
La secrétaire générale de la CGT était l'invitée de Francis Letellier pour évoquer la rentrée sociale, le pouvoir d'achat, les salaires et le budget.
Invitée sur France Info, Sophie Binet (CGT) dénonce la baisse du pouvoir d'achat, réclame des hausses de salaires et le blocage des prix, et appelle à la grève le 29 septembre contre les mesures d'austérité budgétaire.
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Débat en France sur le pouvoir d'achat, la hausse des prix de l'énergie et l'alimentation, ainsi que sur le budget de l'État.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Francis Letellier : Face aux prix qui augmentent, faut-il augmenter les salaires ? C'est l'un des débats de cette rentrée qui va durer jusqu'à l'élection présidentielle. Par ailleurs, c'est surtout le gaz, l'électricité, les carburants qui augmentent, et le gouvernement a dit qu'il allait prolonger les systèmes d'aide, que ce soit le chèque énergie ou l'aide aux carburants. Ça vous suffit ou vous demandez plus encore ?
Sophie Binet : Non, c'est totalement insuffisant. Je rappelle que les augmentations de prix sont énormes. C'est 6% sur les produits frais, 17% sur les prix de l'énergie. Ce n'est pas seulement le carburant, c'est aussi le gaz. Et c'est l'ensemble des travailleurs et des travailleuses qui sont concernés. Cette rentrée, c'est la rentrée du déclassement pour les travailleurs et les travailleuses. Nos salaires n'ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2020. C'est la première fois.
Donc qu'est-ce qu'il faut faire face à l'augmentation des prix ? On va parler des salaires probablement, mais est-ce qu'il faut bloquer les prix, par exemple, comme certains le disent ? Mais lesquels ? Sur quoi ? Est-ce que c'est sur les carburants ? Est-ce que c'est sur l'alimentation ?
Déjà, les carburants, ça, il faut les bloquer. Et ensuite, sur l'alimentation, il faut regarder, parce qu'on sait que le problème, ce sont les marges arrière de la grande distribution et de l'industrie agroalimentaire. Évidemment, les prix des producteurs augmentent face à la catastrophe climatique, mais le problème, ce sont les profits entre. Et on l'a vu en 2020, ce qu'il s'est passé, c'est que la grande distribution et l'industrie agroalimentaire ont fait énormément de profits indus et que c'est nous qui avons payé l'addition à la fin.
On had parlé des "super profiteurs" au moment de la crise pétrolière, en taclant notamment Total. Aujourd'hui, vous dites, les super profiteurs, ce sont les gens de la grande distribution ?
Je dis que c'est aussi Total, puisque Total fait encore des bénéfices faramineux, et de l'industrie agroalimentaire. Il faut regarder, c'est là où il y a des marges. On l'avait vu en 2020 et je suis sûre qu'on va le voir là, donc il faut le regarder.
Il faut taxer les superprofits de la grande distribution, c'est ce que vous voulez dire ?
Oui, et il faut encadrer les prix pour que ces produits essentiels indispensables pour pouvoir se nourrir soient accessibles pour les travailleurs et les travailleuses. On sait qu'il y a déjà beaucoup de Françaises et de Français qui ne mangent pas trois repas par jour. Et évidemment, il faut augmenter les salaires.
L'augmentation des salaires, justement. C'est un débat partout, y compris à droite et dans le bloc central, où il y a une idée, qui n'est pas nouvelle, mais qui ressort dans la campagne présidentielle, qui est de rapprocher le salaire net du brut, c'est-à-dire qu'il y ait moins d'écart entre les deux. Est-ce que c'est une idée qui vaut d'être discutée ?
Non, ça s'appelle un énorme enfumage. Le salaire net, c'est pour le mois, le salaire brut, c'est pour la vie. Le salaire brut, ce sont nos cotisations ; retraite, chômage, maladie, famille, c'est tous nos droits, en fait. Donc, quand on baisse le salaire brut, c'est qu'on baisse les droits des salariés derrière. Ce qu'il faut, c'est augmenter les salaires bruts, pour avoir à la fois plus à la fin du mois, mais aussi plus de droits sociaux. On a besoin d'avoir plus de droits en matière de retraite, de chômage ou de maladie, par exemple.
Vous parlez des cotisations sociales, on parle beaucoup des arrêts maladie en ce moment. Depuis aujourd'hui, ils sont plafonnés, lors de la première prescription, à pas plus d'un mois d'arrêt maladie avant éventuellement un renouvellement. Et le gouvernement, dans son projet de budget à venir, estime qu'il va falloir encore faire des économies et des efforts, ce sont ses mots, sur les arrêts maladie, sur les dépenses publiques. Est-ce que là aussi, vous dites, qu'il faut en discuter. Il y a des économies à faire ou pas ?
Il faut arrêter cet acharnement contre les malades. Il y a des choses à faire pour comprendre les causes. Pourquoi les arrêts maladie augmentent ? Ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on va résoudre les symptômes et la maladie. Nous, ce qu'on note, c'est qu'un salarié sur deux présente des signes de détresse psychologique au travail. Ça n'a jamais été aussi élevé. Un tiers des salariés se dit au bord du burn-out.
Comment vous l'expliquez ?
Le problème, c'est qu'au quotidien, au travail, on nous demande toujours de faire plus avec moins. On a un travail qui correspond de moins en moins à notre éthique professionnelle, avec des objectifs chiffrés qui ne correspondent pas au sens de notre travail. Il est là, le problème, et c'est là-dessus qu'il faut agir.
Et donc, vous estimez que ce n'est pas assez pris en compte, ces nouveaux risques ?
Bien sûr. Et le dernier problème, c'est l'absence totale de reconnaissance au travail. C'est de ça dont il faut parler. Stigmatiser les malades, ça ne sert à rien, ça n'a jamais fait reculer les arrêts maladie.
Le gouvernement doit faire un budget à la fin de l'année et dit qu'il va falloir faire des économies. Donc, tout le monde va y passer. Peut-être les retraités les plus aisés, je le disais, peut-être aussi certaines dépenses d'assurance sociale. La gauche menace de censurer. Vous dites : "Pas besoin de discuter là-dessus, c'est non". Donc il faut aller à la censure directement ?
Nous, ce que nous disons aux salariés, aux travailleurs et aux travailleuses, c'est que le seul moyen d'être entendu, c'est de se mobiliser. Il y aura beaucoup d'initiatives de mobilisation en septembre. Le point d'orgue, c'est le 29 septembre, une grande grève pour nos salaires et nos services publics. J'appelle tous les agents publics qui nous écoutent à se mettre en grève pour que toutes celles et ceux qui passent leur temps à stigmatiser les fonctionnaires, à dire que les fonctionnaires coûtent cher, voient ce que c'est une journée noire sans service public.
Mais politiquement, si ça doit passer par la censure, pour vous, c'est une possibilité, c'est une option ?
Nous pensons qu'il faut tout faire pour empêcher un budget régressif pour les travailleurs et les travailleuses. Il y en a assez de ce cauchemar sans fin du macronisme. Nous, on va se mobiliser et après, c'est aux responsables politiques de prendre leurs responsabilités. Ça n'est pas les nôtres.
Mais si la gauche dit, pas que la gauche, peut-être le RN aussi : "Il faut censurer le budget", vous dites, "oui" ?
Bien sûr, nous, nous pensons qu'il faut bloquer un budget régressif pour les travailleurs. Il y en a assez de ces gouvernements qui passent leur temps à nous faire les poches alors que nos poches sont de plus en plus vides. Le problème, c'est que d'abord, c'est un scandale d'un point de vue social, mais c'est aussi une catastrophe économique. Aujourd'hui, le pays est au bord de la récession. Pourquoi ? Les professionnels du tourisme le disent : parce que quand les travailleurs et les travailleuses ont moins d'argent, ils consomment moins et ça met les entreprises en difficulté. Si le gouvernement propose un budget avec des mesures d'austérité pour les travailleurs, il va accentuer la récession et mettre le pays en difficulté économique.
Il y a un autre sujet qui n'est pas clos et qui revient aussi dans ce début de campagne présidentielle, c'est celui sur les retraites et l'allongement ou pas de la durée de cotisation d'une part, ou le retour à 60 ans ou pas. Jusqu'à maintenant la gauche, c'était le retour à 60 ans, c'était le programme du Nouveau Front Populaire et vous avez vu que dans les partis socialistes, certains disent pourquoi pas 62 voire 63 ans. Le fait qu'une partie de la gauche déserte l'idée de revenir à 60 ans, celle que vous défendez, est-ce que ça vous inquiète ?
Oui, parce que pour les travailleurs et les travailleuses, c'est clair, quand on leur demande leur avis, ils sont d'abord favorables à abroger cette réforme des retraites inique qui a été imposée par la force par Emmanuel Macron, et ensuite, ils sont pour la retraite à 60 ans.
Ça vous inquiète de voir une partie de la gauche qui ne défend plus ça ?
Bien sûr.
Est-ce que vous leur en voulez ?
Je n'ai de haine pour personne, ce n'est pas le sujet.
Pas de haine, mais est-ce que vous leur en voulez ?
Moi, ce que je dis aux candidats et aux candidates à l'élection présidentielle, ce n'est pas aux grands patrons qu'il faut s'adresser, c'est aux 40 millions de travailleurs et de travailleurs et de retraités. Ce sont les travailleurs et les travailleuses qui ont besoin qu'on leur dise qu'on va revaloriser leur travail et enfin les reconnaître. Le problème en France, c'est qu'on est dans une société de rentiers. On vit mieux de son capital que de son travail. C'est à ça qu'il faut répondre.
Et puis l'immigration aussi qui revient dans le débat, notamment par une phrase de Jean-Philippe Tanguy du RN qui a estimé que le Rassemblement national défendrait l'interdiction du port du voile dans l'espace public. Est-ce que ça vous choque ?
Je pense que ce n'est absolument pas le sujet et que ça confirme le danger du Rassemblement national qui passe son temps à faire diversion des questions sociales. On a une rentrée qui est marquée par une baisse de pouvoir d'achat inédite, on a une rentrée et un été qui a été marqué par une série de catastrophes qui montrent le résultat de 10 ans de politique d'austérité et de l'abandon des services publics, et le RN nous parle du voile dans la rue. C'est un hors sujet complet.
Mais sur le fond, l'interdiction du voile pour les femmes, est-ce que vous êtes pour ou contre ?
D'abord, c'est inapplicable, et ensuite, je pense que ça ne correspond pas du tout à nos principes de laïcité français. Je rappelle que la laïcité, c'est une liberté. C'est la liberté de croire ou de ne pas croire. Et attention à ne pas instrumentaliser la laïcité pour stigmatiser une religion ou en faire une loi d'interdit, alors que c'est une loi d'émancipation et de liberté qui est extrêmement importante.
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