
Le site de paris Polymarket place David Lisnard en troisième position pour 2027. Une enquête sur les données publiques révèle que de faibles montants et des relais sur les réseaux sociaux suffisent à faire fluctuer ces cotes.
AI-generated summary
Polymarket est un site de paris en ligne américain utilisant des cryptomonnaies, bloqué en France par l'Autorité nationale des jeux depuis juillet.
Oscar Wilde définissait le cynique comme « un homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien ». La présidentielle de 2027 lui offre un cas d’école. Mardi 6 octobre, peu après 7 heures, David Lisnard valait 13,3 centimes sur Polymarket, un cheveu devant Jean-Luc Mélenchon (13), derrière Marine Le Pen (42,5) et Édouard Philippe (18). Ses soutiens ont aussitôt sorti les captures d’écran. Le maire de Cannes s’est retrouvé « troisième homme » d’une élection où l’Ifop le mesure à 3,5 % des intentions de vote.
Nous avons voulu savoir ce que pesait ce chiffre. Le JDC a épluché les données publiques de ce site de paris, bloqué en France depuis juillet, soit un peu plus de 10 000 transactions examinées compte par compte. Vous ne tomberez pas de votre chaise en apprenant que la foule y est clairsemée. L’addition, elle, mérite le détour.
Polymarket, le site de paris où David Lisnard vaut 13 centimes
Un mot d’explication pour ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Polymarket est un site américain où l’on parie sur l’actualité, d’une élection à la météo, avec des cryptomonnaies indexées sur le dollar. Le principe tient en une ligne. Vous achetez une part « Oui » sur un événement, par exemple « David Lisnard sera élu président ». S’il gagne, elle vous rapporte 1 dollar. S’il perd, en revanche, elle ne vaut plus rien.
Le prix de cette part se lit comme une probabilité. À 13 centimes, les parieurs estiment que le candidat a environ 13 % de chances de l’emporter, soit une sur sept ou huit. On appelle cela une cote. Elle n’a pourtant rien d’un sondage, puisque personne ne demande à un échantillon de Français pour qui ils voteront. N’importe qui dans le monde peut acheter, sans donner son nom ni sa nationalité. Et l’on peut y « voter » autant de fois que l’on a de dollars à miser, depuis autant de comptes que l’on veut.
Un détail compte pour la suite. Le prix affiché sur Polymarket correspond au point médian entre la meilleure offre d’achat et la meilleure offre de vente (et au dernier échange quand l’écart entre les deux dépasse 10 centimes). Or, sur un pari peu fréquenté, ces offres sont rares. Imaginez une vente aux enchères dans une salle presque vide (trois mains levées suffisent à faire flamber un lot). Quelques milliers de dollars épuisent les parts bon marché et la cote s’envole.
Cote de Lisnard : 12 000 dollars ont suffi à presque la tripler
La cote a connu deux poussées distinctes, la première à la mi-septembre, la seconde début octobre. Les dates, pour s’y retrouver :
6 au 13 septembre : la cote passe d’environ 3 % à plus de 8 %. 97 comptes achètent pour 12 400 dollars.
10 septembre : Les Mileistes Français écrivent sur X que la cote « explose ». 97 000 vues.
25 septembre : Cyril Hanouna fait mine de parier 50 euros sur David Lisnard dans son émission sur W9.
30 septembre : un nouveau compte mise 105 000 dollars contre le maire de Cannes.
2 au 6 octobre : 182 acheteurs misent 75 600 dollars. Le 4, record de 203 000 dollars échangés en une journée.
5 octobre, 23 h 37 : David Lisnard publie son message sur X.
6 octobre : la part vaut 13,3 centimes.
Remontons au début de l’ascension. Le 6 septembre, la part de David Lisnard s’échange autour de 3 centimes, avec un creux de quelques heures à 1,4 centime. Le 13, elle en vaut plus de 8. Sa cote passe donc d’environ 3 % à plus de 8 % en une semaine, soit presque le triple (on a vu des memecoins plus timides).
Pendant ces huit jours, 97 comptes achètent du Lisnard pour un total net de 12 400 dollars. Le volume échangé sur la période atteint 60 000 dollars, reventes et paris adverses compris, mais la mise nette des acheteurs s’arrête à ces 12 400 dollars. Cinq d’entre eux règlent toutefois 68 % de la note. La moitié des acheteurs ont misé moins de quinze dollars, le prix d’un menu, boisson comprise.
Sur X, les premiers relais de la cote de David Lisnard
Ce premier emballement a déjà ses relais sur X. Le 5 septembre, un compte parodique affirme sur X que David Lisnard est « le 3e candidat avec le plus de chance d’être élu » sur Polymarket, quand sa part vaut 3 centimes. Le 10, le compte Les Mileistes Français écrit que sa cote « explose » : 97 000 vues. Ce jour-là, le volume échangé passe de 2 200 à 20 800 dollars.
Voilà donc le tarif. Pour le coût d’une citadine d’occasion, un candidat absent de la plupart des hypothèses testées par les sondeurs devient une courbe ascendante que l’on peut montrer à la télévision. La page du pari affiche un volume flatteur de 3,89 millions. Mais ce compteur additionne des parts échangées, qui valent quelques centimes pièce. L’argent réellement passé de main en main depuis février tourne autour d’un million de dollars.
Sur Kalshi, 3 400 dollars échangés depuis août
Le concurrent américain Kalshi, souvent cité en renfort, affiche une cote voisine de 12 %. On n’y a cependant échangé qu’environ 3 400 dollars sur David Lisnard depuis le mois d’août, dont près de 2 000 en un seul ordre. Le 10 septembre, jour de son « bond » à 12 %, il s’y était traité 108 dollars. Priceless. Le 26 septembre à 17 h 47, un acheteur pressé y a vidé le carnet d’ordres et payé certaines parts jusqu’à 75 centimes, comme si le maire de Cannes avait trois chances sur quatre d’être élu.
La suite tient du feuilleton. Le 25 septembre, douze jours après ce premier emballement, Cyril Hanouna fait mine de parier 50 euros sur la victoire du maire de Cannes dans son émission « Tout beau, tout n9uf » sur W9 (le site belge 21 News s’en fait l’écho le 27 septembre). Il assure que « 100 % des Français qui le connaissent veulent voter pour lui ». Neuf jours plus tard, le 4 octobre, Les Mileistes Français, déjà à l’œuvre en septembre, annoncent sur X que rien n’est « plus fiable » que cette cote. Près de 500 000 vues. Le même jour, 137 portefeuilles (l’équivalent d’un compte sur ces plateformes) échangent 203 000 dollars sur le pari Lisnard, record absolu.
Début octobre, 182 acheteurs et trois comptes qui pèsent 40 % des mises
Du 2 au 6 octobre, nous avons compté, avec l’aide de Fable, 182 acheteurs. Ils ont misé 75 600 dollars au total, et la moitié d’entre eux moins de 40 dollars. 145 n’avaient jamais touché à ce pari. Des curieux, pour l’essentiel, du moins en nombre. En montant, trois comptes arrivés entre le 3 et le 5 octobre (Sieghart14, resuildde et LaQuica6) pèsent à eux seuls environ 31 000 dollars, soit 40 % du total. D’ailleurs, plusieurs comptes ont été ouverts la veille ou le jour même de leur achat, parfois après un dépôt d’essai de 49 dollars, ce qui évoque davantage le débutant appliqué que le stratège de l’ombre.
D’autres médias, dont Bourse Inside, évoquent un pic bref à 17 % le 5 octobre. Pourtant, la série de prix publiée par Polymarket, relevée minute par minute, ne dépasse pas 14 % sur la période. Des achats isolés ont pu se conclure plus haut sans que le prix affiché suive.
Le 5 octobre à 23 h 37, soyons précis, David Lisnard publie sur X la phrase suivante : « Ne perdez plus de temps à essayer de me convaincre : je vais voter pour moi. » Suit le #ilsepassequelquechose, en tendance en France le lendemain matin. On notera utilement que ni son compte ni celui de son parti n’ont jamais écrit le mot « Polymarket », d’après nos recherches sur le réseau. Le candidat fournit le slogan, ses relais fournissent le chiffre, et chacun peut jurer n’avoir rien demandé à l’autre.
Les preuves sur Polymarket : des portefeuilles publics, des mises de 5 dollars
Rien de tout cela ne relève du secret. Polymarket fonctionne sur une blockchain, c’est-à-dire un registre public où chaque achat laisse une trace que n’importe qui peut consulter. Trois exemples, adresses à l’appui.
Le plus gros acheteur. Le compte Sieghart14 (0x0e8c67cff62868912d8ae14b6cd4246dde2613aa) s’inscrit en octobre 2026, d’après son profil, et effectue sa première opération le 3 octobre à 13 h 52. Il passe trois achats dans la journée, de 2 490, 3 456 puis 9 009 dollars, frais compris. Total : 162 613 parts payées environ 9 centimes pièce, soit 14 955 dollars frais compris (14 429 hors frais, le montant repris dans notre graphique plus bas). Il ne détient par ailleurs aucun autre pari sur la plateforme.
Le petit porteur. Le 10 septembre à 11 h 03, en pleine envolée, le compte Capico (0xf5b46aa60abd196d04d6de64978dd13a8a7046db) achète deux lots de 114 parts à 5 dollars le lot. Vingt-huit minutes plus tard, il en reprend pour 10 dollars. Il revend l’ensemble le 14 septembre pour 31,78 dollars, soit onze dollars de gain. Le 11 septembre au matin, un certain ispiceTra en prend 100 pour 5,90 dollars. Sur les 121 achats de parts « Oui » enregistrés cette semaine-là, 80 ne dépassaient pas 30 dollars.
Un parieur à 105 000 dollars contre le maire de Cannes
L’adversaire. Le compte biboutou (0xb0144e1bf2607ae00cb4b679a3d309235b17c6f4) apparaît le 30 septembre. À 21 h 01, il achète 50 000 parts « Non » pour 46 602 dollars, frais compris. Six minutes plus tard, il en ajoute 62 691 pour 58 465 dollars, soit 105 000 dollars en deux ordres. Il a ensuite complété sa mise : le 6 octobre, son profil affichait 118 339 parts « Non », pour un prix de revient d’environ 110 000 dollars hors frais.
Manipulation sur Polymarket ? Nos données ne permettent pas de l’établir
Le Canard enchaîné a évoqué l’hypothèse d’une cote manipulée. Interrogé par l’hebdomadaire, l’intéressé a répondu « Je ne sais même pas comment ça marche ! » (l’aveu surprend chez un maire dont la ville formait ses commerçants au paiement en cryptomonnaies en février 2025, avant d’accueillir l’EthCC, grand-messe européenne d’Ethereum).
Nos données ne permettent pas d’établir une manipulation. Mais elles ne l’excluent pas non plus. En septembre, cinq comptes règlent 68 % des achats. En octobre, trois comptes arrivés en trois jours pèsent 40 % des mises, et deux autres gros acheteurs, neutralwave23 et Thibaud (environ 10 000 dollars chacun), restent à examiner. Rien n’empêche d’ailleurs une même personne de se cacher derrière plusieurs pseudonymes, le cas de Théo en 2024 le rappelle plus bas.
À quoi ressemblerait une preuve ? Il faudrait par exemple que plusieurs de ces portefeuilles aient été alimentés depuis une même adresse, signe qu’une seule main se cache derrière plusieurs pseudonymes. Ou qu’un même acteur achète et vende à lui-même pour faire monter le prix sans rien risquer. Ou encore qu’un lien apparaisse entre les gros acheteurs et l’entourage du candidat, avec des achats placés juste avant les publications qui vantent la cote. Aucun de ces éléments n’est établi à ce stade.
Ce que les données décrivent avec certitude est d’une autre nature, et c’est plus embarrassant qu’un complot. Un compte militant s’enflamme, un animateur en parle, quelques dizaines de curieux achètent pour le prix d’un plein, la cote grimpe, la capture repart sur les réseaux, d’autres curieux arrivent. La boucle peut tourner toute seule. Aucune tricherie n’est requise quand un pari est assez peu fréquenté pour qu’un buzz suffise.
Les plus gros parieurs misent contre David Lisnard
L’argent sérieux, lui, regarde ailleurs. Sur Polymarket, on peut aussi acheter des parts « Non », qui rapportent si le candidat perd. Le plus gros parieur du marché a ainsi engagé 430 000 dollars contre David Lisnard (il en a mis 228 000 contre Marine Le Pen, ce qui écarte la vendetta personnelle). Son profil, LlamaLoco0000, affiche une inscription en juillet 2022 et 428 paris différents.
Une adresse sans nom apparaît au-dessus de lui dans le registre, avec plus de 960 000 parts « Non » : ce n’est pas un parieur mais, selon toute vraisemblance, une adresse technique de Polymarket, sans propriétaire, où partent les parts « Non » que leurs détenteurs convertissent en parts sur les autres candidats. Le compte biboutou, ouvert le 30 septembre, a déposé 113 000 dollars et en a engagé l’essentiel sur sa défaite, dont 105 000 en six minutes. À lui seul, le premier pèse donc plus de cinq fois les 182 acheteurs de début octobre réunis.
Ajoutons un détail juridique. L’Autorité nationale des jeux, le gendarme français des paris en ligne, a fait bloquer Polymarket le 16 juillet pour offre illégale de jeux d’argent. Elle rappelle aussi que la publicité pour un site non autorisé est un délit passible de 100 000 euros d’amende. Les 205 057 visiteurs français recensés en juin n’ont manifestement pas tous renoncé à contourner le blocage.
Trump 2024, Lisnard 2027 : la cote Polymarket brandie comme une preuve
Les amateurs de précédents citeront novembre 2024. Polymarket donnait Donald Trump à environ 60 % quand les sondeurs voyaient un pile ou face, et le marché a eu raison. On oublie pourtant volontiers que ce prix devait beaucoup à un seul homme, un Français surnommé Théo, qui pilotait neuf à onze comptes selon les estimations successives de la société d’analyse Chainalysis, et a empoché entre 79 et 85 millions de dollars. Théo pariait gros sur ce qu’il croyait, sur un marché de plus de 3 milliards de dollars où un achat de 12 000 dollars serait passé inaperçu.
On peut se demander s’il y a là une manipulation « à la Trump ». La question est légitime, à condition de regarder ce qui est établi. Depuis 2024, la famille est passée de l’autre côté du guichet. Donald Trump Jr. conseille Kalshi contre rémunération. Il siège aussi au conseil consultatif de Polymarket, dans lequel a investi le fonds 1789 Capital, dont il est associé.
Le 21 septembre, le sénateur républicain John Curtis a réclamé une enquête sur ces liens, rapporte le site spécialisé SBC Americas. Sa lettre vise les proches d’un président qui tireraient de cette proximité un profit privé. Cependant, aucune enquête n’a établi à ce jour que les Trump aient truqué une cote, et rien de comparable n’apparaît autour de David Lisnard. Le malaise est d’un autre ordre. En 2024, le camp Trump brandissait ces cotes en campagne. Le fils du président conseille aujourd’hui le bookmaker, et son fonds en est actionnaire.
L’argument d’Elon Musk recyclé pour 2027
La ressemblance avec 2027 se trouve ailleurs. En octobre 2024, Elon Musk expliquait à ses abonnés que ces cotes étaient « plus précises que les sondages », puisque de l’argent réel était en jeu. La phrase revient aujourd’hui presque mot pour mot chez les relais de David Lisnard, appliquée à un pari des centaines de fois plus petit. Or l’argument avait du poids quand des milliards étaient sur la table. Avec 12 000 dollars, il décrit surtout l’humeur de 97 personnes.

The 2027 finance bill in France provides for a 54 billion euro effort to reduce the deficit to 5%, mainly affecting retirees, students and households.

The Clarity Act, aimed at clarifying the regulation of digital assets between the SEC and the CFTC, was rejected in the US Senate on September 15, 2026 by 50 votes to 49, despite intensive lobbying of $8 million from the crypto sector.

Donald Trump demands the resignation of Jerome Powell from the board of governors of the Fed after the publication of an internal report on the costly renovation of the headquarters in Washington, which reveals management failures but no criminal offense.

Donald Trump receives Xi Jinping at the White House for a diplomatic summit. The two powers extended their trade truce until January 10, temporarily easing tensions over tariffs, rare earths and soybeans.

Pro-crypto super PAC Fairshake is committing $30 million to prevent former Democratic Sen. Sherrod Brown from regaining his Ohio seat in the November election, after the CLARITY Act failed in the Senate.

Two days after the rejection of the CLARITY Act in the Senate, seven Democratic senators issued a joint statement to announce their desire to revive the text in a bipartisan manner before the end of the year.