Rentrée scolaire sous le choc au Porge après les mégafeux
Après la destruction de 183 maisons par les incendies de forêt, les familles sinistrées tentent de reprendre une vie normale malgré le traumatisme et la colère persistante.
Quick Look
- À la suite des incendies ayant ravagé 7 000 hectares et détruit 183 maisons au Porge, la rentrée scolaire s'effectue dans un climat de traumatisme.
- Malgré la détresse des familles, les effectifs scolaires restent stables, avec un soutien psychologique renforcé.
AI-generated summary
Why It Matters
Le mégafeu de Saumos a touché la commune du Porge entre le 22 juillet et le 1er août, détruisant 183 maisons et brûlant 7 000 hectares.
Le mégafeu de Saumos a traversé le village du Porge trois fois entre le 22 juillet et le 1er août. Dans la commune où 183 maisons ont été détruites et où 7 000 hectares sont partis en fumée, la rentrée scolaire s’annonce compliquée. La population digère encore son récent « traumatisme ». Les habitants sont « à bout » et en colère. L'école Jean Degoul, intacte comme le bourg qui l'entoure, contraste avec ce sentiment pesant. Au sein du groupe scolaire qui accueille 275 enfants âgés de trois à 11 ans, « les effectifs seront complets mardi, aucun report d'inscription n'a été relevé », assure à l'AFP le recteur de l'académie de Bordeaux Jean-Marc Huart, qui précise que 45 élèves, scolarisés au collège voisin de Lège-Cap-Ferret ou à l'école du Porge, ont été touchés par la perte de leur domicile.
Une cellule d'écoute psychologique sera mise en place dans les établissements, au regard du « traumatisme global de ceux qui ont perdu leur maison mais aussi de ceux qui ont été évacués », indique Jean-Marc Huart. Marc Dalla Samba, sa compagne et leurs deux enfants adolescents ont perdu le logement dont ils étaient locataires et enchaînent depuis les relogements. « On a perdu tous nos repères », témoigne le père de famille de 50 ans. « Mon garçon et la fille de ma compagne ne veulent plus revenir au Porge. Ma compagne, choquée, est en arrêt (maladie). » La famille a trouvé une location temporaire à Andernos, à une vingtaine de kilomètres, plus près du lycée. « Cela fera du bien aux enfants de retrouver leurs camarades, de faire autre chose ». Mais il faudra à nouveau déménager en mai.
« On a tous un copain dont la maison est détruite »
En août, des collectes de fournitures scolaires ont été organisées pour doter les élèves sinistrés, raconte Sébastien Dréan, pour l'association des parents d'élèves du Porge. Les habitants « sont fatigués, la rentrée leur est sortie de la tête et on voulait les libérer de cette charge », dit le père de deux enfants de 7 et 15 ans, qui vit « un moment très compliqué parce qu'on a tous un copain dont la maison est détruite ». Justine Benesse, 32 ans, dont la maison a brûlé, est « soulagée » que sa fille de six ans puisse faire sa rentrée dans l'école de la commune, « où elle va retrouver ses amis, qui ont vécu la même chose qu'elle ».
La petite se bouche encore les oreilles lorsqu'elle entend un camion de pompiers, « parle de Canadair dès qu'elle voit un avion dans le ciel » et demande « s'il y a le feu » quand le ciel rougeoie un peu trop fort au coucher de soleil. L'école va « faire du bien, on est obligés de reprendre une vie », estime la trentenaire, « très en colère » face au sort du Porge où « on est tous psychologiquement atteints ».
Colère
Une colère qui est « remontée » après une réunion publique, le 26 août, animée par la préfète Sophie Brocas, en présence des services de l'État et du patron des sapeurs-pompiers de Gironde. « On nous prend pour des pauvres villageois sans cerveau, j'ai entendu beaucoup de condescendance », commente Justine Benesse. Dans la salle des fêtes du Porge, mercredi, où environ 500 personnes avaient pris place, une mère de famille, longuement applaudie, a raconté sa soirée du 22 juillet, passée à fuir les flammes dans la plus grande confusion, ballottée d'un point à un autre avec ses deux enfants à l'arrière de la voiture, « alors que les flammes étaient là ».
Comme d'autres, elle a exprimé d'une voix tremblante de colère sa peur pour la vie de ses enfants. « Entendre que l'État a fait ce qu'il a pu et que tout a été fait plus ou moins correctement est insoutenable pour de nombreux habitants, beaucoup sont à bout », résume Louise Henrard, kinésithérapeute de 37 ans, mobilisée lors de l'incendie pour apporter des soins aux pompiers. Pour Blandine Caulier-Diaz, adjointe à l'Enfance et à la jeunesse de Lège-Cap-Ferret, « certains jeunes vont très bien, mais si les parents craquent dans les prochains mois, l'enfant va aller mal et il ne faudra pas laisser ces signes de côté ». Le sujet est loin d’être clos.
Open Questions
- Quelles seront les aides à long terme pour le relogement ?
- Comment évoluera la prise en charge psychologique des enfants ?



