
Les laboratoires américains Moderna et Merck ont présenté des résultats positifs pour un vaccin personnalisé combiné à une immunothérapie contre le cancer de la peau.
Moderna et Merck ont testé avec succès une thérapie combinant immunothérapie et vaccin personnalisé contre les rechutes de mélanome, réduisant significativement le risque de récidive chez plus de 1100 patients suivis.
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L'immunothérapie est un traitement standard pour aider le système immunitaire à combattre les cellules cancéreuses après l'ablation d'un mélanome.
C'est un rêve de millions de patients et de médecins : un vaccin contre le cancer. Les laboratoires américains Moderna et Merck viennent de tester avec succès une thérapie contre les rechutes du cancer de la peau. Chez les patients atteints de cette maladie, le traitement consiste en général à enlever la tumeur, le mélanome, et à donner ensuite pendant une année une immunothérapie, c’est-à-dire un médicament qui va aider le système immunitaire à détecter et combattre les cellules cancéreuses qui pourraient se redévelopper et entraîner une rechute.
Dans l’essai clinique proposé ici, l’idée est de combiner ce traitement avec un deuxième, cette fois-ci totalement personnalisé puisque fabriqué à partir des cellules tumorales du malade. Plus de 1100 patients ont ainsi été suivis, une partie recevant le double traitement, et une autre ne recevant que l’immunothérapie. D’après les deux laboratoires, le risque de récidive a été significativement réduit chez les patients du premier groupe.
Alors l'espoir est-il permis ? Suzette Delaloge, médecin oncologue et présidente du conseil d'administration de l'Institut national du cancer, détaille cette avancée pour franceinfo.
franceinfo : comment analysez-vous ces premiers résultats ?
Suzette Delaloge : Je pense qu'a priori ce sont des résultats très intéressants. Les données précises n'ont pas encore été présentées et elles seront présentées, je pense, au Congrès européen de cancérologie dans deux mois. Donc, nous n'avons que l'annonce, mais nous avions des données préliminaires très solides et c'est une étude clinique très bien conduite, à laquelle la France a participé largement d'ailleurs, qui permet d'avoir un réel espoir. C'est un médicament tout à fait innovant, très intéressant.
Il s'agit de ralentir la survenue d'une possible récidive. Pour l'oncologue que vous êtes, c'est déjà un grand pas ?
En fait, c'est énorme. Il s'agit là de personnes qui ont un mélanome, donc une tumeur de la peau, qui se présente dans certains cas sous une forme soit localement avancée, soit avec une atteinte ganglionnaire. Ce n'étaient pas des gens qui avaient un tout petit mélanome très localisé, c'était un mélanome un peu plus avancé. Et en fait, dans ces cas, on peut avoir un risque de rechute sous forme de métastases, lesquelles peuvent être létales. Ce risque peut aller jusqu'à 30 %.
Actuellement, nous avons déjà mis en place une immunothérapie. En donnant cette immunothérapie, on diminue le risque de rechute sous forme de métastase de ce mélanome. Et là, cette étude compare soit l'immunothérapie standard seule, soit l'immunothérapie associée à un vaccin. C'est un vaccin très original puisqu'à partir des données de la tumeur de chaque personne, on va designer le vaccin qui va reconnaître jusqu'à 34 antigènes spécifiques de la tumeur de la personne, et permettre d'éduquer son immunité pour éviter la rechute.
Très concrètement, comment cela se passe-t-il ? On prélève une partie de la tumeur ?
En fait, on va séquencer l'ADN d'un petit fragment de la tumeur. C'est quelque chose qu'on fait vraiment en routine. À partir de là, on va identifier des anomalies de l'ADN de la tumeur, dont on sait qu'elles peuvent constituer des antigènes très facilement reconnaissables par l'immunité.
On va construire un vaccin à partir de ces petites protéines qui vont permettre à l'immunité d'être éduquée en se disant : "Si je rencontre ces protéines dans le futur, c'est anormal et je vais tuer les cellules qui les portent." Ces protéines sont spécifiques du cancer et ne sont pas présentes, ou exceptionnellement présentes, sur les autres cellules.
Est-ce facile de reproduire à grande échelle un vaccin qui sera différent pour chaque personne ?
C'est ce qui a été fait dans cette étude. Il y a un peu plus de 1 100 personnes qui ont participé. Alors, nous n'avons pas encore toutes les données, mais dans l'étude préliminaire qui était très intéressante et pour laquelle on a 5 ans de recul, il y avait une diminution du risque de rechute d'à peu près 50 %, ce qui est quand même énorme. Il y avait une tendance pour dire que cela pouvait peut-être améliorer l'espérance de vie globale — nous aurons les résultats dans longtemps pour la grande étude.
En tout cas, c'était faisable. C'est-à-dire qu'il y avait 85 % des personnes entrant dans l'étude préliminaire pour lesquelles on arrivait à designer le vaccin personnel. Ce n'est pas 100 %, on va voir ce que cela donne pour l'étude qui est présentée là, mais c'est quand même assez remarquable. Et puis, nos technologies évoluent. C'est un vaccin ARN qui est construit depuis maintenant plusieurs années ; nous avons vraiment l'expérience du fait que cela fonctionne, on peut le faire.
Peut-on imaginer soigner d'autres cancers avec ce type de vaccins ?
Avec cette approche développée par ces deux laboratoires, il y a d'autres grandes études en cours dans le monde, dans d'autres pathologies. Pour l'instant, ils se concentrent davantage sur des pathologies très “immunomédiées”, c'est-à-dire qui sont assez sensibles à l'immunothérapie. Pour certains cancers, c’est beaucoup plus difficile de réveiller l'immunité. Ce sont des cancers que l'on appelle “froids”, c'est-à-dire qui ont peu de néo-antigènes ou pour lesquels l'immunité est très éteinte.
Cependant, des études sont en cours pour différents cancers, dont le cancer de la vessie ou du poumon par exemple. Donc oui, cela va se passer pour d'autres cancers. C'est un peu plus difficile pour les cancers de type cancer du sein.
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Présentation des données précises au Congrès européen de cancérologie dans deux mois
Very likely · Within months
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