Les méthodes de l'agence Roc Nation au cœur d'une polémique après le transfert de Malick Fofana à Sunderland
Le transfert du joueur lyonnais vers Sunderland illustre les pratiques de l'agence américaine Roc Nation, accusée de privilégier les commissions financières au détriment du projet sportif des joueurs.
Quick Look
Le transfert de Malick Fofana à Sunderland, orchestré par l'agence Roc Nation, suscite de vives critiques dans le milieu du football en raison de méthodes axées sur les commissions financières plutôt que sur le projet sportif.
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Why It Matters
La société Roc Nation, fondée par le rappeur Jay-Z, s'est implantée dans le monde du football en 2015 avec l'ambition de représenter des sportifs de haut niveau.
On ne pourra pas dire qu’ils ne nous avaient pas prévenus. En débarquant dans le monde du football en 2015 avec ses gros sabots, ses noms ronflants et sa machine à rêve made in USA, la société d’agent et de gestion de carrière d’artistes en tout genre et de sportifs de haut niveau, Roc Nation, à l’origine du transfert rocambolesque de Malick Fofana à Sunderland, avait annoncé la couleur dans les colonnes de L’Equipe. Après avoir mis un pied dans la porte en prenant en main les intérêts de Jérôme Boateng, l’entreprise créée par le rappeur américain Jay-Z déclarait vouloir s’imposer dans le foot européen à sa manière.
« On a regardé comment les agents faisaient leurs affaires en Europe, comment ils représentaient leurs joueurs et on a compris qu’il y avait la place, pour nous, de le faire différemment ! », prévenait Michael Yormark, le boss de la branche sportive de Roc Nation. Et en voyant la manière avec lequel l’entreprise a géré le cas du Lyonnais, transféré en toute fin de mercato mardi soir à Sunderland malgré un accord de principe initial avec Crystal Palace, au terme d’une journée à vous donner envie de vous mettre au cricket, on ne peut que confirmer leurs dires.
Car, contrairement aux us et coutumes d’un marché des transferts déjà pas toujours bien jojos, l’agence a envoyé le joueur non pas là où on lui proposait le meilleur projet sportif où le meilleur salaire, mais là où les commissions perçues par les agents étaient les plus élevées. Et à ce petit jeu de la surenchère, ce sont donc les Black Cats qui se sont montrés les plus généreux.
Encore fallait-il convaincre le joueur, lequel s’était pourtant laissé séduire initialement par le projet sportif proposé par Pierre Sage chez les Eagles. Pour ce faire, nos agents en herbe se sont appuyés sur l’oncle de Fofana, qui aurait selon L’Equipe une immense influence sur le jeune homme de 21 ans. Bombardé recruteur pour la Belgique par Roc Nation sans avoir ni la formation adéquate ni l’expérience suffisante pour ce type de job, celui-ci serait parvenu à faire plier son poulain, tout heureux de toucher le gros lot après avoir fait jour la concurrence et soutiré le plus possible aux Black Cats.
Des méthodes qui font bondir l’agent de joueur Franck Belhassen, qui nous dit d’entrée de jeu que « Roc Nation est en train de pourrir le métier d’agent », en choisissant d’envoyer ses clients où bon lui semble, sans se soucier une seule minute « des envies du joueur et de son bien-être ». « Peut-on d’ailleurs encore parler de joueur ?, s’interroge-t-il. A ce niveau là, on est plus sur de la marchandise qu’autre chose… En quasiment trente années de carrière je n’ai jamais forcé un joueur à signer dans un club où il ne voulait pas aller. »
Spécialiste du marché des transferts, notre confrère Marc Méchénoua connaît bien les méthodes de cette société américaine pour avoir travaillé sur le dossier Yan Diomandé, tout proche de signer cet été au PSG avant que le Real Madrid n’entre dans la danse et propose là encore une meilleure commission aux agents et à l’entourage du joueur.
« Roc Nation est une agence qui joue à fond sur la cupidité des entourages, auxquels ils promettent monts et merveilles, parfois même des postes au sein de leur structure, afin qu’ils pèsent de tout leur poids dans la décision du joueur de choisir tel club plutôt qu’un autre », confie-t-il.
« Il n’y a plus d’humain »
Mais à la différence du Paris Saint-Germain, qui a refusé de jouer le jeu de la surenchère et coupé court aux négociations, Sunderland a accepté d’arroser Roc Nation et oncle Picsou. « Le choix semble avoir été guidé non pas par l’intérêt du joueur mais par celui d’un intermédiaire, qui gagne de l’argent sur son transfert. Si un club avait simplement proposé un meilleur salaire que l’autre, il n’y aurait rien eu de choquant, estime Maxence Franceschi, économiste du sport à l’Université de Lausanne et auteur d’une thèse sur le marché des transferts dans le football. Là, ce qui pose problème, c’est que tout semble s’être joué sur une histoire de commissions. Je pense qu’on est à la limite de la légalité dans ce deal. »
Si le marché des transferts regorge d’histoire de rétrocommissions que l’on verse sous le manteau à tel ou tel intermédiaire pour faire signer un joueur, les méthodes de Roc Nation semblent marquer une rupture avec le passé. « Ce qui est au cœur du problème, c’est qu’il n’y a plus d’humain, regrette Belhassen. Ce que j’aime dans ce métier, c’est l’échange, le partage, le fait de construire une carrière sportive avec un joueur, de le conseiller et de lui transmettre mon expérience. Si on enlève cette dimension humaine, on perd l’essence même du métier. Et j’ai le sentiment qu’avec Roc Nation, malheureusement, on en est là. Je suis aussi assez surpris que des joueurs puissent être à ce point séduits par une agence construite par un rappeur et un chanteur. »
Un joueur affecté par cette journée de zinzin
« Roc Nation utilise l’image de marque de Jay-Z, les stars américaines, pour appâter l’entourage des joueurs, abonde Marc Méchénoua. A l’arrivée, tout ça se fait souvent au détriment du joueur. Je suis persuadé qu’avec d’autres agents, Fofana ne signait pas à Sunderland mais dans un plus gros club. Même s’il sort d’une grosse blessure, il reste un joueur de talent et d’avenir. » En effet, mardi matin, Malik Fofana se voyait déjà rejoindre Arsenal et Mikel Arteta, dont l’intérêt était réel mais qui auraient préféré passer leur tour plutôt que de rentrer dans le jeu des Américains, dont la réputation risque vite de décourager les jeunes pépites de demain de signer chez eux.
C’est en tout cas le vœu le plus cher de Franck Belhassen, qui enrage de voir cette agence « ruiner pour de bon l’image du métier d’agent qui n’est déjà pas reluisante auprès du grand public. » « J’espère que cet épisode fera ouvrir les yeux aux joueurs et qu’ils se rendront compte que le rôle d’un agent et celui de ses proches, c’est de les aider à faire la meilleure carrière possible, dans des clubs dont les projets sportifs les attirent et les rendent heureux », conclut-il.
Open Questions
- Quelle sera la réaction de Roc Nation face aux critiques ?
- Malick Fofana parviendra-t-il à s'imposer durablement à Sunderland ?




