de presse générés par intelligence artificielle accusent l’ancien Premier ministre de corruption.
Mais de nombreux internautes s’interrogent : pourquoi n’ont-ils vu passer aucune de ces « ingérences étrangères » sur leurs réseaux ? Plusieurs politiques - dont le leader du mouvement d’extrême droite les Patriotes, Florian Philippot - n’hésitent pas à remettre en cause l’existence même de ces tentatives d’influence, les qualifiant de « pseudos » ingérences « qu’absolument personne n’a vues ».
Il est pourtant tout à fait normal que vous n’ayez pas été touché par ces opérations russes, puisqu’elles quittent très rarement les cercles fermés dans lesquelles elles naissent et meurent.
Une opération ratée ?
Derrière l’opération visant Gabriel Attal se cache un mode opératoire russe bien connu des services de vigilance numérique français appelé Matriochka. Selon l’agence Viginum, service de l’Etat chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, ce mode opératoire se base sur la « publication de faux contenus » visant à usurper l’identité de médias ou des personnalités, par des galaxies de faux comptes, dont les vues sont artificiellement gonflées.
Kévin Limonier, professeur à l’Institut français de géopolitique de Paris 8, a étudié en détail les fuites de documents internes de ces entreprises d’influence. Il décrit des opérations peu crédibles, qui ne coûtent que quelques milliers d’euros, qui sont considérés comme le « low-cost » que ce que la propagande russe peut offrir.
Dans tous les cas, la Russie gagne
Dans la grande majorité des cas, ces campagnes d’ingérence vont se limiter à leur propre cercle de diffusion, et disparaître au bout de quelques heures. Tant pis, une autre naîtra quelques jours ou semaines plus tard, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’une d’entre elles parvienne à atteindre d’autres bulles numériques. Pour le professeur, ces campagnes « ratées » sont malgré tout un moyen de saturer l’espace médiatique avec des narratifs pro-russes.
Parfois, ces opérations sont repérées par ce que Kévin Limonier appelle des acteurs « sensibles » à la cause russe. « Des politiques bien connus, des écrivains ou des personnalités », énumère-t-il. Des soutiens involontaires ou non qui vont reposter ces faux contenus et « faire le travail d’influence » à la place des entreprises d’ingérence.
L’opération est totalement réussie lorsque les médias s’emparent de la fausse information, comme ce fut le cas pour les affaires des mains rouges ou des étoiles de David taguées. Même si ces cas sont très rares, ils permettent aux responsables de rendre des comptes à leurs commanditaires, comme l’explique le géopolitologue :
« Il existe des documents dans lequel est écrit : "Nous avons été repris par tant de chaînes, occupé tant de temps d’antenne sur les chaînes d’information en continu, etc." »
Et même si, comme pour ces derniers exemples, le grand public finit par apprendre quelques semaines plus tard que l’attaque a été coordonnée, le mal est déjà fait, beaucoup ne verront pas la correction. La Russie est gagnante dans chacun de ces scénarios, pour un investissement mineur.
Quel impact politique ?
Pour Kévin Limonier, il est aujourd’hui difficile de mesurer l’impact de ces campagnes d’ingérence étrangère. Des travaux de sondage existent, mais en restent au « tâtonnement » selon lui. « Il est toujours impossible de savoir dans quelle mesure les ingérences russes visant les Etats-Unis en 2016 ont permis de faire élire Donald Trump », concède le géopolitologue, qui conseille cependant aux victimes de ces ingérences de ne pas tomber dans la paranoïa, au point de « tout vouloir mettre sur le dos des Russes ».
Des sources administratives confirment à 20 Minutes que seulement « une petite centaine » de personnes a été touchée par les dernières campagnes visant Gabriel Attal. Pas encore de quoi faire basculer une élection.

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