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En 2025, le coût total des arrêts de travail - accidents et maladies chroniques compris - avoisine 18 milliards d'euros. Le nombre d'arrêts maladie a augmenté de 4% en un an. À partir du 1er septembre, la durée d'un premier arrêt de travail ne pourra pas excéder un mois, avec des prolongations limitées à deux mois sauf exceptions.
À partir du 1er septembre, la durée d'un premier arrêt de travail ne pourra pas excéder un mois. Chaque prolongation sera limitée à deux mois, sauf exceptions. Cette mesure, votée dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, est censée permettre de réduire les dépenses de l'Assurance maladie. En 2025, le coût total des arrêts de travail - accidents et maladies chroniques compris - avoisine 18 milliards d'euros. Quant au nombre d'arrêts maladie, il a augmenté de 4% en un an. Mais l'économiste Frédéric Bizard, professeur à l'ESCP Business School et président-fondateur de l'Institut Santé, est catégorique : "Ce n'est pas cette mesure qui va changer quoi que ce soit à l'évolution des arrêts de travail."
franceinfo : ce type de mesure peut-il faire économiser beaucoup d’argent ?
Frédéric Bizard : je pense que le gouvernement est plutôt prudent et qu’il a du mal à l’évaluer. Mais c’est du bricolage, on se donne bonne conscience. Je pense qu'il faut en attendre très peu de résultats économiques. On demande aux médecins d'être plus vigilants et d'avoir un contrôle médical un peu plus serré, pourquoi pas ? Mais que font les 7 500 médecins-conseils de l'Assurance maladie, dont le rôle est justement de s'assurer qu'il y a de bonnes prescriptions et de bons contrôles ?
"Il n’existe aucune base pour montrer qu'il y a des arrêts de longue durée injustifiés, parce qu’il y a un manque d'études de la part de l'Assurance maladie."
Frédéric Bizard, professeur d'économie à l'ESCP business school et président-fondateur de l'Institut Santé
à franceinfo
Mais en tout cas, ce n'est pas cette mesure qui va changer quoi que ce soit à l'évolution des arrêts de travail. L'essentiel des mesures à prendre est ailleurs, il faut s'attaquer aux causes profondes des arrêts-maladie que sont la morbidité croissante, les affections de longue durée, la santé mentale, les troubles musculosquelettiques et une absence de santé publique dans ce pays.
Donc, selon vous, l’augmentation des arrêts de travail ces dernières années est due à une dégradation générale de la santé des Français ?
Absolument. Il faut lutter contre les abus, mais ce n’est pas le levier principal. Aujourd'hui, 14 millions de Français, dont quatre millions d’actifs, souffrent d’affections de longue durée. C’est 20% de la population, c'était 5% il y a 20 ans. On paie le vieillissement de la population, avec davantage de problèmes de santé. On vit plus longtemps avec un cancer, avec des maladies graves, et c’est tant mieux, mais la contrepartie, c'est que la santé est plus fragile. Et puis, il y a aussi une dégradation de la santé mentale, notamment chez les jeunes, qui se traduit aussi par une hausse des arrêts de travail, car les médecins ont probablement une approche plus humaniste et une écoute plus importante de ces problèmes. Mais la vraie raison, c'est que les patients chroniques ont des parcours de soins très désorganisés. Il faut structurer ces parcours. C’est irresponsable de laisser penser aux chefs d'entreprise – c’est ce qui s’est passé il y a quelques jours devant les membres du Medef - que le problème ne s’explique que parce que les Français abuseraient du système.
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Faites-vous référence à la déclaration d'Édouard Philippe sur "l'open bar des arrêts de travail" ?
Oui. Il fallait en profiter pour dire qu’il faut changer notre système de santé et y inclure les entreprises, pour faire du maintien en bonne santé, de la prévention.
"La France est le seul pays qui n'a pas augmenté ses dépenses de prévention sur les 10 dernières années, et on le paye."
Frédéric Bizard, professeur d'économie à l'ESCP business school et président-fondateur de l'Institut Santé
à franceinfo
Et malheureusement, on n'a pas l'air de vouloir changer notre fusil d'épaule, alors qu’il faudrait le faire si on veut voir durablement baisser ces dépenses. On parle de près de 100 milliards, en terme de perte de productivité et de désorganisation des entreprises.
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