"L'après-Trump commence vraiment maintenant" : au lendemain des midterms, comment républicains et démocrates se projettent vers la présidentielle de 2028
Alors que les midterms viennent de s'achever, les deux grands partis américains entament une période de réflexion stratégique pour préparer l'élection présidentielle de 2028.
Quick Look
- Suite aux élections de mi-mandat, républicains et démocrates préparent déjà l'élection présidentielle de 2028.
- Les républicains doivent gérer l'héritage de Donald Trump, tandis que les démocrates cherchent à définir un programme au-delà du rejet de l'ex-président.
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Why It Matters
Les élections de mi-mandat ont entraîné une perte de majorité pour le Parti républicain au Congrès. Donald Trump ne peut pas se représenter en 2028 en raison de la limite constitutionnelle.
C'est déjà demain. Maintenant que les élections de mi-mandat ont livré leur verdict, mercredi 4 novembre, républicains et démocrates vont se tourner vers l'élection présidentielle de 2028. "L'après-Trump commence vraiment maintenant pour les deux camps", résume Ludivine Gilli, spécialiste des Etats-Unis et directrice de l'observatoire de l'Amérique du Nord de la fondation Jean-Jaurès.
Perte de la majorité à la Chambre des représentants, perte de la majorité au Sénat… C'est dans un contexte fortement plombé que le Parti républicain va désormais désigner un successeur à Donald Trump, qui ne peut plus se présenter, limite constitutionnelle de deux mandats oblige.
Parmi les noms qui circulent dans les médias américains pour enfiler le costume de candidat, on trouve des proches de l'actuel président comme le vice-président J.D. Vance, le secrétaire d'Etat Marco Rubio, mais aussi le sénateur du Texas Ted Cruz, le gouverneur de Floride Ron DeSantis, ou encore le polémiste Tucker Carlson.
Mais au-delà du candidat, le parti va devoir trancher autour d'une ligne idéologique, et "cela s'annonce compliqué", prévient Ludivine Gilli. "Après ces midterms, la base électorale est totalement fracturée. On a vu un rejet de Donald Trump de la part d'une partie de son électorat, mais on en a vu une autre qui résistait… Il sera difficile, voire impossible, de recomposer la coalition qui a permis à Donald Trump d'être élu", analyse la chercheuse.
Les républicains font face à un dilemme que Ludivine Gilli résume en ces termes : "Faut-il continuer de soutenir Donald Trump, au risque d'effaroucher les électeurs qui, en grande partie, ne sont pas allés voter ou sont allés voter pour les démocrates lors des midterms ? Ou faut-il tourner le dos à cette 'base Maga' (…), qui représente une bonne moitié de l'électorat républicain des dernières années ?"
Renier l'héritage de Donald Trump ? "C'est un sacré exercice d'équilibriste que vont notamment devoir faire [J.D.] Vance et [Marco] Rubio, qui sont membres de l'administration, imagine Ludivine Gilli. S'ils ne veulent pas se faire répudier par Donald Trump, il va falloir qu'ils continuent de soutenir ce qu'il fera lors de ces deux prochaines années."
En effet, gare aux prétendants qui pourraient chercher à prendre leurs distances avec le chef de l'Etat. Même une critique modérée pourrait être vue comme un manque de loyauté, avec les risques que cela comporte avec un dirigeant aussi éruptif. "Donald Trump n'apprécie pas qu'on le critique, rappelle Todd Belt, politologue à l'université George-Washington. Ce sera difficile de s'en démarquer", d'autant qu'"il voudra exercer une influence sur le choix de son successeur".
"Donald Trump dispose toujours de ses réseaux sociaux, qui lui permettent de maintenir les républicains dans le rang."
Son collègue Hans Noel, professeur de sciences politiques à l'université Georgetown, à Washington, abonde : "[Donald] Trump reste la figure dominante du parti. Son influence pourrait s'atténuer maintenant qu'il est en fin de mandat, mais nombreux étaient les républicains qui pensaient pouvoir tourner la page Trump dès 2024. Or, il a continué à exercer son influence sur le parti."
Une fois l'euphorie des midterms retombée, le Parti démocrate devra lui aussi se tourner vers 2028. "La séquence qui s'ouvre pour les démocrates est aussi compliquée, mais pour des raisons très différentes, remarque Ludivine Gilli. Les démocrates ont gagné ces élections de mi-mandat avant tout en mobilisant les anti-Trump. Ils auraient pu faire des scores bien moindres. Ce n'était pas un vote d'adhésion à leurs idées."
"Lors de cette campagne, ils ont mis en avant la question du coût de la vie, notamment dans les domaines de la santé, du logement, de l'énergie… Mais ce n'est vraiment pas suffisant."
Todd Belt met en évidence le même piège. "Les démocrates risquent de mal interpréter le résultat de ces élections. Celles-ci portaient avant tout sur le fait que [Donald] Trump aggrave la situation économique, et sur bien peu d'autres choses", rappelle le politologue américain. A eux de dessiner un programme en vue de 2028. "Ils doivent proposer aux électeurs des raisons de voter pour eux, et pas seulement des raisons de voter contre [Donald] Trump. Ils doivent élaborer un programme qu'ils pourront présenter aux Américains en leur disant : 'Voici ce que nous avons l'intention de faire pour vous. Voici comment nous comptons améliorer votre quotidien.' Sans cela, la tendance pourrait bien s'inverser à nouveau."
Reste la question du positionnement à adopter : plus, ou moins à gauche que la ligne traditionnelle du parti ? "Il existe chez les démocrates des courants plus progressistes et d'autres plus modérés, confirme Hans Noel. Les deux tendances ont remporté des victoires et peuvent toutes les deux prétendre peser sur les orientations du parti. Les démocrates devront donc travailler à trouver des compromis internes."
Open Questions
- Qui sera le candidat républicain désigné pour 2028 ?
- Quelle ligne idéologique adopteront les démocrates ?



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