
La succession de suspensions et d'enquêtes visant des animateurs fragilise la confiance des familles à l'approche de la rentrée.
À l'occasion de la rentrée scolaire, de nombreux parents expriment leur inquiétude et leur méfiance envers les services périscolaires, ébranlés par des affaires de violences impliquant des animateurs.
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La succession de suspensions et d'enquêtes judiciaires visant des animateurs en France a fragilisé la confiance des familles envers le périscolaire.
Alice* s'est toujours beaucoup occupée de ses enfants sur les temps "hors école". Le matin, le soir, le mercredi, pendant les vacances... La quadragénaire, qui travaille à son compte dans l'Hérault, privilégie dès qu'elle le peut la garde à la maison plutôt que la garderie pour ses enfants de 4 et 7 ans. Mais depuis que le sujet des violences commises sur des très jeunes mineurs par des animateurs s'est imposé dans les médias et le débat politique, Alice dit se "méfier davantage" du périscolaire. Dès la rentrée, elle n'aura recours à ce service que "le strict minimum", en condensant encore un peu plus ses plages horaires de travail. "Je ne peux pas retirer totalement mes enfants car je n'aide pas de grands-parents", regrette-t-elle.
La succession de suspensions et enquêtes judiciaires visant des animateurs, partout en France, interroge de nombreuses familles sur l'organisation du périscolaire, et surtout sur ses failles. En mai, un sondage réalisé pour Le Figaro révélait que 86% des parents craignaient des agressions sexuelles sur leurs enfants à l'école ou durant leurs loisirs. Des peurs qui sont venues fragiliser le lien de confiance avec les collectivités. Alors que les enfants font leur rentrée, mardi 1er septembre, certaines familles remettent en question le périscolaire comme mode de garde, jusqu'à l'éviter.
"Tous ces scandales font froid dans le dos"
"Cela faisait deux ans qu'on savait que l'atmosphère n'était pas détendue au périscolaire pour l'un de nos fils", se remémore Coralie*, qui vit dans un village de 400 habitants dans la Drôme. Son aîné de 10 ans lui rapporte régulièrement subir des violences éducatives de la part d'une animatrice, comme le fait de se faire "hurler" ou se faire traiter de "nul". L'année dernière, la mairie est alertée, mais rien ne se passe pour l'agente concernée, affirme Coralie.
A la même période, en janvier, est diffusée sur France 2 une enquête sur le périscolaire de "Cash Investigation", dont une partie a été tournée dans une école parisienne. "Il y avait quand même pas mal de similitudes avec les faits décrits par mon fils. Cela m'a fait prendre conscience qu'on avait eu tendance, mon mari et moi, à minimiser ce qu'il vivait." Coralie passera ensuite du temps à lire des articles sur la crise du périscolaire, jusqu'à se dire "stop".
"Toutes ces affaires de violences dans le périscolaire sont venues accentuer mes inquiétudes."
Coralie*, mère de famille de 40 ans
à franceinfo
Pour cette nouvelle année scolaire, elle a choisi le changement d'école, espérant y trouver une équipe périscolaire à la hauteur de ses attentes. Coralie estime que les expériences de "vivre-ensemble" restent nécessaires au bon développement des enfants.
Un avis que partage aussi Céline*, mère de famille parisienne. "C'est important qu'ils puissent avoir ces temps en dehors du regard des parents, mais pour cela il faut de la confiance." Or, "tous ces scandales" l'année passée lui ont "fait froid dans le dos". Au point de ne pas inscrire du tout sa fille au périscolaire du soir, ce qu'elle avait un temps envisagé pour sa rentrée en moyenne section. De par son métier de plasticienne, Céline dit avoir la chance "d'organiser [son] temps" comme elle le souhaite, "contrairement à d'autres parents pour qui il est plus compliqué de se passer du périscolaire".
"Elle ira seulement à la cantine, le temps que de vraies mesures de contrôle soient mises en place."
Céline*, 47 ans, mère de famille
à franceinfo
A Paris, 132 animateurs du périscolaire ont été suspendus en 2026, dont 52 pour des suspicions de violences sexuelles, selon les derniers chiffres de la mairie. Plus de 200 enquêtes pénales sont également en cours, a appris franceinfo auprès du parquet. "Bien sûr, il ne faut pas mettre tous les animateurs dans le même sac, mais je pense qu'on peut faire mieux. Le droit à l'erreur avec les enfants ne devrait pas exister", juge Céline. Le maire socialiste, Emmanuel Grégoire, a annoncé au printemps un vaste plan pour le secteur du périscolaire, comprenant notamment une "école parisienne du périscolaire", la transparence totale avec les familles ou encore la mise en place d'un service municipal d'agrément et de contrôle.
"C'est logique au vu de l'actualité"
Dans les établissements concernés par des faits de violence, la défiance des parents est encore plus importante. "Même si leur enfant n'a pas été victime, et que l'animateur visé par des accusations est suspendu, ils s'interrogent sur les autres adultes qui n'ont rien vu ou qui ont couvert des violences", rapporte Elisabeth Guthmann, co-fondatrice du collectif SOS Périscolaire. Elle cite l'exemple d'une école située dans le sud de Paris, dans laquelle une affaire a éclaté avant les vacances d'été et où les familles sont "nombreuses à se réorganiser autrement".
Alors que son collectif a été créé en 2021 pour alerter sur les dérives du secteur, Elisabeth Guthmann constate, pour la première fois en cette rentrée, "une grande inquiétude" et "une certaine tension". "C'est logique au vu de l'actualité. Les familles veulent des garanties de sécurité, et toutes les mairies n'ont pas montré qu'elles se sentaient concernées", note-t-elle. Dans les grandes villes, Elisabeth Guthmann remarque que s'organiser sans le périscolaire reste plus difficile, car "les parents ont moins souvent de la famille à proximité" sur laquelle s'appuyer. Faire appel à un organisme privé demeure un luxe pour beaucoup d'entre eux.
"Les affaires de violences ont légitimement créé de la méfiance et de l'inquiétude. Mais cette inquiétude ne doit pas empêcher les parents de déposer leurs enfants au périscolaire", réagit Mustafa Ozcelik, vice-président de la FCPE. Selon lui, "il faut donner des garanties nécessaires pour réinstaurer la confiance", sans pour autant faire des "généralités" sur le secteur.
C'est la position adoptée par Lisa*, mère de deux enfants en banlieue parisienne, dont l'un est au primaire. "Je souhaite garder ma confiance en l'école, car si on doit paniquer à ce point, on génère aussi chez nos enfants des idées très anxiogènes", souligne-t-elle, souhaitant miser sur "la prévention". Responsable d'un service social scolaire départemental pour l'Education nationale, Lisa regrette le manque d'assistantes sociales scolaires, au nombre de 3 000 sur tout le territoire.
"Il y a certainement des familles qui hésitent"
Au final, combien de familles choisiront de se passer totalement ou en partie des services périscolaires ? Pour l'instant, difficile de dégager des chiffres : les inscriptions ne sont pas encore terminées, expliquent plusieurs municipalités à franceinfo. "Une éventuelle évolution des inscriptions ainsi que son ampleur pourront être appréciées une fois la période d'inscription achevée [le 21 septembre] et les effectifs stabilisés", estime la mairie de Paris. Cet été, dans les centres de loisirs de la capitale, une forte baisse de la fréquentation (-13%) a toutefois été observée. Selon la ville, elle est expliquée pour partie par la baisse démographique.
A Lyon, l'adjointe à l'éducation et aux droits des enfants, Stéphanie Léger, affirme qu'il n'y a actuellement pas de "tendance de ralenti". "Il y a certainement des familles qui hésitent ou qui ne veulent plus du périscolaire", nuance Stéphanie Léger, qui reçoit ces derniers mois, "beaucoup de mails" de parents qui se posent des questions sur l'organisation et la sécurité au sein du périscolaire. Son équipe municipale a annoncé un serrage de vis avec notamment le contrôle d'honorabilité de tous les agents.
A Toulouse, l'adjointe Marion Lalane-de Laubadère ne constate pas, non plus, de "lame de fond". Après la rentrée, elle compte rencontrer "tous les parents d'élèves des 213 écoles" pour discuter sans tabou du périscolaire, et rappeler les mesures engagées par la mairie, comme la généralisation des trombinoscopes d'animateurs.
Dans des villes moyennes comme La Courneuve (Seine-Saint-Denis), la priorité est aussi celle de rassurer et d'impliquer les familles. Les détails d'un plan pour le périscolaire, entre formation accrue des agents et élaboration d'une charte, leur ont été communiqués avant les vacances sur un prospectus, ainsi que sur les réseaux sociaux. "On n'a pas eu de faits révélés, mais je ne suis pas naïf, ce sont des faits qui peuvent arriver n'importe où. Je ne suis pas rassuré juste parce que rien n'est venu à mes oreilles", glisse Mohamed Awad, adjoint délégué à l'éducation et à l'enfance.
La mairie d'Arras (Pas-de-Calais) a aussi prévu de distribuer, à la rentrée, un dépliant sur la protection des enfants et un autre document spécifique au signalement. Pour Coralie, "tout ce qui s'est passé l'année dernière et les précédentes, ce n'est pas une fatalité". La mère de famille garde "l'espoir" que la parole des enfants soit mieux considérée, et que l'Etat, au-delà des mairies, se saisisse davantage du sujet.
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Évaluation de l'évolution des inscriptions périscolaires après le 21 septembre
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Face à la multiplication des enquêtes pour violences sexuelles imputées à des animateurs périscolaires, de nombreux parents hésitent à confier leurs enfants à ces structures, privilégiant des gardes à domicile malgré les contraintes organisationnelles et financières.
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