Les Etats-Unis ont expulsé plus de 500 migrants vers des pays d'Afrique où ils n'avaient "aucun contact", selon Human Rights Watch
Quick Look
Human Rights Watch dénonce l'expulsion de plus de 500 migrants par les autorités américaines vers des pays africains où ils n'avaient aucun lien, souvent menottés durant de longues heures lors des vols, sans possibilité de contester la décision ni d'informer leur famille, mettant en danger leur sécurité dans des pays où certains risquent la persécution, notamment en raison de leur orientation sexuelle.
AI-generated summary
Why It Matters
Human Rights Watch a publié un rapport de 125 pages basé sur des entretiens avec 24 migrants expulsés par les États-Unis vers des pays tiers en Afrique, souvent sans avertissement ni possibilité de contester la décision, mettant en lumière des violations du principe de non-refoulement.
Expulsés vers des pays dont ils ne connaissent rien. Plus de 500 migrants ont été envoyés par les autorités américaines vers des Etats d'Afrique où ils n'avaient "aucun contact", dénonce Human Rights Watch (HRW) dans un rapport rendu public jeudi 8 octobre. Selon ce document de 125 pages, ces personnes ne pouvaient être expulsées vers leur pays d'origine "en raison du danger auquel elles y seraient exposées" et ont donc été transférées vers des pays tiers. L'ONG, qui a notamment mené des entretiens avec 24 personnes concernées, ajoute que ce procédé a été mis en œuvre sans leur donner "de véritable possibilité de contester leur expulsion".
La plupart des personnes interrogées par HRW "ont eu peu ou pas de temps entre le moment où on les a informées de leur expulsion et sa mise en œuvre", assure l'organisation, qui évoque des délais "d'un jour (...) ou d'une semaine". "Beaucoup n'ont pas eu la possibilité de contacter ou d'informer leur famille ou leurs avocats" de leur situation, ce qui les a privées de leur droit à contester la décision. Plusieurs d'entre elles ont aussi été fréquemment déplacées d'un lieu de détention à un autre, sans que leurs proches ne soient prévenus, ce qui compliquait à nouveau tout recours devant la justice américaine, rapporte l'ONG.
À lire aussi
Nombre de ces migrants ont exprimé leurs craintes d'être victimes de mauvais traitements s'ils étaient expulsés vers certains pays tiers, sans que cela soit pris en compte dans la procédure – qui prévoit normalement des audiences dans ce type de cas. D'après HRW, au moins 12 personnes "s'identifiant comme LGBT" ont été envoyées "dans des Etats africains qui criminalisent les relations entre personnes de même sexe, ou les démonstrations d'affection en public entre personnes de même sexe". Plusieurs d'entre elles étaient des réfugiés "qui avaient obtenu la protection des Etats-Unis en raison du risque probable de persécution dans leur pays d'origine", poursuit l'ONG.
Menottés durant "18 heures ou plus" à bord des vols d'expulsion
Plusieurs de ces immigrés ont aussi relaté ne pas avoir été mis au courant de la destination vers laquelle ils étaient envoyés. Un homme de 35 ans originaire d'Ethiopie, où il avait été emprisonné et torturé, a par exemple affirmé qu'un agent de l'ICE, la police américaine de l'immigration, avait signé à sa place un formulaire de "départ volontaire" vers le Tchad. Il a toutefois découvert à l'arrivée que son avion avait atterri au Cameroun.
"Les personnes interrogées ont systématiquement décrit des traitements abusifs lors de leur vol d'expulsion des Etats-Unis, lors duquel elles ont été menottées, parfois pendant 18 heures ou plus", révèle HRW. A leur arrivée dans le pays tiers (parmi lesquels l'Eswatini, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud), certaines de ces personnes ont été placées en détention. "Beaucoup, sinon la plupart, n'ont eu d'autre choix concret que de rentrer dans leur pays d'origine, malgré les risques qu'elles y courent", alerte l'ONG.
À lire aussi
"Expulser des personnes vers des pays où elles n'ont jamais mis les pieds fait partie d'une politique américaine conçue pour infliger des souffrances humaines afin de dissuader les migrations vers les Etats-Unis", a estimé Michael Garcia Bochenek, directeur par intérim du programme de HRW pour le pays d'Amérique du Nord.
L'ONG accuse l'administration américaine de "violer ses obligations nationales et internationales en matière de non-refoulement en envoyant des personnes dans des lieux où elles risquent d'être persécutées, torturées ou de subir d'autres préjudices graves, ou bien où elles pourraient faire l'objet d'une expulsion ultérieure et être confrontées à de tels risques". Elle appelle donc les Etats-Unis à cesser cette pratique, et demande aux pays tiers de "refuser d'accueillir des personnes dans ces conditions".
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Les États-Unis feront face à une pression internationale accrue pour cesser les expulsions vers des pays tiers où les migrants risquent la persécution.
Likely · Within months
Des poursuites judiciaires pourraient être engagées contre l'administration américaine pour violation du principe de non-refoulement.
Possible · Within months
Open Questions
- Combien de personnes ont été expulsées au total depuis le début de cette pratique ?
- Quelles sont les réponses officielles des gouvernements des pays tiers concernés ?
- Les États-Unis prévoient-ils de modifier ou de cesser cette politique d'expulsion vers des pays tiers ?




