
Quatre ans et demi après la mort de l'ex-international argentin, tué par balles à Paris en mars 2022, le procès s'ouvre devant la cour d'assises.
Ouverture du procès aux assises de Paris pour l'assassinat de l'ancien international de rugby Federico Martin Aramburu, abattu en mars 2022 à la suite d'une altercation impliquant des militants d'ultradroite.
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L'ancien international de rugby Federico Martin Aramburu a été abattu par balles à Paris le 19 mars 2022 à la suite d'une altercation dans un bar.
Le jour se lève, ce samedi 19 mars 2022. Il est 5h21 quand l'ancien international de rugby Federico Martin Aramburu et son ami Shaun Hegarty, un ex-joueur du Biarritz Olympique, s'attablent au bar Mabillon, boulevard Saint-Germain, dans un quartier chic de Paris. Les deux pros du ballon ovale doivent assister le soir-même au match France-Angleterre du tournoi des Six nations. Mais une altercation va faire basculer le cours de leur vie.
Dans les effluves d'alcool, des insultes fusent avec les membres d'une table d'à côté, où sont assis Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux militants d'ultradroite, déjà connus de la justice. Avant de quitter le bar, Federico Martin Aramburu attrape Loïk Le Priol par la capuche et le fait chuter par terre. Une bagarre éclate, les coups pleuvent.
Les deux sportifs quittent l'établissement à pied pour regagner un hôtel et chercher de la glace. Ils sont rejoints par les deux hommes, l'un à pied, l'autre en Jeep, qui tirent chacun de leur côté sur Federico Martin Aramburu. L'ex-international argentin s'effondre, à 6h09, et meurt dans les bras de son ami, à l'âge de 42 ans. Six balles sont retrouvées dans son corps, tirées par des armes de collection à poudre noire.
Près de quatre ans et demi plus tard, le procès de quatre personnes s'ouvre devant la cour d'assises de Paris, à partir du lundi 7 septembre. En plus de Loïk Le Priol et de Roumain Bouvier, l'ex-petite amie du premier, Lyson R., présente le soir des faits, devra répondre de complicité de tentative d'assassinat. Anthony R., lui, sera jugé pour recel de malfaiteur et soustraction d'objet pour faire obstacle à la manifestation de la vérité, après avoir aidé son ami Romain Bouvier dans sa courte cavale. Le suspect avait été interpellé dans la Sarthe quatre jours après s'être enfui.
Loïk Le Priol, 32 ans, avait lui aussi tenté de s'échapper et de se rendre en Ukraine, avant d'être rapidement interpellé en Hongrie. Il est le seul à être renvoyé devant la justice pour assassinat. Deux des six balles qu'il a tirées ont tué le rugbyman, atteint dans le dos. Dans leur ordonnance de mise en accusation, consultée par franceinfo, les juges d'instruction retiennent la préméditation.
Selon les investigations, qui s'appuient sur les images des caméras de vidéosurveillance et de nombreux témoignages, cet ancien militaire est parti à la recherche de Federico Martin Aramburu avec une arme chargée, "fou furieux", en déclarant qu'il allait "le tuer". Des éléments démentis par l'intéressé, qui a assuré avoir agi en état de légitime défense, en tirant "à la volée", "sans regarder".
Romain Bouvier, 35 ans, comparaît lui pour complicité de tentative d'assassinat. Alors que le parquet estimait que "les deux scènes de tirs" s'inscrivaient "dans une seule scène unique de violences", la justice a finalement considéré qu'il n'y avait pas un "dessein criminel commun" entre les deux accusés. Après l'altercation au bar, Romain Bouvier est parti de son côté, à bord de la Jeep conduite par Lyson R., et a tiré quatre fois sur Federico Martin Aramburu, sans le toucher mortellement. S'il déclare ne pas avoir voulu le tuer, évoquant "des tirs dissuasifs vers le sol", les images de la scène et les expertises balistiques démontrent qu'il avait le bras tendu vers le rugbyman, touché à la cuisse et au niveau du thorax.
Romain Bouvier et Loïk Le Priol avaient pourtant tous les deux interdiction de porter des armes et de se fréquenter en vertu d'un contrôle judiciaire dans une affaire de violences en réunion commises contre un ancien chef du mouvement d'ultradroite Groupe union défense (GUD), Edouard Klein. Ils ont été condamnés depuis à deux et trois ans de prison ferme dans ce dossier.
La victime, qui se voyait reprocher son comportement envers deux femmes, avait été tabassée et humiliée lors d'une séance de torture filmée par Loïk Le Priol et dont certaines images avaient été révélées par Mediapart. Sur les vidéos, on le voyait mettre un couteau sous la gorge d'Edouard Klein, nu, au sol, et recouvert de sang, et lui lancer : "Tu sais que j'en ai buté plus d'un des mecs là-bas, tu le sais ?"
Loïk Le Priol faisait alors référence à ses interventions militaires en Afrique, dans le cadre des opérations Serval et Barkhane. Ce benjamin d'une fratrie de quatre enfants a intégré l'Ecole des mousses de Brest à 16 ans, après un parcours scolaire mouvementé, selon l'enquête de personnalité réalisée pendant l'instruction. Un ancien enseignant le décrit dans ce cadre comme un "jeune garçon un peu suffisant, très sûr de lui, et un peu facho". Retenu pour un stage commando très sélectif, il intègre les forces spéciales de la marine à Lorient et passe cinq ans dans l'armée.
L'année 2015 marque un tournant. Loïk Le Priol est impliqué dans des violences commises sur une femme à Djibouti : il est rapatrié et placé en congé maladie pour un état de stress post-traumatique, selon son dossier militaire. Cette même année, il provoque, alcoolisé, un grave accident de voiture et commet les faits contre Edouard Klein. Il est radié de l'armée deux ans plus tard.
Par la suite, il lance en 2016 une marque de vêtements baptisée "Babtou solide", en référence au surnom donné en Afrique aux Européens. "Depuis tout petit, j'entends cette expression de 'babtous fragiles' pour parler des faibles, des gens efféminés. On a décidé de faire l'opposé pour valoriser les gens qui sont virils", explique-t-il à StreetPress.
Cheveux blonds gominés, muscles saillants et tatouage de couteau sur l'avant-bras gauche, il s'affiche aussi avec des figures de la fachosphère comme Jean-Eudes Gannat, patron d'un groupuscule identitaire d'Angers, l'Alvarium, dissous en novembre 2021, ou encore Jean-Romée Charbonneau, candidat du Rassemblement national aux municipales à Niort (Deux-Sèvres) en 2020. Mais il déplore le fait d'être étiqueté comme une figure du GUD, dissous en juin 2024, et affirme être seulement ami avec ses membres.
Aucun motif idéologique n'apparaît dans l'affaire Federico Martin Aramburu. "Les juges n'ont retenu aucune circonstance raciste ou politique", ont souligné auprès de l'AFP les avocats de Loïk Le Priol, Xavier Nogueras et Pierre-Henri Baert, qui rejettent par ailleurs la thèse de la préméditation. Les experts psychiatres et psychologue du dossier ont toutefois relevé que "ses idéaux de courage et de virilité" avaient pu jouer un rôle dans son comportement, le trentenaire nourrissant une "honte" concernant son éviction de l'armée. Dans un contexte alcoolisé, le geste du rugbyman qui l'a poussé au sol a pu être vécu comme "une atteinte à son honneur". Divisés sur le rôle de son trouble de stress post-traumatique dans les faits, les experts mettent surtout en avant un trouble de la personnalité psychopathique.
Sur le plan sentimental, Loïk Le Priol entretenait depuis cinq ans une relation passionnelle avec Lyson R., une ancienne étudiante en psychologie, avec laquelle il a monté une entreprise d'événementiel à Draguignan (Var). Il est reproché à la jeune femme d'avoir suivi les instructions de son compagnon ce soir-là, tout en le sachant armé. En l'occurrence, d'être partie à la recherche des rugbymen à bord de la Jeep, avec Romain Bouvier à bord, puis d'avoir dissimulé le véhicule et le téléphone de Loïk Le Priol après les tirs.
Un témoin l'a décrite comme "très maîtrisée et contrôlée", mais agissant comme "une poupée". Selon une amie, Lyson R., issue d'une famille sans histoire, était "sous emprise" de son compagnon. "Je suis un peu dépendante : il me le dit, je le fais. C'est comme ça dans ma tête", a-t-elle déclaré pendant l'enquête. "Depuis le départ, elle a participé à la manifestation de la vérité, observe auprès de franceinfo son avocat, Florian Lastelle. Nous avons hâte que son innocence soit démontrée."
Son co-accusé, Romain Bouvier, a été appréhendé dans la Sarthe après s'être enfui. Cet ancien étudiant en droit, qui a participé à des concours d'éloquence, décrit une enfance marquée par la séparation de ses parents, la mort de son père d'adoption – il n'a jamais connu son géniteur – et le remariage de sa mère, une avocate connue pour ses engagements féministes, avec un homme violent. Lui aussi a fréquenté le GUD pendant six mois pour, dit-il, marcher dans les pas de son père.
Au moment des faits, Romain Bouvier était auto-entrepreneur dans la communication numérique, animait un cercle littéraire d'admirateurs de Louis-Ferdinand Céline et pratiquait le tir sportif. Décrit comme un "gentleman fasciste" dans un portrait que lui consacre StreetPress, il considère Loïk Le Priol comme un membre de sa "famille" et lui voue une certaine admiration. Selon les experts psychiatres, cette relation, ainsi qu'une "possible adhésion à des valeurs de défense virile" ont, là encore, pu contribuer à sa conduite le soir des faits, sur fond d'alcoolisation. Pour son avocat, Hugues Vigier, Romain Bouvier "a tiré sans aucune volonté d'homicide, mais parce qu'il avait peur quand il s'est retrouvé confronté aux rugbymen".
"Cette affaire a été présentée comme une chasse à l'homme par des néonazis, ça n'a rien à voir avec ça. Ce qui est en jeu relève plus de conflits de virilité qu'autre chose."
Hugues Vigier, avocat de Romain Bouvier
à franceinfo
"Cette violence viriliste structurelle est une clé de compréhension du passage à l'acte", concède Véronique Massi, avocate de Shaun Hegarty, qui souffre de séquelles traumatiques depuis le drame. Elle rejette, en revanche, la ligne de la "légitime défense ou défense légitime", "inaudible" et "extrêmement violente". Son client "vivra chaque instant de ce procès pour la mémoire de Fédé". Tous les accusés, à l'exception d'Anthony R., encourent la perpétuité.
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Déroulement du procès devant la cour d'assises de Paris
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