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Gérard Larcher est sénateur depuis 1986 et préside le Sénat depuis 2008, avec une interruption entre 2011 et 2014. Il est connu pour son rôle de modérateur et de défenseur de l'institution sénatoriale, souvent en contraste avec les tensions à l'Assemblée nationale.
"Il faut que tout change pour que rien ne change" : la formule tirée du Guépard de Visconti, souvent citée à tort et à travers, définit pour une fois parfaitement la situation au Palais du Luxembourg. Après les élections sénatoriales de dimanche, l'arrivée d'un groupe RN et d'un élu LFI amène une réelle nouveauté dans la Haute Assemblée. Pourtant, Gérard Larcher sera comme d'habitude candidat à la présidence du Sénat et, comme d'habitude, réélu, jeudi 1er octobre, lors de la première séance de la nouvelle mandature. Les sénateurs LR et centristes qui le soutiennent ayant conservé leur majorité, il s'agit d'une formalité.
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Pourtant, dès l'issue du scrutin dimanche, Gérard Larcher commençait sa campagne dans les locaux du Sénat, décrochant son téléphone pour féliciter les heureux vainqueurs du jour avec une attention particulière pour les nouveaux élus. Une accolade, un clin d'œil, un geste d'affection… On a vu le sénateur LR serrer la main à tous ceux présents sur place, aux petits soins pour tout le monde, y compris ceux qui ne sont pas de son camp.
"Un non-événement politique"
Les groupes d'opposition présenteront un candidat pour la forme, mais s'accommoderont de la reconduction du président actuel. "Sa réélection ne nous pose pas de problème, car il respecte l'opposition. Pour nous, c'est un non-événement politique", commente un sénateur socialiste. "On est tous conscients que ça va secouer encore plus dans les prochains mois. Avoir quelqu'un qui incarne une forme de stabilité, ce n'est pas plus mal", appuie Vincent Capo-Canellas, sénateur centriste de Seine-Saint-Denis.
"Il aura un nouveau Sénat face à lui. C'est un défi."
Un sénateur d'opposition
à franceinfo
Dans la salle dite des conférences, où les velours profonds donnent des airs de tranquille solidité aux fauteuils, Gérard Larcher semble faire partie des meubles. Inamovible. Elu au Sénat la première fois en 1986, il préside l'institution depuis 2008, hormis une interruption de trois ans entre 2011 et 2014 lorsque la gauche était majoritaire. Mais beaucoup d'observateurs considèrent que ce nouveau mandat sera également son dernier, même s'il n'a pas indiqué ce qu'il comptait faire dans trois ans, lors des prochaines élections – il aura alors 80 ans.
"C'est un mystère bien gardé. Il n'a pas intérêt à se dévoiler trop tôt", évacue Vincent Capo-Canellas, qui considère que ce n'est pas le sujet aujourd'hui. "Il ne dit pas qu'il va partir, mais il le laisse dire aux autres", s'en amuse un sénateur d'opposition. "Le Sénat, c'est toute sa vie, mais il saura s'en aller", estime une élue LR. "J'ai du mal à l'imaginer faisant autre chose", ajoute, presque incrédule, une ministre qui le côtoie depuis longtemps. Son choix pourrait dépendre aussi de la situation politique. "Si Marine Le Pen est au pouvoir et que le Sénat devient le seul rempart, une sorte de Fort Chabrol de la République, il peut y retourner", juge le communiste Pierre Ouzoulias, sénateur des Hauts-de-Seine.
"Il sait aussi taper du poing sur la table"
Si les humoristes le caricaturent volontiers en ogre amateur de ripailles et de bonne chère, Gérard Larcher est unanimement respecté par ses collègues. "C'est un président qui est le défenseur de l'institution et respectueux de la différence des sensibilités politiques", juge Xavier Iacovelli, sénateur Renaissance des Hauts-de-Seine. "Il a une attention bienveillante pour les groupes minoritaires, il leur donne des moyens supplémentaires", témoigne Pierre Ouzoulias. "Il répond très facilement à mes SMS", poursuit le vice-président communiste du Sénat. "C'est quelqu'un avec qui ce n'est pas gênant d'avoir des différences", résume Vincent Capo-Canellas.
Difficile de trouver un avis très critique sur le président du Sénat. Une unanimité suspecte ? "Allez, il a le défaut de tous les politiques. Il est capable de dire tout et son contraire à tout le monde pour préserver une voie médiane", se dévoue un sénateur d'opposition. Même au RN, on lui trouve certaines qualités alors qu'il en est un farouche adversaire. "En 2023, il nous a reçus à déjeuner avec tous les sénateurs nouvellement élus", raconte Aymeric Durox, l'un des trois sénateurs du parti de Jordan Bardella pendant la période 2023-2026, élu en Seine-et-Marne. "Quand il est au Sénat, il est débonnaire, mais en campagne, il tire quand même à boulets rouges sur nous", poursuit-il.
Débonnaire, l'adjectif revient souvent… et agace la sénatrice LR de Paris Marie-Claire Carrère-Gée. "Ça veut dire naïf et un peu faible. Or, s'il est certain que c'est un homme de dialogue, il a de l'autorité et des convictions très fermes", juge-t-elle. Ce bon chasseur aux faux airs de Philippe Noiret ressort son vieux fusil quand il en a besoin. "Il sait, quand il le veut, se faire entendre. Il sait aussi taper du poing sur la table", commente Xavier Iacovelli. "Ce qu'il ne supporte pas, ce sont les sénateurs qui crachent dans la soupe", témoigne un autre élu.
"C'est un amoureux de la fonction parlementaire"
Emmanuel Macron a régulièrement été la cible des colères de Gérard Larcher, qui a rapidement endossé le rôle de représentant de l'ancien monde politique face à la "disruption" revendiquée en 2017 par le nouveau chef de l'Etat. La commission parlementaire sur l'affaire Benalla en 2018 a symbolisé la confrontation entre le premier et le troisième personnage de l'Etat. "Il a permis au Sénat de s'imposer face à Emmanuel Macron", juge un élu socialiste. "Il a une influence morale sur les plus jeunes ministres, qui sont impressionnés par son expérience. Il arrive comme cela à se faire respecter", analyse le RN Aymeric Durox.
Le Sénat a bénéficié en miroir de l'agitation qui règne au Palais Bourbon depuis 2022. "Il faut bien comprendre que le Sénat, depuis 150 ans, est dans l'obligation de prouver la nécessité de son existence face aux demandes récurrentes de sa disparition", rappelle Pierre Ouzoulias, historien de profession. "Gérard Larcher est dans cette ligne-là. Il plaide pour un climat apaisé qui n'existe plus à l'Assemblée nationale. La capacité de se respecter garantit la qualité du fond des débats. C'est une conviction profonde chez lui."
Ce climat pourra-t-il perdurer avec l'arrivée d'un groupe RN qui risque de cliver le Palais du Luxembourg ? Avant même sa réélection, Gérard Larcher a tenu à rappeler ses règles, dimanche, une fois les résultats connus, souhaitant que le Sénat reste "l'assemblée du débat apaisé, de la raison et de la réflexion". "C'est un amoureux de la fonction parlementaire", résume Marie-Claire Carrère-Gée.
Gérard Larcher est maintenant attendu sur le terrain de la campagne présidentielle. Face à l'éventualité d'un deuxième tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, peut-il convaincre Edouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau de s'unir ? "Tout le monde compte sur lui", juge Marie-Claire Carrère-Gée. "Il n'y a pas beaucoup de figures respectées par tous. Il peut avoir un rôle à jouer et il aura à jouer ce rôle", poursuit-elle.
"Il est le seul capable de convaincre Bruno Retailleau d'arrêter et de se ranger derrière nous."
Une ministre soutenant Edouard Philippe pour 2027
à franceinfo
Les proches du candidat LR à l'élection présidentielle rappellent que Gérard Larcher a été présent au premier rang des deux meetings de début de campagne de Bruno Retailleau. Selon eux, les propos "rassembleurs" de Gérard Larcher s'expliqueraient par sa volonté de rassurer les centristes pendant sa campagne pour la présidence du Sénat. Mais ils parient que ce sera différent une fois l'élection passée. "Vous croyez que Gérard Larcher est un grand fan des dix années de macronisme que l'on vient de vivre ?" ironise un conseiller du sénateur vendéen.
Dans une interview au Parisien, le 2 septembre, Gérard Larcher a donné rendez-vous au mois de janvier aux trois candidats du centre et de la droite pour trouver une solution et éviter la multiplicité des candidatures. Au printemps dernier, il fixait octobre comme horizon de ce rassemblement. Pour une membre du gouvernement, il cherche à gagner du temps pour se défiler. "Il a tendance à ne pas vraiment prendre parti. Il ne se positionne jamais de façon trop ferme", cingle-t-elle, regrettant en filigrane un manque de courage. Et de rappeler que pendant la guerre fratricide à droite pour la présidentielle de 1995, Gérard Larcher présidait dans sa ville de Rambouillet le comité de soutien d'Edouard Balladur, quand son épouse, Christine Weiss, était à la tête de celui de Jacques Chirac.
AI outlook — possibilities, not facts
Gérard Larcher sera réélu président du Sénat jeudi 1er octobre
Very likely · Within days
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Possible · Within months

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