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L'Inirr a été créée dans la foulée du rapport Sauvé, qui a estimé à 330 000 le nombre de victimes de violences sexuelles dans l'Église depuis 1950. Elle est remplacée par un nouveau dispositif à la fin du mois.
On a un rendez-vous raté avec le Saint-Père. Au moment de tirer le bilan de cinq années à la tête l'Inirr (instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation), Marie Derain de Vaucresson a regretté le format choisi par le pape Léon XIV, qui doit rencontrer à Lourdes, dimanche 27 septembre, sept victimes de violences sexuelles dans l'Eglise. "Mon regret, c'est qu'on n'ait pas pu impliquer davantage de personnes victimes", explique à franceinfo la présidente de l'instance qui cède sa place à la fin du mois, puisque l'Inirr est remplacé par un nouveau dispositif.
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Le souverain pontife a effectivement prévu un huis clos intimiste avec les victimes dans l'après-midi de dimanche. "Le format interindividuel, je le comprends" car "pour échanger vraiment, il faut être un petit nombre", ajoute-t-elle. "Mais je pense qu'entre sept personnes et un peu plus, on avait des possibilités", ajoute Marie Derain, avant de regretter que les collectifs n'aient pas été associés en amont de cette rencontre. "On aurait aussi pu imaginer une parole portée par un petit nombre, mais construite avec un nombre beaucoup plus important", estime-t-elle, en imaginant une journée organisée en deux temps "avec 250 ou 300 personnes" à Lourdes. "La petite limite de la rencontre interpersonnelle, c'est de ne pas aller sur le terrain de la dimension systémique."
"On minimise le caractère systémique des violences sexuelles."
Marie Derain de Vaucresson
à franceinfo
"Ce sont des individualités qui sont choisies, on débranche le collectif", a également protesté Alain Esquerre, porte-parole du principal collectif des victimes de Bétharram. "On n'a même pas eu de réponse à notre sollicitation, c'est une gigantesque mascarade, il n'y aura pas d'apaisement, je suis extrêmement déçu mais pas surpris", a réagi de son côté Philippe Carré, représentant d'une association qui a recensé plus de 300 victimes dans une cinquantaine d'établissements du réseau catholique privé La Salle. Il considère que les évêques ont "sciemment sélectionné des victimes isolées".
"Chacun participe à cette rencontre en son nom propre"
Les sept "élus" pour cette rencontre désamorcent en expliquant qu'ils ne constituent "pas une délégation de l'Eglise". "Nous ne prétendons représenter ni toutes les personnes victimes, ni celles et ceux qui ne seront pas présents à Lourdes", précisent-ils dans un communiqué commun. Les sélectionnés ont préparé l'entrevue papale lors d'une journée le 14 septembre, en présence notamment de représentants de la Conférence des évêques de France. "Chacun participe à cette rencontre en son nom propre, libre de sa parole, de ses convictions et de ses choix", assurent-ils.
"Dialoguer ne signifie pas cautionner. Etre reçu ne signifie pas renoncer à notre exigence."
Les participants à la rencontre prévue avec le pape
Dans un communiqué
Comment les victimes ont-elles été choisies ? "Il a semblé évident dès le départ que le pape allait rencontrer des victimes d'abus sexuels", a assuré en conférence de presse Pierre-Antoine Bozo, porte-parole de la conférence des évêques de France. Selon lui, c'est le pape qui a choisi une rencontre en petit comité avec sept personnes, "sélectionnées à partir de critères assez simples : des hommes et des femmes, victimes d'abus à l'âge mineur ou majeur, victimes d'abus dans le milieu scolaire, paroissial, diocésain, pour une représentativité la plus juste possible".
Parmi les victimes, seulement cinq d'entre elles ont choisi de dévoiler leur identité. Jean-Marie Delbos est l'une des anciens de l'école Notre-Dame de Bétharram, dont plus de 200 élèves ont porté plainte pour des violences physiques et sexuelles entre 1956 et le milieu des années 2000. "Je vais lui demander, étant donné ses pouvoirs, de dissoudre la congrégation des pères de Bétharram", a-t-il déclaré sur M6. Véronique Garnier, victime d'un prêtre de sa paroisse à l'âge de 13 ans, est coresponsable sur le diocèse d'Orléans d'un service de protection des mineurs.
Jérôme Guillement a été victime d'un prêtre vendéen à l'adolescence et a raconté son parcours dans plusieurs livres. Olivier Mardi est le cofondateur des Voix Libérées de Touraine, un collectif de victimes de l'abbé Tartu au sein de la chorale des "Petits Chanteurs de Touraine" dans les années 1960-1980. Selon Christian Gueritauld, le président de l'association les Voix Libérées de Touraine, le choix d'Olivier Mardi comme porte-parole s'est fait "avec les victimes au centre et démocratiquement".
Bertrand Virieux est cofondateur de l'ex-association lyonnaise La Parole Libérée rassemblant des victimes du prêtre Bernard Preynat, condamné en 2020 à cinq ans de prison et mort en 2024. Les deux autres participants ont choisi de garder l'anonymat, même si le communiqué précise la présence d'une victime de l'abbé Pierre.
"Il y a encore du chemin à faire"
Au-delà du casting de la rencontre, ce sont surtout les mots du pape qui seront scrutés par les collectifs. Lors de la conférence de presse de l'Inirr, plusieurs victimes ont pu s'exprimer concernant les messages qu'ils aimeraient faire passer à Léon XIV. "Il y a encore du chemin à faire. Ce que je dirais au Saint-Père, c'est 'continuez d'apprendre à écouter. Vous êtes sur la bonne voie, mais vous n'y êtes pas encore'", a déclaré Eric, qui s'est par ailleurs dit "satisfait" de l'existence même de cette rencontre car "la parole des victimes va être portée".
"Je lui dirais de revoir les cours de sexualité au séminaire, de ne pas ordonner trop vite certains prêtres", a également lancé Cécile Reneaume, 34 ans. Les victimes ont été bien invités par la conférence des évêques de France à écrire une lettre au pape, mais Cécile n'est pas convaincue par la démarche : "J'ai peur que ce ne soit pas lu ou pas entendu."
Pierre a écrit de son côté au Vatican, précisément à la commission pontificale de protection des mineurs, afin de demander aux autorités éccliastiques de garder une trace des vilences qu'il a subies. "Il faut que nos histoires ne soient pas vaines. Et qu'elles soient dans des archives pour protéger d'autres personnes", explique-t-il.
"Pape Léon, qu'est-ce que vous faites pour que les écosystèmes du silence mis en place à tous les niveaux s'arrêtent ?"
Pierre, victime de violences sexuelles
en conférence de presse
"Finalement, qu'est-ce qu'on fait de la parole des personnes victimes ?", interroge aussi Brigitte Navail, une victime de 69 ans interrogée par franceinfo. "Si ça ne change pas la théologie, les pratiques pastorales, les pratiques liturgiques, la formation des prêtres... alors notre parole aura été veine. C'est ce que j'aurais aimé pouvoir travailler avec le pape."
Le "petit temps d'avance" de la France
Marie Derain souhaite inviter de son côté le souverain pontife à regarder "le petit temps d'avance" de la France sur le sujet des violences sexuelles, avec l'existence d'instances de reconnaissance telles que l'Inirr, mises en place dans la foulée du rapport Sauvé, qui a estimé à 330 000 le nombre de victimes dans l'Eglise depuis 1950. Cette expérience "devrait inciter le Vatican à porter haut et fort la volonté de continuer à faire la vérité" sur cette réalité.
A l'heure du bilan, la présidente de l'instance précise d'ailleurs que l'Inirr a été saisie par 1 969 personnes depuis sa création et que 1 184 décisions ont été rendues. Un tiers des victimes sont des femmes et l'âge moyen des personnes saisissant l'instance a baissé à 56 ans en 2025 (contre 64 en 2022). Quant aux réparations financières, elles atteignaient 36 739 euros en moyenne l'an dernier.
AI outlook — possibilities, not facts
Le nouveau dispositif remplaçant l'Inirr sera annoncé d'ici la fin du mois.
Very likely · Within weeks
Les collectifs de victimes continueront à réclamer une rencontre plus inclusive avec le pape ou des représentants du Vatican.
Likely · Within months

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