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Pourquoi les importations de gaz naturel liquéfié russe n'ont-elles jamais été aussi hautes dans l'Union européenne, deux mois avant leur interdiction complète ?
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Pourquoi les importations de gaz naturel liquéfié russe n'ont-elles jamais été aussi hautes dans l'Union européenne, deux mois avant leur interdiction complète ?

La part du gaz russe dans l'UE a chuté à 12%, mais les importations de GNL augmentent en raison de la crise au Moyen-Orient et de la course aux achats avant l'embargo total.

Quick Look

L'UE réduit sa dépendance au gaz russe, tombé à 12%, mais les importations de GNL augmentent en 2026 en raison des crises géopolitiques et de la course aux contrats avant l'embargo total prévu d'ici 2027.

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Why It Matters

L'UE tente de s'affranchir du gaz russe depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, adoptant en janvier 2026 une réglementation pour interdire ces importations.

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Une commission d'enquête de l'ONU a accusé lundi 26 octobre la Russie de "crimes contre l'humanité" en raison de ses frappes répétées contre des infrastructures énergétiques ukrainiennes. Depuis le 24 février 2022 et l'invasion de l'Ukraine sur ordre de Vladimir Poutine, Moscou n'a cessé de tenter d'affaiblir Kiev sur le volet énergétique, mais aussi l'Union européenne. Dès 2022, la Russie a décidé de réduire fortement les exportations de son gaz vers l'Europe, assurées majoritairement via des pipelines ou des gazoducs. De leur côté, les Vingt-Sept ont pris des mesures pour sortir de cette dépendance.

En conséquence, la consommation européenne de gaz russe a diminué très fortement en quelques années. "En 2022, la Russie fournissait 40% du gaz européen. Aujourd'hui, c'est 12%", expose Ines Bouacida, chercheuse spécialiste de l'énergie à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), comme le confirment les chiffres de l'Agence internationale de l'énergie.

"On a essayé d'importer plus de gaz naturel"

L'Union européenne a ainsi "essayé marginalement d'importer plus de gaz naturel via des pipelines d'autres pays (Norvège, Algérie, Azerbaïdjan...), explique l'experte. Mais surtout on a importé plus de gaz naturel liquéfié (GNL), puisque c'est une manière de transporter le gaz qui est beaucoup plus fluide, beaucoup plus flexible, car c'est par bateau." Les pipelines sont en effet beaucoup plus soumis aux aléas géopolitiques et nécessitent des infrastructures très lourdes.

Le GNL importé par les 27 est "principalement américain, et qatari", ajoute Ines Bouacida. Cependant, "une partie vient de Russie". Face à la réduction très importante des importations par pipeline, le GNL est même devenu la principale forme de gaz russe acheminée vers l'Union européenne, alors que sa part était auparavant marginale.

Pour réduire la dépendance aux ressources de la Russie et ainsi ne plus financer son effort de guerre, les Vingt-Sept ont adopté en janvier 2026 une réglementation visant à interdire toute importation de gaz russe. Elle est entrée en vigueur le 18 mars, bien que des exceptions existent – pour les entreprises qui avaient signé des contrats sur plusieurs années – jusqu'au 1er janvier 2027 (pour le GNL) et jusqu'à septembre 2027 (pour le gaz via des pipelines). Malgré cette loi, les importations de GNL russe ont encore augmenté en 2026. Selon l'ONG allemande Urgewald, les importations en provenance du terminal Yamal, dont provient l'immense majorité du GNL russe envoyé à l'UE, ont grimpé de 9,5% sur la période allant de janvier à septembre 2026, par rapport à la même période l'année dernière.

Selon Ines Bouacida, plusieurs raisons conjoncturelles expliquent cette hausse. En février 2026, les frappes américaines et israéliennes sur l'Iran, suivies de répliques sur de nombreux Etats du Golfe, ont conduit au blocage du détroit d'Ormuz et à la destruction de plusieurs terminaux gaziers de la région. "Ça a été une perturbation très forte des marchés du gaz et du pétrole, souligne la spécialiste. Dans cette zone qui contient la moitié des réserves de gaz du monde, ça a anéanti une partie de l'approvisionnement sur le marché mondial." L'UE a alors reporté ses importations du Moyen-Orient vers d'autres fournisseurs, "y compris la Russie", affirme-t-elle.

Par ailleurs, "un hiver 2025-2026 particulièrement froid" au niveau européen a tiré vers le haut la demande de gaz. "On a aussi consommé plus de stocks que les années d'avant", poursuit Ines Bouacida. Ils servent principalement au chauffage des bâtiments. L'UE remplit généralement ses stocks entre la sortie de l'hiver et l'automne. Mais, devant les prix prohibitifs engendrés par la crise au Moyen-Orient, "les stocks sont sensiblement moins remplis qu'ils ne le sont normalement à ce moment de l'année", précise la chercheuse. "Depuis 2022, on a une attention particulière à remplir les stocks en amont de l'hiver", ajoute-t-elle.

"On a un phénomène de précipitation", estime pour sa part Thomas Pellerin-Carlin, eurodéputé Place publique et membre de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie. Selon l'élu, qui a participé à l'écriture de la nouvelle réglementation européenne, "les acheteurs font en sorte d'acheter autant que possible avant que cette interdiction n'ait lieu".

Une "opportunité de diversifier les approvisionnements"

L'Union européenne va-t-elle pouvoir se passer subitement de ce qui représentait encore plus de 13% de son gaz au deuxième trimestre, selon les données de l'Institut Bruegel analysées par franceinfo ? Thomas Pellerin-Carlin n'en doute pas. "Il y a eu quand même des améliorations de l'efficacité énergétique et du déploiement des énergies renouvelables depuis 2022. Une partie du gaz russe qu'on n'achètera plus n'a pas besoin d'être remplacée", assure-t-il notamment. Ines Bouacida partage son avis. Elle rappelle toutefois que le commissaire européen à l'énergie, Dan Jorgensen, a écrit fin septembre une lettre aux dirigeants européens, leur demandant d'envisager des réductions importantes de consommation d'énergie cet hiver.

Au-delà d'une plus grande sobriété, Gergely Molnar, spécialiste du marché du gaz au sein de l'Agence internationale de l'Energie (AIE), voit dans l'interdiction d'importation du GNL russe une "opportunité de diversifier davantage ses approvisionnements en gaz". Dans une note publiée sur le site de l'organisme en septembre, il mentionne "de nouveaux projets en Amérique du Nord et en Afrique", lors d'une période où "l'offre mondiale de GNL entame une phase d'expansion sans précédent".

Ce développement de la production de GNL, une énergie fossile, inquiète toutefois les ONG environnementales. "L'impact climatique des importations de GNL en Europe est largement sous-estimé", écrivait en 2024 Transport et environnement, affirmant que ce gaz "émet en moyenne 30% d'équivalent CO2 en plus que ce qui est officiellement comptabilisé". Par ailleurs, une "feuille de route de décarbonation de la filière maritime" datant 2023 et publié sur le site du ministère de la Mer souligne que le gain de carbone du GNL par rapport au fioul varie entre -17% et +6%.

La diversification des importations prônée par l'AIE pourrait cependant soulager les factures de gaz des consommateurs. "Les incertitudes géopolitiques [conflits en Ukraine et au Moyen-Orient] commencent à s'inscrire dans la durée. Au niveau français, les consommateurs ont généralement des prix garantis quand ils prennent leur contrat à garantie sur un an ou sur une période assez longue. Mais à moyen terme qu'est-ce que ça donne ?" s'interroge Ines Bouacida, pointant une hausse déjà subie par de nombreux Français. "Les prix de gros ont augmenté. Ça veut dire que les fournisseurs de gaz de monsieur et madame Tout-le-Monde achètent plus cher sur les marchés internationaux. Donc il y a un moment où ça va probablement se répercuter sur les consommateurs", ajoute-t-elle. En France, le prix repère du gaz doit augmenter de 6,6% au 1er novembre.

What to Watch

AI outlook — possibilities, not facts

  • Augmentation du prix repère du gaz de 6,6% en France au 1er novembre.

    Very likely · Within days

Open Questions

  • Quel sera l'impact exact de la hausse des prix sur les factures des ménages en 2027 ?
  • L'UE parviendra-t-elle à compenser totalement l'arrêt du GNL russe sans pénurie ?

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This article was originally published by France Info.

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