Crédité à 42 % dans les sondages pour les régionales en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund incarne la poussée de l'extrême droite dans l'ex-RDA.
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L'AfD progresse dans les Länder de l'Est de l'Allemagne, s'appuyant sur un mécontentement persistant depuis la réunification.
Crédité à 42 % dans les sondages, Ulrich Siegmund, le candidat du parti d’extrême droite l’AfD (alternative pour l’Allemagne), ne s’est pas départi de son sourire pendant la campagne pour les régionales dans la Saxe-Anhalt. Si la liste du trentenaire remporte le scrutin ce dimanche 6 septembre dans ce Länder de l’Est de l’Allemagne, ce sera une première pour le parti d’extrême droite, qui a été jugé infréquentable par le Rassemblement national lui-même.
Avec une majorité absolue, il pourrait, à la faveur d’une crise entre les deux principaux partis fédéraux – la CSU pour les conservateurs, et le SPD, pour les sociodémocrates –, former le premier gouvernement régional d’extrême droite de l’après-guerre.
Populaire sur les réseaux sociaux
Sur le terrain, lors de meetings organisés pour séduire des familles, proposant châteaux gonflables et saucisses grillées, l’homme de 35 ans, marié et père d’une petite fille, jouit d’une assez grande popularité. Chevelure poivre et sel et regard bleu, l’ancien entrepreneur en parfums d’ambiance se plie aux selfies et autographes avec un style décontracté.
Il faut dire que l’AfD, qu’il a rejoint en 2014, travaille son omniprésence sur les réseaux sociaux, depuis plusieurs années. « La radio et la télévision régionales sont vues comme des organes du pouvoir, donc on ne l’écoute pas, on s’informe de manière alternative sur les réseaux sociaux », précise Pierre-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. Il cumulerait 1,1 million de fans et d’abonnés cumulés sur les différentes plateformes.
« Dangereux », il veut réécrire l’histoire
Mi-août, il a fait la une du très sérieux magazine d’investigation Der Spiegel avec ce titre « L’homme le plus dangereux d’Allemagne ». Et pour cause, il est affilié à la mouvance la plus radicale de l’AfD, appelée Der Flügel (l’aile en allemand). Jean-Yves Camus rappelle qu’elle avait été mise sous observation car la Constitution allemande interdit « de prôner un État qui défend une conception ethnique de la nation ». Cette aile droitière de l’AfD avait été sommée de se mettre en sommeil mais « elle ne l’a absolument pas fait », précise ce spécialiste.
« C’est une mouvance extrêmement radicale, sur les questions identitaires et sur son rapport à la Russie, qui est important quand on voit quand même qu’il s’agit de la partie Est de l’Allemagne », ajoute-t-il, précisant que le message n’est pas anodin dans le contexte de tensions très fortes entre Berlin et Moscou.
Par exemple sur l’éducation, qui fait partie des compétences propres aux Länder allemands, « on voit bien ce que pourraient être les pressions et les évictions de l’AfD dans la manière dont on enseigne l’histoire, le rapport aux étrangers, etc. dans le système scolaire. »
Ostalgie
Ulrich Siegmund est né très exactement l’année de la réunification, en 1990. « Et s’il ne l’a pas connu lui-même, il l’a connu par le reste de sa famille », pointe le politologue. Il surfe sur une sorte de nostalgie de l’ancienne RDA, cultivant le sentiment que les Allemands de l’Est sont restés des citoyens de seconde zone par rapport à ceux de l’Ouest. « L’état national allemand voulu par l’AfD c’est très simple, c’est l’organisation sociale de la RDA avec l’économie de marché », clarifie Jean-Yves Camus. Dans cet objectif, de même qu’il fallait se débarrasser du communisme, il faut se débarrasser « des partis du système » selon la ligne du parti d’extrême droite.
« La RDA a été un régime communiste qui n’avait pas été dénazifié, souligne ce spécialiste. On a maintenant des données précises sur le nombre de responsables est-allemands, y compris militaires et membres du parti communiste, qui avaient été des cadres intermédiaires du parti nazi. C’était extrêmement fréquent ». Officiellement, on prônait à l’Est les slogans communistes de l’amitié entre les peuples, de soutien aux peuples opprimés et colonisés « mais en fait on ne tolérait pas d’étrangers sur son sol, à l’exception de quelques étudiants chinois et vietnamiens », rappelle-t-il.
Il observe que l’AfD est en train de s’ancrer sur une partie du territoire allemand situé à l’Est, et que « cela pose la question de savoir si finalement la réunification a si bien fonctionné que cela ».
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