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Marina Vlady, née Marina Catherine de Poliakoff-Baidarov le 10 mai 1938 à Clichy-la-Garenne, était d'origine russe blanche, fille d'immigrés ayant fui la révolution bolchevique. Elle a commencé sa carrière très jeune, intégrant l'école de danse de l'Opéra de Paris à 9 ans avant de tourner son premier film à 11 ans.
Elle avait prêté son sourire à la Joconde. La belle et faussement sage Marina Vlady vient de s’éteindre à 88 ans. L’actrice d’origine russe fut une inoubliable princesse de Clèves de Jean Delannoy et prêta son charme slave, sa voix douce et distinguée à de nombreuses héroïnes, au caractère souvent ambigu, pendant plus d’un demi-siècle. Elle est morte « chez elle, entourée de ses proches et de ses animaux », ont précisé dans un communiqué ses enfants, qui ont salué « une longue et belle vie bien remplie ».
Née Marina Catherine de Poliakoff-Baidarov le 10 mai 1938 à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), dans une famille d’immigrés russes blancs fuyant la révolution bolchevique, elle laisse derrière elle une œuvre cinématographique et théâtrale d’une richesse exceptionnelle, marquée par plus de 60 films et une présence scénique inoubliable.
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Tout commence pourtant sur les planches de l’Opéra de Paris, où la jeune Marina, alors âgée de 9 ans, intègre l’école de danse comme petit rat. Mais c’est vers le cinéma que son destin va rapidement basculer. En 1949, à seulement 11 ans, elle tourne son premier film, Orage d’été de Jean Gehret, aux côtés de sa sœur Odile Versois, elle aussi actrice. Blonde, réservée, sachant jouer de son charme, elle apparaît pendant quelques années dans des productions italiennes sans grande importance, avant que sa rencontre avec Robert Hossein ne change le cours de sa vie.
Robert Hossein, son premier grand amour
En 1955, à l’âge de 17 ans, Marina épouse le comédien et metteur en scène Robert Hossein, qui la révèle véritablement au grand public. Il la dirige dans plusieurs films où elle incarne des personnages de femmes fatales ou tourmentées : Les salauds vont en enfer (1955) d’après le roman de Frédéric Dard, Pardonnez nos offenses (1956), Toi, le venin (1958) ou La Nuit des espions (1959). De cette union naîtront deux fils, Pierre et Igor, qui deviendront eux aussi acteurs. Le couple divorce en 1960, mais cette première expérience matrimoniale marque durablement la carrière de Marina Vlady, qui acquiert le statut de jeune première prometteuse.
Les années 1960 seront son âge d’or. Elle enchaîne les rôles principaux dans des films marquants. En 1956, elle incarne la Princesse de Clèves dans l’adaptation du roman de Madame de Lafayette. Ce rôle lui permet de montrer toute l’étendue de son talent dramatique. Elle tourne également sous la direction de Christian-Jaque dans La Loi des hommes (1958).
Mais c’est avec Jean-Luc Godard que Marina Vlady accède à une dimension plus intellectuelle et expérimentale. Dans Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967), elle incarne une jeune femme tiraillée entre sa vie de mère de famille et sa vie de prostituée, dans un récit qui explore les contradictions de la société de consommation. Ce rôle lui vaut une nomination aux Golden Globes, puis une reconnaissance internationale.
Elle tourne aussi dans Le Lit conjugal (1963), de Marco Ferreri, où elle partage l’affiche avec Ugo Tognazzi, dans une comédie grinçante sur les mœurs conjugales. Et bien sûr, le grand public la découvre dans le rôle de la sulfureuse agent OSS 117 dans OSS 117 se déchaîne (1963), aux côtés de Kerwin Mathews, un film d’espionnage qui connaît un immense succès populaire.
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Falstaff ou la rencontre avec Orson Welles
En 1966, Marina Vlady vit l’une des expériences les plus marquantes de sa carrière en tournant sous la direction d’Orson Welles dans Falstaff (aussi connu sous le titre Chimes at Midnight). Elle y incarne une courtisane aux côtés de Welles lui-même, qui tient le rôle-titre. Cette collaboration avec l’un des plus grands cinéastes de l’histoire restera pour elle un souvenir inoubliable et témoignera de sa capacité à évoluer dans des registres exigeants et ambitieux.
En 1972, l’actrice retrouve Jean Yanne, avec qui elle avait déjà tourné Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, une comédie satirique sur le monde du show-business et de la publicité. Le film, porté par l’humour grinçant de Yanne et le charme de Marina, connaît un grand succès populaire et confirme la complicité entre les deux acteurs. Capable de passer de la légèreté à des sujets plus graves, on la retrouve en 1975 devant la caméra de Bertrand Tavernier, l’un des plus grands réalisateurs français contemporains. Dans Que la fête commence, elle incarne la maîtresse du régent Philippe Noiret, une aristocrate délicieusement libertine, dans un film historique somptueux.
Le théâtre, sa première maison
Sa vie privée est tout aussi tumultueuse. En 1969, Marina Vlady épouse en troisièmes noces le chanteur, poète et comédien russe Vladimir Vyssotski, figure emblématique de la contre-culture soviétique. Le grand amour de sa vie. Elle s’installe en URSS, où elle vit jusqu’en 1980, date de la mort prématurée de son époux, à 42 ans. Cette union passionnée la marque profondément. Elle fera tout pour promouvoir la popularité de Vyssotski en France, organisant des concerts et traduisant ses chansons. Elle lui consacrera plusieurs livres, dont Vladimir ou le vol arrêté (1987), témoignage bouleversant sur leur amour et la Russie.
Si Marina Vlady est surtout une figure du cinéma français des années 1960-1970, elle n’a jamais cessé de revenir au théâtre qu’elle considère comme sa première maison. À partir de 1967, elle se produit régulièrement sur les planches, notamment dans Les Trois Sœurs de Tchekhov (1966), aux côtés de ses trois sœurs Hélène Vallier, Odile Versois et Olga Poliakoff. Elle donne ainsi 250 représentations au théâtre Hébertot, dans un spectacle familial d’une rare intensité. Plus tard, elle joue dans La Source bleue (1994) et Le Cavalier seul (2014), confirmant son attachement viscéral au théâtre.
Une grande intelligence scénique
Dans les années 1980, elle partage la vie du professeur Léon Schwartzenberg, spécialiste du cancer, jusqu’à sa disparition en 2003. Au fil des décennies, l’actrice a continué à tourner, apparaissant dans des films aussi divers que Tangos, l’exil de Gardel (1985) de Fernando Solanas, Les Exploits d’un jeune Don Juan (1987) ou Victoire, ou la douleur des femmes (2000) de Nadine Trintignant. Marina Vlady laisse derrière elle l’image d’une femme libre, d’une artiste engagée à gauche, et d’une passeuse de culture entre la France et la Russie.
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Sa beauté de Mona Lisa, son intelligence scénique, et sa capacité à incarner des personnages complexes et contradictoires ont frappé l’imagination de plusieurs générations de spectateurs. Sans compter que sa vie a également été marquée par le militantisme. « Marina Vlady était une femme généreuse qui a été engagée toute sa vie, depuis la guerre d’Algérie, le +Manifeste des 343+ puis les sans-papiers et le Droit au logement avec son dernier compagnon Léon Schwartzenberg », avec qui elle a créé le DAL, l’association pour le droit au logement, ont écrit ses fils dans un message à l’AFP. Elle restera dans les mémoires comme l’une des plus belles étoiles slaves du cinéma français des années 1960, une épouse dévouée et une artiste exigeante.
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