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Le blocage du détroit d'Ormuz, déclenché par des frappes américano-israéliennes en Iran, a provoqué une hausse des prix du pétrole et des surcoûts importants pour les importateurs, tout en générant des bénéfices records pour les producteurs.
Avant que les frappes américano-israéliennes en Iran ne plongent le Moyen-Orient dans un conflit à l'issue toujours incertaine, la simple idée d'une fermeture du détroit d'Ormuz faisait trembler les analystes. Qu'adviendrait-il de l'économie mondiale, ainsi privée de son accès direct à un cinquième de la production mondiale d'hydrocarbures ? Suffirait-il d'un mois, de deux mois, d'un trimestre peut-être, avant que les pays dépendants du pétrole des pays du Golfe ne sombrent dans le chaos ? Combien de temps avant que la hausse incontrôlée du prix du baril n'entraîne une récession mondiale ?
Six mois après le début de la crise, vendredi 28 août, le scénario du pire ne s'est pas concrétisé. Mais le blocage du détroit d'Ormuz, plus ou moins partiel selon les sources et les saisons, a durablement transformé le secteur pétrolier. Reste à savoir ce qu'annoncent ces transformations : l'inévitable déclin d'une ressource du passé ? Ou le triomphe de l'or noir sur "la plus grande crise énergétique de l'histoire" ?
Les producteurs de pétrole investissent toujours plus dans leur propre avenir
Si l'on se fie aux bénéfices engrangés ces derniers mois par les majors pétrolières, rarement le secteur n'est apparu en si bonne santé. Avec la hausse des prix provoquée par le blocage du détroit (et leur maintien à des niveaux élevés au fil des mois), ExxonMobil, Chevron, Shell et les autres ont bel et bien profité de la crise. Fin juillet, TotalEnergies annonçait ainsi que son bénéfice net au deuxième trimestre de 2026 avait doublé par rapport à l'année précédente. La compagnie pétrolière nationale saoudienne, Aramco, annonçait quant à elle une hausse de 34% de son bénéfice net trimestriel (à plus de 33 milliards de dollars), "alors même que ses infrastructures ont été endommagées par des frappes de drones et de missiles des forces iraniennes et houthies", pointait The Guardian.
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Grâce aux retombées de la crise sur leur trésorerie, les entreprises du secteur assurent désormais leurs arrières. Elles investissent "toujours autant, voire plus en 2026" que les autres années, constate Patrice Geoffron, professeur d'économie et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières de l'Université Paris-Dauphine. Et elles ne misent pas sur le déclin de leur activité principale. "Elles investissent de plus en plus dans les énergies renouvelables, l'hydrogène et le captage-stockage du carbone, mais ces activités restent minoritaires. L'exploration et la production, surtout dans des régions à bas coûts comme le Guyana, le Brésil ou l'offshore profond, restent prioritaires", explique l'économiste.
Quant aux grandes compagnies nationales du Golfe, les plus pénalisées par l'obstruction de ce passage stratégique, elles "financent principalement les projets de contournement", limitant ainsi la casse face à la concurrence des majors occidentales. Investissant des milliards de dollars, elles construisent, modernisent ou accélèrent la construction de pipelines et d'infrastructures visant à témoigner de leur capacité à arroser la planète d'un pétrole abondant et bon marché, quelles que soient les circonstances géopolitiques ou militaires, résume encore Patrice Geoffron.
Les importateurs de pétrole investissent toujours plus dans un avenir propre
Pour autant, "la crise actuelle n'est pas 'bonne' pour le secteur, même si celui-ci engrange actuellement des bénéfices records", nuance l'analyste américaine Casey Merryman, responsable des services Marchés pétroliers et veille concurrentielle chez Energy Intelligence. Car pour les pays les plus dépendants de ces importations, la hausse des prix, même contenue, a fait mal. Très mal. Dans le sillage du blocage partiel du détroit d'Ormuz, "les pays importateurs ont déboursé 330 milliards de dollars" de plus que les montants prévus dans le contexte d'avant-guerre, calcule un rapport publié le 26 août par le Center for Research on Energy and Clean Air (Crea). Pour le pétrole brut, le surcoût a été estimé à 164,1 milliards de dollars sur cinq mois. Pour le diesel et le gazole, il s'est élevé à 73,8 milliards, contre 35,7 milliards pour l'essence, 38 milliards pour le GNL et 20 milliards pour le kérosène.
"Parallèlement, au cours des cinq premiers mois de la crise, la production d'électricité propre ajoutée au cours des six dernières années a permis aux pays importateurs d'économiser environ 36 milliards de dollars", dont 5 milliards de dollars rien que pour le pétrole, continue le Crea. Sa conclusion : dans un monde imprévisible, pourquoi continuer d'acheter du pétrole quand il suffit d'investir dans les énergies renouvelables pour se mettre durablement à l'abri des fluctuations du marché ?
"L'industrie pétrolière et gazière a surmonté de nombreux obstacles au fil des décennies ; ce qui diffère cette fois-ci, c'est que les sources et moyens énergétiques alternatifs — principalement via l'électrification — sont bien plus accessibles et économiques qu'auparavant."
Casey Merryman, analyste chez Energy Intelligence
à franceinfo.fr
Pour illustrer ce possible basculement, le vice-président du bureau d'études spécialisé dans l'énergie et la transition DNV, Sverre Alvik, invite, dans une récente tribune, à observer la baisse spectaculaire de la demande mondiale en pétrole. Elle était "de plus de trois millions de barils par jour au moment de la rédaction de ce document, ce qui équivaut approximativement à la consommation de pétrole du Japon". Or, "chaque mois qui prolonge le conflit accroît le risque d'une destruction durable de la demande", avance-t-il, pointant l'explosion récente des ventes de véhicules électriques.
Alors que la majeure partie du pétrole mondial est utilisée dans les transports, "les ventes de véhicules électriques sur les 'nouveaux marchés', c'est-à-dire hors de Chine, d'Europe et d'Amérique du Nord, ont bondi de 97% en juillet de cette année par rapport au même mois de l'année précédente", expose Sverre Alvik. De même, "la consommation de pétrole pour la production de matières premières pétrochimiques, notamment en Chine, a légèrement diminué", remarque-t-il. Comparant la voiture thermique à la graisse de baleine, autrefois utilisée pour l'éclairage et le chauffage des villes, le journaliste économique John Letzing l'assure : "De ce point de vue, la part permanente de la destruction actuelle de la demande pourrait être loin d'être négligeable". "Certains experts parlent même d'un point de bascule", écrit-il dans un article publié sur le site du Forum économique mondial.
La sécurité énergétique passe toujours par le pétrole
Dans ces conditions, les investissements du secteur pour contourner le détroit d'Ormuz et ainsi garantir la sécurité de l'approvisionnement en pétrole relèvent-ils du mauvais calcul ? Pas forcément, répond Patrice Geoffron. "Ils sont rationnels pour la sécurité énergétique et peuvent être justifiés à court et moyen terme. Ils ne garantissent pas la domination du pétrole à long terme, mais montrent la volonté des producteurs de protéger la valeur de leurs exportations pendant la transition et de se prémunir contre de futures crises géopolitiques, explique l'économiste. Dans un monde géopolitique fragmenté, la sécurité des approvisionnements est stratégique."
S'il est encore trop tôt pour savoir si cette destruction de la demande n'est que temporaire, Casey Merriman constate, pour sa part, que les six derniers mois ont mis au jour "une crise de confiance majeure envers l'industrie et sa capacité à garantir un approvisionnement constant en énergie abordable, et fiable à l'échelle mondiale." "Parallèlement, de nombreux pays envisagent la sécurité énergétique future en privilégiant les ressources nationales plutôt qu'en cherchant nécessairement à diversifier leurs approvisionnements en pétrole et en gaz", continue-t-elle.
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Mais Casey Merriman insiste : il ne faut pas mélanger "indépendance énergétique" et "décarbonation". Certes, la crise a poussé de nombreux pays du monde à revoir leurs politiques vis-à-vis des énergies décarbonées (solaire, éolienne, nucléaire, etc.). Mais elle a aussi relancé le charbon et convaincu ceux qui disposaient de gisements de pétrole de continuer, reprendre ou accélérer leur exploitation. Au Royaume-Uni, le Premier ministre Andy Burnham s'est montré favorable à ce que le gouvernement assouplisse sa politique en matière d'exploitation des hydrocarbures en mer du Nord.
AI outlook — possibilities, not facts
La demande mondiale en pétrole continuera de baisser si la croissance des véhicules électriques hors Chine, Europe et Amérique du Nord se maintient.
Likely · Within months
Les producteurs de pétrole maintiendront leurs investissements dans l'exploration et la production, notamment dans des régions à bas coûts comme le Guyana, le Brésil ou l'offshore profond.
Very likely · Within months

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