Acétamipride et colliers antipuces : enquête sur une fausse information
Relayée par le président de la FNSEA, un sénateur et la ministre de l'Agriculture, l'affirmation selon laquelle l'acétamipride est présent dans les colliers antipuces est un mensonge démenti par l'ANSES.
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Une enquête de 'Complément d'enquête' révèle comment une fausse information sur la présence d'acétamipride dans les colliers antipuces pour animaux a été relayée par des responsables politiques et agricoles pour défendre la réautorisation de ce pesticide.
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Why It Matters
L'acétamipride a été interdit en 2018 et réautorisé sous conditions par la loi d'urgence agricole en juillet 2026, suscitant de vive polémiques.
C'est une substance qui a déclenché une véritable guerre de l'info. L'acétamipride a été interdit en 2018 et réautorisé (sous conditions) par la loi d'urgence agricole adoptée en juillet 2026.
Il y a un an, ce néonicotinoïde était déjà au cœur des débats autour de la très controversée loi Duplomb. Qualifié de "tueur d’abeilles", l'insecticide est également soupçonné d'avoir des effets néfastes sur la santé humaine. Face aux opposants à la loi Duplomb qui s'alarment publiquement de ces risques, leurs adversaires ont trouvé un contre-argument qu'ils brandissent dans les médias.
Le président de la FNSEA et la ministre de l'Agriculture s'en font l'écho
Sur les plateaux télé, on entend par exemple le président de la FNSEA Arnaud Rousseau inviter "tous les gens qui ont un collier antipuces sur leur chat ou sur leur chien à regarder ce qu'il y a marqué dessus". Ils y trouveront, affirme-t-il, la mention de cet acétamipride interdit dans l'agriculture, mais selon lui pas dans les foyers français, et qui serait donc sans danger…
De l'acétamipride dans les colliers antipuces de nos animaux domestiques ? L'affirmation circule dans certains médias, et même la ministre de l'Agriculture Annie Genevard s'en fait l'écho (le 27 mai 2025 sur France info). Pourtant, c'est faux : il suffit de lire la liste des composants des colliers antipuces pour le constater. On y trouve des insecticides, et même un autre néonicotinoïde, mais pas d'acétamipride. L'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, l'a confirmé par écrit à "Complément d'enquête" : la molécule n'a jamais été autorisée pour l'usage vétérinaire, ni "en France, ni en Europe".
"Oui, j'ai fait une fake news. J'ai simplifié un peu trop"
Une fake news, donc. Les journalistes de "Complément d'enquête" ont retracé son parcours. Le premier à l'avoir évoquée dans l'Hémicycle est le sénateur (Horizons) Vincent Louault, également agriculteur et cosignataire de la loi Duplomb. Il y assure que l'acétamipride "est partout dans votre maison, dans le 'Stop Insectes', dans le collier à chien, tout ça…". Des propos qu'il maintiendra au micro de "Complément d'enquête" quelques mois plus tard.
Pourquoi persister à mettre en avant une fausse information démentie par l'ANSES ? Réponse : "Parce que nous [les soutiens de la loi Duplomb], on se fait défoncer la gueule et qu'à un moment, les gens, ils comprennent des messages simples." Le sénateur avoue avoir "simplifié un peu trop" mais assume cette fake news, justifiée selon lui par la volonté de "sensibiliser sur le fait que dans le collier à chien et chat, il y a bien des nécotinoïdes (sic) ou des molécules aussi dangereuses que l'acétamipride". Dans un courrier aux parlementaires de son groupe, il n'hésite pas à en faire un argument en faveur du retour du pesticide, écrivant que "l'acétamipride est autorisé dans les colliers pour chiens et chats."
Quant à la ministre de l'Agriculture, savait-elle qu'elle relayait une fausse information ? Sans réponse à ses demandes d'interview, la journaliste de "Complément d'enquête" a profité de la présentation d'un rapport parlementaire au Sénat pour aller lui poser la question. Elle ne recevra pas davantage d'explications…
Extrait de "Pesticides : au cœur du champ de bataille", à voir dans "Complément d'enquête" le 3 septembre 2026.






