Shana : le portrait saisissant d'une jeune femme sous emprise
Quick Look
- Le premier long-métrage de Lila Pinell, "Shana", met en scène Éva Huault dans le rôle d'une jeune femme aux prises avec une relation toxique et des difficultés financières.
- Le film explore les thèmes de l'émancipation et de l'identité culturelle.
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Lila Pinell, réalisatrice et documentariste, a rencontré Éva Huault, alors âgée de 10 ans et demi, en juillet 2007, quand elle tournait un documentaire dans une colonie de vacances. Elle a gardé le contact avec elle et deux de ses copines fusionnelles durant quelques années. Puis Éva Huault, devenue adulte, a croisé de nouveau sa route en 2019, et elle lui a raconté sa vie. Lila Pinell a eu l'idée de créer pour elle le rôle de Shana et de la mettre en scène dans une fiction, Le Roi David, un moyen-métrage sorti en 2021. Cinq ans plus tard, Éva Huault et son personnage sont au centre du premier long-métrage de la cinéaste, Shana, en salles mercredi 17 juin. Présenté lors du dernier Festival de Cannes à l'occasion de la Quinzaine des réalisateurs, le film y a été distingué par le prix SACD.
"Shana, t'es morte cette nuit !" Après un générique peuplé de fresques représentant les Dix Plaies d'Égypte, fameux récit biblique de l'Ancien Testament, le film s'ouvre sur une partie de Loups-garous. Dans ce célèbre jeu de société, où alternent meurtres nocturnes et investigations diurnes au sein d'un village, chacun cache sa véritable identité (déterminée par tirage de carte), sa vraie nature, pour espérer survivre le plus longtemps possible... La partie tourne court pour l'une de ses participantes, Shana, désignée dernière victime de la nuit. La jeune femme au caractère bien trempé s'emporte alors contre l'une des participantes, puis quitte la soirée avec fracas.
Conflits et galères
Il faut dire que Shana (interprétée par Éva Huault), jeune adulte dans la vingtaine, vit dans une tension émotionnelle constante. Dans une relation conflictuelle avec une mère un rien fantasque, Yolande (Noémie Lvovsky), en couple avec un dealer qui maintient sa mainmise à distance, depuis sa prison. La jeune femme ne peut compter que sur sa bande d'amies pour s'offrir quelques instants d'insouciance.
Les rares moments où elle rejoint son clan familial, d'origine juive marocaine, tournent rapidement au vinaigre. C'est alors qu'un drame survient. La grand-mère maternelle de Shana, Marie (Geneviève Krief), s'éteint. Contre toute attente, c'est à la rebelle Shana que Yolande confie l'ultime bijou que sa défunte mère avait rapporté du Maroc, une somptueuse bague en or en forme d'oiseau, censée protéger du mauvais sort...
Shana, c'est une éternelle gestion de galères. Galères de petits boulots peu recommandables, galères financières qui ne peuvent qu'empirer, toutes étant les conséquences de ses galères sentimentales. Son compagnon toxique, dont elle cache l'existence à sa famille, s'appelle Moïse. Même en détention, il ne la laisse pas en paix. Shana a beau avoir une forte personnalité, du charisme, un redoutable sens de la repartie, elle demeure sous son contrôle, reflet des mécanismes glaçants de l'emprise.
Son Moïse à elle n'a rien à voir avec celui de l'Ancien Testament... Elle n'en essuiera pas moins ses propres "Plaies d'Egypte". Cette épopée biblique étudiée à l'école lui avait laissé un souvenir plus que crispant, se souvient-elle en voix off, lors d'une des séquences du film – dont on pourrait se passer – où une Shana narratrice se superpose à la Shana actrice de son destin.
Dans le rôle de Shana, Éva Huault crève l'écran au centre d'une distribution brillante. Avec éclat, ardeur mais aussi une grande finesse, l'actrice exprime chaque facette des questionnements lancinants de son personnage, comme l'émancipation, la féminité, mais aussi la transmission et la recherche d'un positionnement par rapport à une lignée, une identité culturelle et religieuse. Quand on sait qu'il y a un petit peu de l'histoire d'Éva Huault et de la réalisatrice du film dans la vie de Shana, on perçoit d'autant plus la sensibilité profonde du film.





