
Le ministre aborde le chômage technique, les secteurs en croissance, le dossier Fibre Excellence et les perspectives politiques de la droite.
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L'industrie française fait face à des défis liés à la transition énergétique et à la restructuration de certains sites comme Fibre Excellence.
Francis Letellier : En Gironde, fin juillet, après les incendies, 130 000 salariés s'étaient retrouvés au chômage technique. Est-ce qu'un petit peu plus d'un mois après tout le monde a retrouvé son poste ?
Sébastien Martin : Aujourd'hui, les gens sont à nouveau au travail. Si on regarde les chiffres, on a eu à peu près 4 000 demandes d'indemnisation au titre du chômage partiel et aujourd'hui plus de deux tiers sont déjà réglés et gérés, et beaucoup pour simplement une période de deux semaines, qui correspond, finalement, à l'épisode d'incendie. Donc cette question-là, aujourd'hui, elle est prise en main. Je crois ce qu'attendent aussi les Françaises et les Français, c'est qu'on se prépare aux prochaines saisons. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, j'ai réuni toute la filière industrielle de l'incendie et de l'incendie de feux de forêt pour voir quelles sont les technologies qui sont présentes en France et qu'on doit développer dans les années qui viennent.
Ça veut dire qu'aujourd'hui, il y a encore des gens en chômage technique ?
Il y a encore des gens qui sont en chômage partiel mais pour de toutes petites périodes.
En cette rentrée, la mauvaise nouvelle, c'est le chômage qui augmente : 8,3% de la population active. Et de ce point de vue, l'industrie n'est plus épargnée. Est-ce qu'il y a des secteurs, quand même, qui s'en sortent ?
Oui, bien sûr qu'il y a des secteurs qui s'en sortent. Et ce n'est d'ailleurs peut-être pas un hasard. Vous savez, quand on dit qu'on fait le pari et qu'on relance le nucléaire, vous allez dans le Cotentin, il y a 6 000 emplois industriels liés à la relance du nucléaire. Vous allez en Saône-et-Loire, chez moi, où Framatome recrute 200 personnes par an. Vous avez le secteur, bien évidemment, de la défense. Le plan de défense, de réarmement de notre pays fait que beaucoup d'usines dans le secteur de la défense recrutent massivement. Et puis, il y a tout ce qui est lié à l'électrification. Le Premier ministre a annoncé un plan d'électrification. J'étais au salon des entreprises de l'électrification il y a très peu de temps, ce sont 10 000 recrutements par an. Je ne suis pas naïf, il y a des secteurs qui sont en difficulté. Par exemple, la chimie, l'automobile, sont des secteurs qui sont en difficulté et on a besoin de les accompagner. Ça, c'est évident. Et puis, il y a aussi, dans ce pays, un certain nombre de secteurs industriels, dont l'aéronautique, que j'ai oubliée, qui tirent notre croissance.
Une entreprise en difficulté qui est dans l'actualité, c'est Fibre Excellence, avec l'usine de pâte à papier de Saint-Gaudens, près de Toulouse, où 270 emplois sont en jeu. C'est aujourd'hui, jeudi 3 septembre, qu'ils doivent déposer leur dossier de reprise. Est-ce que vous êtes confiant ? Est-ce que vous vous dites que ce site va être sauvé ?
Je dis d'abord, que contrairement à ce que j'entends, l'État a été extrêmement présent auprès de cette entreprise. Depuis 2020, on a injecté des dizaines de millions d'euros d'argent public. Et, depuis le mois de janvier, on cherche des repreneurs. La région s'est associée et a aussi cherché des repreneurs. Mais finalement, c'est à peu près les mêmes qu'on a cherché à reprendre. Là, il y a cette demande de nationalisation qui, très honnêtement, arrive…
C'est Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, qui demande la nationalisation.
Honnêtement, je ne suis pas sûr que ce soit l'option la plus pertinente. Il faut qu'on reste autour de la table. Il faut qu'on apporte toutes les solutions possibles pour cette entreprise. Mais la nationalisation, je ne suis pas sûr que ce soit la solution la plus pertinente.
Même temporaire ?
Ça ne veut rien dire même temporaire.
Si, durant trois mois, l'État injecte de l'argent pour rassurer les repreneurs…
Mais en réalité, si on dit la vérité aux gens, ça fait quand même depuis janvier qu'on essaie de chercher des repreneurs. Et la région s'est mise à chercher des repreneurs cet été, mais finalement elle a contacté les mêmes que ceux que j'avais contactés au mois de mai avec les mêmes résultats. Donc, il reste encore quelques jours. Moi, je suis prêt à me mettre autour de la table. Franchement, j'ai l'expérience de ce que c'est qu'un territoire qui subit un accident industriel. Chez moi, Kodak, ça a été 2 500 personnes sur le carreau. Aujourd'hui, on a neuf usines qui sont sorties de terre. Donc, on peut toujours rebondir.
Tarascon a fermé cet été. Est-ce que le site de Saint-Gaudens, l'usine de pâte à papier, sera sauvé, oui ou non ?
Je ne sais pas encore. On a encore quelques heures, quelques jours pour trouver une solution.
Ce n'est donc pas sûr encore.
Ce n'est pas sûr encore, c'est le tribunal qui décidera. Parce que dans ce pays, quand tout va mal, c'est la faute de l'État et quand ça va bien, c'est grâce aux autres…
Les prix de l'énergie continuent d'augmenter. Ça risque de peser aussi sur l'activité industrielle, non?
Bien évidemment, l'énergie est quelque chose d'important. Il y a beaucoup d'entreprises qui ont des contrats d'approvisionnement de leur énergie, particulièrement dans l'industrie, parce qu'ils ont appris des leçons de la crise de 2022, de la crise énergétique, donc, ils ont désormais des contrats d'approvisionnement. Mais ces contrats d'approvisionnement, ils ont aussi des échéances. C'est pour ça, d'ailleurs, que le gouvernement, jusqu'à présent, a toujours mis en place des mesures ciblées pour ceux qui en avaient le plus besoin. Et notamment pour les entreprises qui en avaient le plus besoin. Aujourd'hui, le secteur industriel a ne demande pas de "quoi qu'il en coûte", ne demande pas des chèques. Pour le moment, ça tient dans le secteur sur les questions énergétiques. Il faut poursuivre le dialogue.
Du point de vue des aides, ArcelorMittal a reçu des millions d'aide, que ce soit de la France ou de l'Europe, pour décarboner sa production. Et les syndicats sont inquiets, parce qu'ils disent que les nouveaux hauts fourneaux, qui devraient être relancés pour décarboner la production d'acier en France, prennent du retard.
ArcelorMittal a annoncé le 10 février dernier, qu'il allait investir sur la décarbonation de son four à Dunkerque. Donc, il ne peut pas être ouvert le nouveau four, ça prend quand même un petit peu de temps. Mais cette annonce, elle est aujourd'hui claire, nette, précise. Elle a été conditionnée à plusieurs choses. Et notamment le fait qu'on mette en place une protection européenne et des droits de douane au 1er juillet. Ces droits de douane commencent à porter leurs fruits. D'ailleurs, au 2e trimestre 2026, ArcelorMittal a augmenté sa production en Europe de plus 11%. En fait, on voit une baisse des volumes chinois ou asiatiques d'acier au profit des aciers européens. Donc, il y a plus de production d'acier européen. C'est la raison qui a amené d'ailleurs ArcelorMittal à réouvrir un four à fosse.
Donc, vous n'êtes pas aussi pessimiste que les syndicats d'ArcelorMittal ?
Faire croire qu'un investissement d'1,3 milliards se fait en six mois, je ne suis pas certain. Je pense même tout le contraire. L'engagement a été pris, et ArcelorMittal le tiendra.
Vous êtes l'un des ministres qui vient de la droite, des Républicains. Vous en avez été suspendu par Bruno Retailleau. C'est quand même le candidat de votre parti à la présidentielle. Est-il toujours votre candidat pour 2027 ?
C'est le candidat de LR et moi je trouve ça très bien que LR affirme sa voix dans cette élection présidentielle. Vous voyez, je ne suis pas rancunier.
Donc, vous soutenez Bruno Retailleau ?
Je fais partie de ceux qui considèrent que c'est bien que Bruno Retailleau porte la voix des LR. Par contre, j'ai lu aussi ce qu'a dit Laurent Wauquiez il y a quelques heures ou quelques jours. La multiplication des candidatures c'est très intéressant, et les Français devront choisir, mais ce que je veux dire, c'est que je pense vraiment par contre que les solutions aux problèmes de notre pays sont à droite. Il faut donc l'union de la droite. Il va falloir que Bruno Retailleau et Édouard Philippe se parlent et trouvent une solution pour qu'on n'ait pas 36 millions de candidats à droite, parce que les gens attendent de la liberté d'entreprise, de l'autorité. C'est plutôt à droite qu'on a ces solutions.
Vous ne mettez pas Gabriel Attal dans l'équation ?
Je pense que la droite, c'est plutôt les gens qui sont issus du RPR ou de l'UMP, comme moi, et ce n'est pas l'histoire de Gabriel Attal.
Il est à gauche ?
Il n'est pas à gauche, mais il a construit son parcours dans une autre histoire que celle de la droite républicaine et je le respecte et je pense qu'on aura bien évidemment besoin aussi du soutien de Gabriel Attal. Mais aujourd'hui, j'œuvrerai plutôt au rassemblement de la droite.
Est-ce qu'il faut absolument un candidat des Républicains à la présidentielle ?
Il faut absolument un candidat qui porte les idées d'un programme autour des idées de la droite.
Mais pas forcément estampillé Les Républicains ?
Il faut un bon accord, il faut une bonne solution, et s'il est estampillé Les Républicains, je serais le plus heureux des hommes. Je vais vous dire, si Bruno Retailleau trouve un accord avec Édouard Philippe, c'est super, ou si Édouard Philippe trouve un accord avec Bruno Retailleau, c'est super, parce qu'au moins nos idées seront défendues dans cette campagne.
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Décision du tribunal concernant l'usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens.
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