
La publication d'un article remettant en question les réactions autour d'une affaire de viol présumé suscite des appels à la censure du journal étudiant Columbia Sundial.
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Une affaire de viol présumé impliquant sept hommes à l'université Cornell en 2024 a suscité une forte mobilisation nationale. Le parquet a rouvert l'enquête en septembre 2026 après une procédure civile.
Que faire d’un journal étudiant dont on désapprouve un article ? À Columbia, certains proposent que le Columbia Sundial cesse de paraître. En cause, une tribune parue dans ses pages et contestant les réactions jugées expéditives au sujet de l’affaire du viol de Cornell. Publiée le 13 octobre, elle est signée par Nikos Mohammadi et Christina Ma, étudiants de troisième année de cette prestigieuse université new-yorkaise. Lui est rédacteur en chef adjoint du journal, elle y collabore. Tous deux dénoncent des conclusions prématurées dans l’affaire des «Cornell Seven».
Cette affaire remonte à la nuit du 19 au 20 octobre 2024 et s’est déroulée sur le campus de cette autre université de renom située à Ithaca, dans l’État de New York. Une étudiante de 20 ans participait alors à une soirée chez Chi Phi, une «fraternité», association masculine disposant d’une maison où elle organise des fêtes. Quelque temps après, l’étudiante a accusé sept participants à la soirée d’avoir abusé d’elle alors qu’elle était à moitié inconsciente sous l’effet de la consommation de drogue et d’alcool. Les hommes mis en cause ont contesté et contestent toujours les accusations.
Réouverture de l’enquête
La jeune femme signale les faits à la police universitaire en novembre 2024. Selon une retranscription de son audition consultée par CBS News, elle affirme alors être «certaine à 100 %» d’avoir été violée. Mais cette phrase ne figure pas dans la déclaration écrite transmise au procureur. Celui-ci décide de ne pas engager de poursuites pénales : selon lui, le document décrit une consommation de drogue et des rapports consentis. L’avocat de la plaignante conteste cette interprétation et reproche au parquet de ne pas avoir directement interrogé sa cliente. L’affaire prend une dimension nationale le 16 septembre 2026 quand la jeune femme engage une procédure civile, sous le pseudonyme de «Jane Doe», notamment contre Cornell et les sept hommes. Manifestations et campagnes sur les réseaux sociaux se multiplient. Le parquet annonce le 28 septembre la réouverture de l’enquête.
C’est aux réactions à cette affaire non jugée que Mohammadi et Ma consacrent leur tribune. «Nous avons écrit cet essai parce que nous observions la réaction de nos camarades, qui publiaient sans relâche sur Instagram», explique Nikos Mohammadi au Figaro. Les auteurs dénoncent une «frénésie collective» qui négligerait les éléments contraires au récit dominant. «Nous pensions qu’il était possible d’avoir des avis différents sur cette affaire», poursuit-il, jugeant ce débat encore «tabou à Columbia et sur d’autres campus».
Les deux étudiants invitent aussi à distinguer consentement et regret. Une expérience, soutiennent-ils, peut avoir été consentie puis vécue comme dégradante ou traumatique. Pour défendre cette distinction, ils citent l’essayiste féministe américaine Camille Paglia, qui dénonce une tendance à présenter les femmes comme incapables de décider pour elles-mêmes. Interrogé par Le Figaro sur cette référence, Nikos Mohammadi précise que les idées de l’essayiste leur ont paru utiles «d’un point de vue culturel». L’étudiant ajoute avoir reçu des retours favorables de plusieurs féministes, «même si ce ne sont certainement pas des féministes woke du campus».
Droit de réponse, droit de paraître
Dès le 14 octobre, le Columbia Political Review, autre revue étudiante, qui se présente comme ouverte à plusieurs sensibilités politiques, condamne la publication. Elle accuse les auteurs de négliger des éléments essentiels sur le consentement et de reporter sur les victimes la responsabilité des violences. Elle critique notamment un propos de Paglia cité dans la tribune : accepter de suivre un homme dans une chambre, souligne la revue, ne signifie pas consentir aux rapports qui pourraient suivre.
Interrogé par Le Figaro sur la capacité à consentir sous l’effet de l’alcool ou des drogues, Mohammadi estime que leur texte tient compte de cette question. Il rappelle que Christina Ma et lui reconnaissent dans leur texte la vulnérabilité physique des femmes et la nécessité d’examiner attentivement les rapports impliquant plusieurs hommes et une femme.

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