Élection présidentielle au Brésil : Lula et Flavio Bolsonaro en duel serré
Quick Look
- Luiz Inácio Lula da Silva, bientôt âgé de 81 ans, brigue un quatrième mandat présidentiel au Brésil face à Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, lors du premier tour du scrutin prévu dimanche 4 octobre.
- Les sondages montrent un écart réduit entre les deux favoris, avec environ 40% d'intentions de vote pour Lula et 36% pour Flavio Bolsonaro au premier tour, tandis que des enjeux parlementaires, environnementaux et de souveraineté nationale entourent l'élection, marquée par des craintes d'ingérence américaine et des scandales de corruption.
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Why It Matters
Luiz Inácio Lula da Silva, ancien président du Brésil de 2003 à 2011 et de nouveau en fonction depuis 2023, cherche à obtenir un quatrième mandat présidentiel. Son principal adversaire, Flavio Bolsonaro, est le fils de Jair Bolsonaro, ancien président d'extrême droite condamné pour tentative de coup d'État. L'élection s'accompagne d'un scrutin législatif majeur pour renouveler le Congrès national.
La fin de l'ère Lula au Brésil, ou plutôt son dernier chapitre ? Le dirigeant brésilien, qui avait devancé de peu le président sortant d'extrême droite Jair Bolsonaro à l'automne 2022, repart en lice pour la fonction suprême dimanche 4 octobre, au premier tour de l'élection présidentielle. A bientôt 81 ans, il affronte le fils de son prédécesseur, Flavio Bolsonaro, et 11 autres prétendants bien moins favoris. "Je ne vois pas comment nous pourrions perdre cette élection", a récemment avancé le chef d'Etat, selon The Guardian. L'issue du scrutin s'annonce pourtant serrée.
Premier président issu du monde ouvrier, Luiz Inacio Lula da Silva recueillait fin septembre environ 40% des intentions de vote au premier tour, selon un sondage Datafolha. Son principal opposant, le sénateur d'extrême droite Flavio Bolsonaro, arrivait légèrement derrière à 36%. En cas de second tour entre eux, le 25 octobre, l'écart se resserre : Lula recueille 47% des intentions de vote, contre 45% pour son opposant bolsonariste, d'après cette même étude.
Franceinfo revient sur les enjeux de cette élection présidentielle, qui s'accompagne d'un scrutin parlementaire majeur. Dimanche, les électeurs brésiliens choisiront également leurs députés, ainsi qu'une majorité de sénateurs.
Un nouveau bras de fer entre la gauche et le clan Bolsonaro
Lula cherche à gagner un quatrième mandat, après avoir dirigé le pays de 2003 à 2011 puis depuis 2023. Le cofondateur du Parti des travailleurs (PT), ancien de la métallurgie né dans la pauvreté, a connu une véritable résurrection politique en 2022, peu après 19 mois d'incarcération. "En 2022, il avait trois grands objectifs : restaurer la démocratie, reconstruire l'image du Brésil sur la scène internationale et relancer l'activité économique" après la présidence Bolsonaro, expose Frédéric Louault, spécialiste du Brésil et professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles (ULB).
"Lula espère poursuivre la stratégie de reconstruction du Brésil. Son projet principal est aussi d'éviter le retour du bolsonarisme."
Frédéric Louault, spécialiste du Brésil
à franceinfo
"Flavio Bolsonaro, lui, veut remettre le Parti des travailleurs dehors", poursuit le chercheur associé au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po. A 45 ans, le sénateur de Rio de Janeiro depuis 2019 reprend le flambeau de son père, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat. Un "Bolsonaro plus modéré", comme il aime à se définir ? "C'est une version édulcorée de son père", observe Frédéric Louault. "Sur certains aspects, notamment de communication, il est un peu plus modéré. Mais il entend continuer le projet politique de son père." Le chercheur anticipe de possibles amnisties pour l'ancien président et les émeutiers de l'assaut des lieux de pouvoir à Brasilia, la capitale, le 8 janvier 2023, en cas de victoire du fils Bolsonaro. "Il tente de coller à l'image de son père pour récupérer l'engouement, l'enthousiasme suscités par Jair Bolsonaro au sein d'une partie de l'électorat", ajoute Armelle Enders, historienne spécialiste du Brésil à l'université Paris 8.
Favoris des sondages, Lula et Flavio Bolsonaro se heurtent néanmoins à "un plafond" dans les intentions de vote, note Frédéric Louault. Ils font partie des politiciens "les plus rejetés" par les électeurs, souligne la dernière étude d'opinion de Datafolha. Près de la moitié des sondés (45%) promettent de ne jamais voter pour Lula, et autant d'électeurs rejettent tout vote en faveur de Flavio Bolsonaro.
"C'est une élection par défaut. On va voter contre plutôt que pour."
Frédéric Louault, professeur de sciences politiques spécialiste du Brésil
à franceinfo
Onze candidats restent en lice derrière ce duel en tête, mais ils peinent à percer. Renan Santos, surnommé le "Javier Milei brésilien", du nom du dirigeant argentin, capte à peine plus de 5% des intentions de vote, d'après Courrier international.
Les craintes d'une plus grande influence américaine
Si le bolsonarisme l'emporte au Brésil, ce dimanche ou le soir du 25 octobre, l'Amérique latine confirmera son virage vers la droite et l'extrême droite. L'Argentine avec Javier Milei, le Chili avec José Antonio Kast, la Colombie avec Abelardo de la Espriella... Les mouvements ultraconservateurs et d'extrême droite ont gagné un vaste terrain dans la région, sous l'œil satisfait de Donald Trump. "Une victoire de Flavio Bolsonaro offrirait à l'administration Trump un nouveau gouvernement sud-américain qui lui est favorable, en plus de la liste croissante de dirigeants alignés sur la Maison Blanche", avance Christopher Sabatini, directeur du programme Amérique latine au centre de recherche Chatham House. D'autant plus si le Parti libéral (PL) des Bolsonaro, après dimanche, se maintient en tête à la Chambre des députés.
"Si Lula l'emporte, ce sera d'une courte tête comme en 2022. Il y aura des pressions américaines. Le gouvernement américain reconnaîtra-t-il d'ailleurs cette victoire ?"
Armelle Enders, historienne spécialiste du Brésil
à franceinfo
Le spectre de tentatives d'ingérences américaines est d'ailleurs devenu un sujet clé de la campagne, rapporte Le Monde. "Ne laissons pas les Américains tenter d'influencer nos élections", a récemment lâché en meeting le président-candidat.
L'administration Trump, relève le New York Times, dément tout projet d'interférence dans le scrutin. Les autorités brésiliennes ont toutefois refusé la venue de responsables américains cet été, selon le quotidien. Elles craignaient une mise en cause du système électoral au Brésil, pourtant largement reconnu. Le Département d'Etat rejette ces inquiétudes, mais confirme un projet de visite autour de "l'intégrité électorale, de la liberté de religion et d'expression". "Il y a des inquiétudes qui sont fondées, et les Brésiliens sont très sensibles à leur souveraineté", contextualise Frédéric Louault.
Une campagne polluée par les scandales
Au-delà des peurs d'ingérence, du coût de la vie et des questions de sécurité, une série de scandales est venue rythmer la campagne. Courant septembre, électeurs et médias brésiliens ont appris qu'une enquête pour corruption visait Flavio Bolsonaro, en lien avec le "financement de la production" de Dark Horse, film biographique sur son père. Le sénateur a convenu au printemps avoir demandé et reçu plusieurs millions d'euros du banquier Daniel Vorcaro pour ce biopic, dans le cadre d'un "financement privé". Or, cet homme d'affaires arrêté l'an dernier est au cœur d'un immense scandale financier.
L'affaire impliquant Daniel Vorcaro, dans son ampleur, touche également la Cour suprême. L'un de ses juges, André Mendonça, a rendu publiques des révélations sur des messages de Daniel Vorcaro à un numéro attribué à Alexandre de Moraes, autre juge de l'institution. Dans ces échanges, le banquier demande de l'aide au magistrat, visiblement au sujet de l'enquête le visant. Alexandre de Moraes, qui a été rapporteur du procès de Jair Bolsonaro, est la bête noire du camp bolsonariste. "Les bolsonaristes identifient Alexandre de Moraes au gouvernement de Lula", explique Armelle Enders.
"Ce scandale risque de renforcer la polarisation. Cela pourrait être un prétexte pour reprendre les vieux réflexes. Les bolsonaristes vont dire que la corruption, c'est Lula, et dans l'autre camp, on dira que la corruption, c'est Bolsonaro."
Armelle Enders, historienne spécialiste du Brésil
à franceinfo
En pleine crise de la Cour suprême, les élections sénatoriales, dimanche, seront aussi suivies de près. Au Brésil, les sénateurs ont en effet le pouvoir d'approuver la nomination de ses juges.
Un scrutin décisif en matière d'environnement
Le climat n'aura pas été au cœur des débats de cette campagne, loin de là. L'issue du scrutin aura pourtant ses effets sur l'environnement au Brésil, notamment sur la lutte contre la déforestation. Entre Lula et Flavio Bolsonaro, deux visions aux antipodes s'affrontent sur ces sujets.
L'ancien ouvrier peut s'appuyer sur le recul de la déforestation ces quatre dernières années. D'après Carbon Brief, au moins 20 000 km2 ont été sauvés depuis 2022 dans l'Amazonie brésilienne, après plusieurs années de hausse sous Jair Bolsonaro. Lula soutient néanmoins l'exploration pétrolière au niveau du bassin de l'embouchure de l'Amazone, comme le note Le Monde.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Un second tour opposant Lula à Flavio Bolsonaro aura lieu le 25 octobre 2026.
Very likely · Within weeks
Les élections sénatoriales du même jour influenceront la capacité du prochain président à nommer des juges à la Cour suprême.
Likely · Within days
Quel que soit le vainqueur, des tensions persistantes entoureront la légitimité du processus électoral en raison des allégations d'ingérence étrangère et de polarisation profonde.
Likely · Within months
Open Questions
- Quel sera l'impact exact de l'élection sur les politiques environnementales en Amazonie ?
- Les États-Unis interviendront-ils directement ou indirectement dans le scrutin brésilien ?
- Comment le scandale impliquant Daniel Vorcaro influencera-t-il la perception publique des candidats ?
- Quel sera le rôle de la Cour suprême dans la validation ou la contestation des résultats électoraux ?





