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Congé naissance : deux mois après son lancement, les parents témoignent de ses bénéfices et de ses limites
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France Info2 days agoSociety3 min readFrance

Congé naissance : deux mois après son lancement, les parents témoignent de ses bénéfices et de ses limites

Quick Look

  • Depuis son entrée en vigueur le 1er juillet, le congé naissance permet à chaque parent de prendre jusqu'à deux mois de congé indemnisé à 70% puis 60% du salaire.
  • Deux mois après son lancement, 110 000 demandes ont été enregistrées.
  • Les parents soulignent ses bénéfices pour le lien parent-enfant, l'organisation familiale et une répartition plus équitable des tâches, mais dénoncent un faible taux de remplacement, des délais de paiement longs et un accès inégal favorisant les cadres et les foyers à hauts revenus.

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Why It Matters

Le congé naissance, entré en vigueur le 1er juillet, permet à chaque parent de prendre jusqu'à deux mois de congé indemnisé à 70% puis 60% du salaire, en complément du congé maternité, paternité ou adoption. Il s'inscrit dans une politique de « réarmement démographique » face à la baisse de la natalité.

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Elle en parle comme d'une parenthèse enchantée. Fin avril, Emmanuelle est devenue mère pour la troisième fois. Afin de profiter de sa plus jeune fille, que son épouse Marlène a portée, cette médecin de 39 ans a pris pendant deux mois un congé supplémentaire de naissance. Ce dispositif, entré en vigueur le 1er juillet, octroie à chaque parent jusqu'à deux mois de congé indemnisé à 70% puis à 60% de sa rémunération habituelle, et s'ajoute au congé maternité, paternité ou adoption.

"Je me sens privilégiée et reconnaissante d'avoir pu en profiter. On a passé beaucoup de temps toutes les cinq, ça nous a permis d'accompagner nos aînées dans ce changement familial", explique Emmanuelle. "L'énergie qu'on avait, on l'a donnée à notre famille et à notre enfant, sans être accaparées par le travail", ajoute-t-elle, à quelques jours de sa reprise professionnelle. Comme Emmanuelle, 110 000 parents avaient fait, au 23 août, une demande de congé de naissance auprès de l'Assurance-maladie, assure l'organisme à franceinfo. Ce chiffrage comprend les congés en cours, mais aussi les demandes concernant des enfants qui vont naître ces prochains mois.

Dans un contexte de baisse de la natalité, le congé de naissance est présenté par le gouvernement comme un outil du "réarmement démographique". Objectif : "renforcer l'égalité entre les femmes et les hommes", donner "plus de temps aux familles pour concilier vie professionnelle et vie familiale", le tout en favorisant "le bon développement de l'enfant dans ses premiers mois". Deux mois après son entrée en vigueur, le dispositif tient-il ses promesses ?

Tisser "un lien profond" avec le bébé

Les parents ayant répondu à l'appel à témoignages de franceinfo soulignent l'intérêt de ce temps supplémentaire pour mieux vivre le post-partum. "Redevenir maman à mon âge, ça demande plus d'énergie !", avance Linda, commerciale de 45 ans, dont la deuxième fille est née début mars. "Entre l'accouchement difficile et les nuits courtes, un mois de plus [après le congé maternité], ça fait du bien au niveau physique." "Le fait de pouvoir alterner, d'aller chercher l'autre parent quand ça fait une demi-heure qu'on berce son bébé qui a des coliques, c'est vraiment un gros plus", abonde Nina. Cette trentenaire et son mari, installés en Haute-Garonne, ont passé l'été avec leur fils Alexis, âgé de 3 mois, et sa grande sœur Morgane, 3 ans.

Le congé facilite aussi l'organisation de la vie quotidienne, de la recherche d'une solution de garde à la reprise du travail. Vanessa et son mari, deux trentenaires qui vivent dans le Rhône, ont successivement posé leur congé de naissance afin de s'occuper de leur deuxième fils, né fin mars. "Ma demande de crèche a été refusée, et les nounous c'est compliqué, elles sont très vite bookées", détaille Vanessa, gestionnaire en assurance. Le dispositif a aussi permis à Fabien, directeur général d'une entreprise, de prendre le relais de son épouse auprès de leur fils, afin de lui permettre de ne pas "mettre sa vie professionnelle en pause" trop longtemps.

Les moments passés seul avec Léandre ont en outre permis de tisser avec lui "un lien profond", assure le trentenaire. "Pour mon premier fils, j'avais trouvé ça dur de rentrer à la maison le soir, et que ma femme me dise : 'Non, il ne faut pas le tenir comme ça', se remémore-t-il. Mais c'est vrai que je savais moins de choses qu'elle sur lui." "C'est chouette de pouvoir être présente auprès de mon enfant autant que ma femme, qui l'a porté, poursuit Emmanuelle. Ça nous met sur un pied d'égalité." Être tous les jours avec lui, c'est une véritable aubaine", estime aussi Stephan, contrôleur SNCF qui passe le mois d'août en congé parental avec sa compagne et leur fils.

"J'ai 42 ans, il est sûrement le seul enfant que j'aurai. Je peux voir son évolution au quotidien, et ça n'a pas de prix."

Stephan, père d'un garçon né en janvier

à franceinfo

Ce temps partagé est aussi bénéfique pour le nouveau-né. "Scientifiquement, l'enfant devrait être avec un parent, voire les deux, pendant les neuf premiers mois de sa vie, afin de construire une base de sécurité émotionnelle", rappelle Célia Levavasseur, pédiatre et co-autrice du Guide pour les jeunes parents qui ne veulent pas mourir d'épuisement. "On est toujours là pour répondre à ses besoins, et on n'est pas stressés", constate Nina. Le congé de naissance lui permet aussi de prolonger l'allaitement d'Alexis, que l'Organisation mondiale de la santé recommande jusqu'à six mois.

"Maman s'occupe du nouveau-né et papa fait la vaisselle"

Alors que dans les couples hétérosexuels, les études montrent que s'occuper des enfants reste une tâche qui incombe majoritairement aux femmes, le congé de naissance permet-il une répartition plus équitable ? "J'ai eu beaucoup d'appréhension, mais maintenant on donne le bain à notre fils à tour de rôle, je lui change ses couches et je suis déjà resté seul avec lui une nuit", assure Stephan. "Cette fois-ci, je me pose moins de questions, je me tourne moins vers ma compagne, abonde Fabien. Je suis plus assuré car ce n'est pas mon premier enfant, et j'ai passé plus de deux mois seul avec lui." Le sociologue Romain Delès, spécialiste des politiques d'égalité de genre, voit ainsi dans l'avènement du congé parental "un rééquilibrage salutaire".

"Pour créer de l'égalité, il faut des politiques de l'enfance qui impliquent les pères, et pas seulement qui libèrent les mères en externalisant la garde des enfants."

Romain Delès, sociologue spécialiste des politiques d'égalité de genre

à franceinfo

Mais offrir aux pères la possibilité de s'impliquer ne suffit pas à renverser la table. Début 2025, une étude du service statistique des ministères de la Santé et du Travail soulignait que la répartition des tâches domestiques et parentales restait inégale entre pères et mères à la reprise de l'activité professionnelle, et ce malgré l'allongement du congé paternité à 28 jours.

"Le modèle français permet aux hommes de prendre le congé de naissance en étant seuls avec leur enfant, mais ça n'est pas une contrainte du système", pointe Romain Delès. En Suède, un pays souvent cité comme une référence sur le sujet, les parents disposent de 480 jours à se partager, dont 90 jours non transférables qui doivent être pris par chacun d'eux, sous peine d'être perdus. Or, quand le congé est pris en même temps par les deux parents, "la maman s'occupe du nouveau-né et le papa fait la vaisselle", schématise Romain Delès. "Ça ne crée pas énormément d'égalité."

"Si le temps passé avec l'enfant n'est pas assez long, il ne permet pas au père de s'installer dans la parentalité", pointe par ailleurs le chercheur. "Personne ne s'invente parent : il faut se socialiser à cette nouvelle expérience de vie pour créer des compétences", poursuit le sociologue, qui regrette la durée relativement courte du congé français. "Sans ça, on laisse l'autre parent faire, et des habitudes s'installent, qui créent une spécialisation. Cette spécialisation des mères crée ensuite de l'inégalité, car elles renoncent à des opportunités professionnelles pour s'occuper de leurs enfants."

"En solo, c'est juste impossible"

En ne couvrant pas à 100% la rémunération des parents, "le congé de naissance a un coût d'opportunité plus élevé pour les hommes que pour les femmes", note toutefois le sociologue. En 2024, les hommes qui travaillaient dans le secteur privé étaient en effet payés près de 22% de plus que les femmes du même secteur, selon l'Insee. Résultat : parmi les familles interrogées par franceinfo, nombreuses sont celles où la mère a été la seule à bénéficier du dispositif, afin de limiter la perte de revenus.

"Mon mari est cadre et moi employée. S'il s'arrêtait, c'était 800 euros en moins par mois, ce n'était pas jouable", détaille Hélène, devenue fin février la mère d'une petite Chloé. L'Assurance-maladie dit ne pas disposer, "à ce stade", de la répartition des demandes de congé de naissance selon le genre.

"Je ne suis pas sûre que deux mois de congé rémunéré à cette hauteur-là donnent envie de faire des enfants à beaucoup de monde. Il faudrait d'abord régler les problèmes de pouvoir d'achat, d'accès au logement..."

Hélène, mère d'une fille née en février

à franceinfo

Les pères des foyers à forte disparité salariale ne sont pas les seuls à renoncer au dispositif. "Parmi mes patientes, je constate que seules les CSP+ le prennent", assure la pédiatre Célia Levavasseur, qui exerce à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime). La médecin regrette que la mesure aide "ceux qui ont déjà des avantages" et n'ait pas été pensée pour être plus "égalitaire".

Ce filtre financier s'est encore accru avec la mise en route compliquée du dispositif, de nombreux parents s'étonnant de ne recevoir leur indemnité que six ou sept semaines après le début de leur congé. "J'ai été payée le 25 août pour le mois de juillet", s'insurge ainsi Andréa, technicienne de laboratoire qui a accueilli une petite Maxyne en janvier. "Ce n'est pas normal de laisser une personne sans revenu aussi longtemps !"

De son côté, l'Assurance-maladie assure que "les versements interviennent en moyenne 11 jours après la fin de la période indemnisée", et justifie les délais supplémentaires par "des dossiers souvent incomplets, des demandes non transmises dans les délais impartis ou des situations nécessitant des vérifications complémentaires". Reste que "pour un papa ou une maman solo, c'est juste impossible", se désole Andréa.

What to Watch

AI outlook — possibilities, not facts

  • Le nombre de demandes de congé naissance continuera d'augmenter les prochains mois à mesure que le dispositif deviendra plus connu.

    Likely · Within months

  • Des ajustements seront probablement discutés pour améliorer le taux de remplacement et réduire les délais de paiement, compte tenu des critiques des usagers.

    Possible · Within months

Open Questions

  • Quel sera l'impact réel du congé naissance sur la natalité à moyen terme ?
  • Comment réduire les délais de versement des indemnités par l'Assurance-maladie ?
  • Le dispositif sera-t-il modifié pour améliorer l'accès aux foyers à faibles revenus ?

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This article was originally published by France Info.

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