Ralliements politiques : quel est leur véritable impact dans une campagne ?
Edouard Philippe à Tourcoing, Raphaël Glucksmann en Charente-Maritime... Les candidats soignent leurs mises en scène pour afficher de nouveaux soutiens. Une stratégie de communication bien rodée, mais dont l'efficacité réelle auprès des électeurs reste nuancée.
Quick Look
- Edouard Philippe met en scène le ralliement de Gérald Darmanin à Tourcoing, tandis que Raphaël Glucksmann s'affiche avec Yannick Jadot.
- Si ces alliances créent une dynamique médiatique, leur impact réel sur les électeurs reste limité.
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Why It Matters
Les personnalités politiques multiplient les mises en scène de ralliements à l'approche des échéances électorales pour occuper l'espace médiatique.
Edouard Philippe a troqué quelques minutes son costume de candidat pour enfiler un tablier de vendeur de frites, dimanche, à Tourcoing (Nord). Une manière pour le patron d’Horizons de mettre en scène le récent ralliement de Gérald Darmanin à son écurie. « Sois généreux », lançait d’ailleurs à ses côtés, le ministre de la Justice, salière en main. Cette mise en scène est un classique de la communication politique. La semaine passée, c’est le candidat Place Publique Raphaël Glucksmann qui s’affichait avec son nouvel allié, l’écologiste Yannick Jadot, lors d’une visite d’un parc éolien en Charente-Maritime. Mais les ralliements ont-ils vraiment une importance dans une campagne ?
« Ça a un impact »
Edouard Philippe a insisté dimanche lors de sa visite à Tourcoing sur la nécessité de rassembler son camp (derrière lui). « Tous ceux qui se retrouvent dans ces idées simples, tous ceux-là doivent se rassembler pour que nous ne basculions ni dans la soi-disant ''nouvelle France'' de LFI, ni dans l’identitarisme nationaliste et gauchisant de Mme Le Pen », a indiqué le maire du Havre. Chez ses soutiens, les ralliements des figures de la macronie, comme celui du garde des Sceaux, du ministre de l’Europe Benjamin Haddad ou de la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, sont devenus un argument pour affaiblir le rival, Gabriel Attal.
« On voit bien que la dynamique de ralliement est du côté d’Edouard Philippe, et il y en aura d’autres. C’est le seul candidat qui peut rassembler de la droite jusqu’au centre », assure Maël de Calan, l’un de ses porte-paroles. « C’est quand même plus facile de se féliciter de l’arrivée d’un poids lourd que de déplorer le départ d’un traître », s’amuse-t-il. Le discours n’est pas bien différent à gauche, ou les proches du patron de Place publique saluaient ce week-end à Blois les transfuges de campagne. « Quand Boris Vallaud (le président des députés PS) nous soutient, ça a un impact. Les premiers sondages encourageants et les soutiens, ça montre que Raphaël Glucksmann est au centre de gravité à gauche », indique Guillaume Garot, député PS de Mayenne.
« Un ralliement doit avoir du sens »
Les arrivées de poids lourds politiques peuvent-elles être un tournant dans une campagne présidentielle ? « Ça a un effet sur la production d’images, ça permet de construire un narratif de communication plus solide », reconnaît Bruno Cautrès, chercheur CNRS au CEVIPOF.
« Mais si les ralliements donnent le sentiment d’une dynamique de campagne, par rapport à des concurrents, et permettent d’occuper l’espace médiatique, l’effet est en généralement minime auprès des Français », relativise le politologue. Lors de la dernière élection présidentielle en 2022, Eric Zemmour avait agrégé de nombreux cadres et élus du Rassemblement national, comme Nicolas Bay, Gilbert Collard ou Marion Maréchal. Cela n’avait pas empêché le candidat Reconquête de s’effondrer au premier tour du scrutin, en finissant à plus de 15 points derrière la rivale Marine Le Pen.
Les ralliements sont donc loin de faire l’élection, mais ils peuvent être un atout, précisément dans le cadre d’une campagne interne. « Le corps électoral de la primaire PS est restreint. Recevoir le soutien de Boris Vallaud, un poids lourd du PS, peut avoir un impact sur des courants internes du parti, et donc influer sur le résultat final », poursuit Bruno Cautrès.
La droite sociale, un message électoral ?
Pour être utile, un ralliement doit aussi avoir un objectif politique. Lorsque Raphaël Glucksmann choisit Yannick Jadot pour son premier déplacement de campagne, c’est pour répondre aux tentatives de « drague » lancée quelques heures plus tôt par Jean-Luc Mélenchon sur les écologistes. « Un ralliement doit avoir du sens, confirme Bruno Cautrès. Ce n’est pas seulement une personne, mais un message envoyé à tel ou tel secteur de l’électorat ». Avec Gérald Darmanin, Edouard Philippe entend ainsi capitaliser sur ''la droite sociale'' pour mieux répondre aux critiques sur son projet « de sang et de larmes » fustigé par ses adversaires.
Open Questions
- Quels autres poids lourds rejoindront Edouard Philippe ?
- Quel sera l'impact réel de ces alliances sur les scrutins ?




