
L'utilisation croissante de l'intelligence artificielle générative par les justiciables et les avocats entraîne des jurisprudences inventées, des contentieux et interroge sur l'avenir des jeunes collaborateurs.
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L'essor de l'intelligence artificielle générative pose de nouveaux défis aux professionnels du droit en raison des erreurs et des fausses informations produites.
Clients dénichant des jurisprudences inventées, contentieux provoqués par des conclusions erronées, avenir en suspens des jeunes collaborateurs dévoués aux tâches de recherche: l'essor de l'intelligence artificielle bouscule le monde des avocats. «On voit de plus en plus de clients qui viennent au cabinet en disant : Regardez Maître, j'ai trouvé ça», observe François Girault, président de la commission Prospective innovation du Conseil national des barreaux (CNB). Avec des résultats parfois pertinents, mais aussi parfois complètement inexacts.
Le problème : «ils croient parfois davantage l'IA que nous et on est obligé de leur démontrer que le raisonnement ou la jurisprudence ne tiennent pas», souligne auprès de l'AFP cet avocat d'affaires basé à Montpellier. Même analyse du bâtonnier de Paris, Louis Degos, qui évoque un «syndrome Doctissimo», comme ces patients qui s'autodiagnostiquent sur internet. «L'IA générative utilisée par les justiciables n'est pas entraînée à répondre aux questions juridiques, elle n'a pas forcément les bonnes bases de données. Et elle continue à +halluciner+, à créer des choses qui n'existent pas pour satisfaire l'humain qui attend une réponse», souligne Me Degos.
Le client qui estime avoir prémâché le travail peut vouloir discuter les honoraires. Alors que les analyses amenées «peuvent parfois nous faire perdre du temps parce qu'on doit détricoter tout ce qui a été fait, tout revérifier», note Me Girault.
Ces «hallucinations» peuvent aussi se retrouver dans des conclusions d'avocats, selon le bâtonnier. Lorsque le conseil adverse s'en rend compte - le cas le plus fréquent - le contentieux peut être réglé entre confrères ou au sein du barreau. Mais «quand c'est la juridiction qui s'en aperçoit et qui me saisit, cela devient nettement plus embêtant», note Me Degos, qui évoque «quelques cas» de ce type. «Il y a une augmentation claire des décisions qui sanctionnent des avocats», souligne pour sa part Me Girault, des décisions plutôt clémentes pour le moment, mais «la prochaine étape, ce sera des condamnations».
Le devenir des jeunes collaborateurs suscite par ailleurs des interrogations. Les tâches qui leur étaient traditionnellement confiées, recherches juridiques ou préparation de synthèses, peuvent désormais être réalisées par l'IA. Conséquence : «le recrutement est un peu figé», observe François Girault. Mais, met-il en garde, «si on ne recrute pas de juniors et qu'on ne les forme pas, on va avoir un problème à terme».
Pour le conseil parisien Philippe Meilhac, si l'IA est un «outil formidable» pour faire des recherches, «dégrossir» un dossier, «le savoir-faire de l'avocat, c'est de pouvoir identifier les points sur lesquels il y a des incertitudes et en jouer». Et c'est ce que les jeunes doivent apprendre. Pour Me Degos, «ce que les cabinets cherchent désormais, ce sont des jeunes collaborateurs capables d'utiliser l'IA, d'en comprendre les limites, d'avoir un œil critique».
Pour certains observateurs, le risque induit par l'IA est aussi celui d'un barreau à deux vitesses : selon une enquête du CNB, en mai 2025, 57% des avocats exerçant seuls l'utilisaient, contre 86% de ceux travaillant dans des cabinets de plus de 100 avocats, dotés de moyens plus importants pour développer leurs propres outils. Mais Louis Degos se montre optimiste, estimant que les petits cabinets possèdent une agilité par rapport aux grands - où les procédures de validation peuvent être rigides - et ont accès à des abonnements «largement abordables», le marché français de la «Legaltech» ciblant spécifiquement les petites structures.
Une opinion partagée par Me Meilhac, qui travaille avec un seul collaborateur: «l'accès à l'IA est assez large», grâce notamment aux initiatives de l'Ordre. Le CNB a ainsi élaboré des guides pratiques ou encore un comparatif des outils respectant le secret professionnel, «colonne vertébrale du métier». À Paris, le barreau organise de son côté en mars une «Digital Week», semaine consacrée aux outils numériques.
Et il va lancer en novembre une «Académie IA», programme gratuit de formation avec ateliers pratiques et présentation des outils disponibles, des logiciels d'anonymisation aux différentes IA, avec un accent particulier mis sur la protection des données et la souveraineté numérique.
AI outlook — possibilities, not facts
Lancement de l'Académie IA par le barreau de Paris en novembre
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