La baisse du nombre d'élèves en France : une opportunité pour améliorer l'enseignement ou un risque d'inégalités territoriales ?
Quick Look
- La rentrée scolaire 2026 en France concerne six millions d'écoliers, mais le nombre d'élèves du premier degré a chuté de plus de 10% en dix ans, passant de 6,77 millions en 2016 à 6,02 millions en 2026.
- Une étude de l'Institut des politiques publiques explore deux scénarios : maintenir les effectifs par classe et supprimer des postes d'enseignants, ou réduire la taille des classes à 18 élèves en conservant le nombre de professeurs.
- Cette dernière option pourrait générer 4,5 milliards d'euros de bénéfices sociaux d'ici 2034 grâce à de meilleurs résultats scolaires et une insertion professionnelle améliorée.
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Why It Matters
La baisse du nombre d'élèves en France résulte d'une diminution prononcée de la natalité depuis plusieurs années, affectant particulièrement le premier degré de l'éducation. Cette tendance démographique a des conséquences directes sur l'organisation scolaire, notamment la taille des classes et la répartition des enseignants sur le territoire.
Les cartables repeuplent les trottoirs, les cours de récréation s'animent à nouveau... L'heure de la rentrée a sonné en cette première semaine de septembre pour six millions d'écoliers, qui ont débuté leur année dans les écoles maternelles et élémentaires françaises. Mais la baisse prononcée des naissances se répercute dans les salles de classe. Le nombre d'écoliers du premier degré a chuté de plus de 10% depuis dix ans, passant de 6,77 millions en 2016 à 6,02 millions en 2026. Une projection du ministère de l'Education nationale parue au printemps prévoit encore près d'un million d'élèves en moins d'ici 2035.
Alors que les candidats à l'élection présidentielle rivalisent de propositions, notamment en matière de rémunération des enseignants, certains – à l'instar des anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron, Edouard Philippe ou Gabriel Attal – imaginent financer ces réformes grâce aux économies engendrées par cette baisse démographique.
Economiste à l'Institut des politiques publiques, Julien Grenet s'est penché dans une étude sur deux scénarios. Le premier consiste à garder constant le nombre d'élèves par classe (21 en moyenne en cette rentrée 2026 dans le premier degré) et réaliser des économies en supprimant les postes d'enseignants en excédent. Le deuxième revient à diminuer la taille des classes à 18 élèves en moyenne, en conservant le nombre actuel de professeurs des écoles.
"Une opportunité historique"
Selon les calculs du chercheur, suivre la baisse démographique permettrait de supprimer 53 000 postes d'enseignants d'ici à 2034, pour des économies atteignant 3,4 milliards d'euros cette année-là. Une somme qui pourrait participer à "réduire le déficit public", pointe-t-il. Avant de tempérer : "Ce n'est pas forcément une bonne idée, car la dépense éducative est une des plus rentables à long terme."
"Ce n'est pas là qu'il faut penser faire des économies, car on se prive de bénéfices futurs."
Julien Grenet, économiste
à franceinfo
Comment l'expliquer ? On constate "des meilleurs résultats scolaires dans les classes plus petites, assure Julien Grenet. Les meilleurs résultats scolaires améliorent l'insertion professionnelle à long terme. Donc on peut convertir une baisse de la taille des classes en augmentation future des salaires de ceux qui en auront bénéficié." Le travail de l'Institut des politiques publiques estime ainsi le bénéfice d'une baisse à environ 18 élèves par classe – en gardant un nombre d'enseignants stable – à 4,5 milliards d'euros pour la société en 2034.
"La baisse démographique peut être une opportunité historique pour augmenter la qualité de l'enseignement", plaide Mustafa Ozcelik, vice-président de la FCPE, organisation représentant les parents d'élèves. Aurélie Gagnier, porte-parole du FSU-SNUipp, syndicat majoritaire enseignant, approuve : "Il faut faire baisser ce nombre pour que dans toutes les classes, on puisse être autour de 19 élèves, puisque c'est la moyenne européenne."
Des inégalités territoriales accentuées ?
La syndicaliste se méfie cependant des moyennes. La baisse démographique est en effet très variable selon les départements, ce qui conduit à d'importantes inégalités territoriales. "Des départements défavorisés ont des tailles de classes plus élevées que des départements favorisés", déplore l'économiste Julien Grenet. "A Paris, sur les dix dernières années, la taille des classes hors éducation prioritaire a baissé de 13%, relève-t-il. En Seine-Saint-Denis, elle a baissé de 5% seulement."
Ces inégalités déjà constatées risquent de s'accentuer dans les dix prochaines années. Le nord et l'est de l'Hexagone seront ainsi particulièrement touchés par la baisse du nombre d'élèves d'ici 2035, selon les projections de l'Education nationale. L'Aisne et les Ardennes, des départements voisins au profil social similaire, pourraient avoir des tailles de classe différentes : environ 15 élèves par classe dans les Ardennes contre 17 dans l'Aisne, d'après l'étude de l'Institut des politiques publiques. Les jeunes Ardennais pourraient donc apprendre dans des conditions plus favorables que les Axonais.
Mais cette baisse du nombre d'élèves fait aussi craindre la poursuite des fermetures de classes. "Parfois, pour deux ou trois élèves, on voit une classe être supprimée, voire une école. Qu'est ce qui se passe derrière ? Vous avez une diminution du service public dans la commune concernée", déplore Mustafa Ozcelik. Cette réduction du nombre de classes est effet observée depuis quatre décennies. Le nombre d'écoles publiques est ainsi passé de 60 059 en 1985 à 42 443 en 2025. Les zones rurales sont particulièrement touchées, selon les données du ministère.
Un bouleversement à anticiper
Dans son étude, l'Institut des politiques publiques insiste ainsi sur la nécessité de planifier dès aujourd'hui une répartition des enseignants pour garantir l'équité entre territoires. "On ne peut pas faire ça au dernier moment, parce que c'est politiquement inenvisageable de forcer des enseignants aujourd'hui en poste à se déplacer sur le territoire, développe Julien Grenet. Ce qui est possible, c'est de jouer sur le recrutement. C'est-à-dire dans chaque académie, décider combien de postes on ouvre."
"Il faudrait par exemple geler pendant dix ans les recrutements à Paris, et les augmenter dans d'autres académies", illustre-t-il. Une solution qui ne convainc pas la porte-parole du FSU-SNUipp. "Les académies de Créteil, Versailles et de Guyane sont trois académies où, même si on ouvre les quotas, on ne fait pas le plein", déplore Aurélie Gagnier.
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La responsable syndicale affirme que le sujet de la baisse démographique "revient régulièrement de manière transversale" lors des discussions avec le ministère. A partir de cette projection, Edouard Geffray, le ministre de l'Education nationale, a annoncé une expérimentation dans 18 départements (dont l'Aisne, la Martinique et le Finistère). "Ces territoires vont travailler leur carte scolaire au regard des effectifs et des contraintes de transport, et en déduire ensuite un schéma d'emploi cohérent", précise-t-il dans Le Monde.
L'économiste Julien Grenet alerte sur "l'ampleur de la baisse, qui est gigantesque" et espère une action plus importante des pouvoirs publics. Alors que l'inflexion démocratique commence à se faire ressentir dans les collèges, le chercheur prévient : "Il y en a pour des décennies de baisse, qui va se propager dans le système jusqu'à l'enseignement supérieur."
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
L'expérimentation dans 18 départements permettra d'adapter la carte scolaire aux effectifs et aux contraintes de transport d'ici deux ans.
Likely · Within months
Les inégalités territoriales entre départements favorisés et défavorisés en termes de taille de classe vont s'accentuer d'ici 2035 sans intervention ciblée.
Likely · Within years
Open Questions
- Comment garantir une répartition équitable des enseignants entre les territoires malgré les réticences à la mobilité géographique ?
- Quel sera l'impact réel de l'expérimentation dans les 18 départements sur la réduction des inégalités territoriales ?
- Comment financer durablement l'amélioration de la qualité de l'enseignement sans compromettre les bénéfices à long terme de l'investissement éducatif ?




