Pourquoi la LFP cherche déjà à revendre les droits TV de la Ligue 1, un an après avoir lancé sa propre chaîne ?
La Ligue de Football Professionnel pourrait lancer un appel d'offres dès novembre pour ses droits de diffusion, remettant en question l'avenir de sa chaîne Ligue 1+.
Quick Look
- La LFP prévoit un nouvel appel d'offres pour les droits TV de la Ligue 1 en novembre, moins de deux ans après le lancement de sa chaîne Ligue 1+.
- Cette décision, perçue comme un signe de pression financière, vise à augmenter les revenus des clubs.
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Why It Matters
La LFP a lancé sa propre chaîne, Ligue 1+, en 2025 pour pallier la crise des droits TV. Le modèle actuel génère environ 140 millions d'euros pour les clubs.
La Ligue de Football Professionnel revoit déjà ses plans. À l'été 2025, la LFP lançait sa chaîne Ligue 1+ pour diffuser les matchs de championnat, ultime solution trouvée à l'issue de l'interminable crise des droits TV qui mine le football français depuis plusieurs années. Présentée à l'époque comme une nouveauté européenne appelée à faire des petits, Ligue 1+ pourrait couper le signal dès l'été prochain. En effet, la LFP réfléchit à remettre sur le marché les droits TV de la Ligue 1, et va lancer pour cela un appel d'offres en novembre.
Un an et demi après les débuts de Ligue 1+, cette décision interpelle. "Les dirigeants peuvent dire que c’est une réussite d’avoir créé la chaîne si elle est revendue ensuite à un distributeur, mais elle a à peine un an, donc sa valeur est faible, et cette décision surprend. La création de la chaîne était déjà subie, n'oublions pas, mais la chaîne aurait pu servir à recréer de la valeur autour de la Ligue 1, pour, à moyen terme, revendre la plateforme ou les droits plus chère. Or, au bout d’un an, c’est tôt", explique ainsi Antoine Feuillet, maître de conférences à l'université Paris-Saclay, spécialiste des droits TV.
Vent de panique ou test de marché ?
"On peut lire cette décision de deux façons. La lecture rassurante dit que l'expérience Ligue 1+ marche bien, donc la LFP veut tester le marché, car ouverte à toute opportunité pour améliorer les revenus en droits TV des clubs", pose Pierre Maes, spécialiste des droits TV, "L’autre lecture s'attarde plus sur le prix de l'abonnement qui a augmenté, le nombre d’abonnés qui plafonne, le piratage qui croît. Ce qui fait que la nervosité est palpable. D'ailleurs, les clubs envisagent depuis un moment un appel d’offres pour 2029-2034, et là on parle d’un appel d’offres avancé à la saison prochaine, ce qui tend à rendre crédible cette deuxième lecture qui dit que c’est la panique."
"C'est un signe de faiblesse, pas forcément d’échec, mais qui acte que Ligue 1+ n’apporte pas assez de revenus aux clubs", abonde Antoine Feuillet, qui rappelle que des revenus tirés du nombre d'abonnés, il faut soustraire les coûts de production annuels de la chaîne et la part qui revient au fonds d'investissement CVC, qui détient 13% de LFP Media.
“Au lancement de la chaîne, les prix ont été bradés, avec des abonnements qu’on peut partager à deux foyers. Depuis, ils essayent de transformer le succès public en succès commercial et financier. Car LFP Media a vu grand avec Ligue 1+, qui est un produit premium à la Canal+ qui diffuse 7j/7 et 24h/24. À la place des clubs on pourrait vouloir un produit beaucoup plus simple avec simplement la diffusion des matchs, ce qui allégerait l'enveloppe de production et renflouerait celles des clubs", résume Pierre Maes.
"On est maître de notre destin", répète-t-on côté LFP. Annoncé mardi 6 octobre au conseil d'administration de la LFP, ce nouvel appel d'offres entend "tester le marché, dont plusieurs acteurs ont démontré des marques d'intérêts pour ces droits", assure une source proche du dossier. Dans les bureaux de la Ligue, on insiste : ce nouvel appel d'offres n'aboutira pas nécessairement à une "cession des droits, une offre ne sera retenue que si elle correspond à la projection stratégique de Ligue 1". Autrement dit : si personne ne met le prix, la LFP continuera à financer elle-même Ligue 1+, qui lui coûte une soixantaine de millions d'euros par an.
La LFP estime que "Ligue 1+ a changé le rapport de force entre la LFP et les chaînes", ajoute cette même source, rappelant au passage que la loi permet désormais de vendre tous les matchs en un lot unique. "C'est un bon argument, c’est bon pour le distributeur éventuel et le consommateur", reconnaît Antoine Feuillet, qui s'inquiète toutefois d'une autre nouveauté législative potentielle : la hausse de la TVA à 20% (contre 10% aujourd'hui) pour les chaînes payantes. "Cette hausse de la TVA influerait forcément sur le potentiel intérêt de Canal+ pour cet appel d’offres. Si l’idée de la LFP était de faire revenir Canal, le timing n’est vraiment pas idéal", note Antoine Feuillet.
"Quand vous décidez de faire un appel d’offres alors que les deux précédents ont été des échecs retentissants, soit vous avez des assurances du marché, soit vous n’avez pas d’autres choix. Et je ne vois pas quelles assurances ils ont eues", s'interroge Pierre Maes, "La seule plateforme qui a tenté quelque chose en France, c’est Amazon, qui s’est repliée depuis. Disney+ bouge un peu, mais sur des achats très peu chers".
La marge de manœuvre de la LFP est donc serrée, d'autant que l'instance lance ce nouvel appel d'offres pour une entrée en application dès la saison prochaine. Il faut donc agir vite, pour rester dans les clous des contrats, et régler ce sujet avant la fin de l'année. Pour optimiser ses chances, la LFP laisse ainsi le choix aux distributeurs intéressés : payer les droits TV bruts, ou payer pour diffuser Ligue 1+. Ce qui fait dire à Antoine Feuillet que "la LFP n’a rien à perdre parce qu’elle peut conserver la chaîne et construire sa valeur à moyen terme, si les enchères ne sont pas satisfaisantes".
Le maître en conférences conclut : "Si la LFP lance cet appel d’offres, c’est qu’elle a eu des retours de distributeurs intéressés, avec des perspectives de revenus plus élevés que ceux actuels, qui sont autour de 140 millions d’euros à partager pour les clubs. Et, au pire, avec Ligue 1+, la LFP a une solution de secours déjà en place. Mais cet appel d'offres est un signe que les clubs sont aux abois et considèrent que les revenus actuels ne sont pas assez."
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Lancement d'un appel d'offres pour les droits TV en novembre.
Very likely · Within months
Open Questions
- Quels diffuseurs sont réellement intéressés par les droits ?
- Quel sera l'impact d'une éventuelle hausse de la TVA sur les enchères ?





