
Chloé et Arnaud témoignent de leur calvaire face à l'enlèvement international de leurs enfants et à la difficulté de faire appliquer la justice.
Chloé Moulière et Arnaud Paris témoignent des difficultés rencontrées pour récupérer leurs enfants enlevés et emmenés respectivement en Roumanie et aux États-Unis, malgré des décisions de justice en leur faveur et la Convention de La Haye.
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Des parents luttent pour faire exécuter des décisions de justice concernant des enlèvements parentaux transfrontaliers.
Chloé Moulière a 28 ans, elle habite Nantes. Son mari l'a quittée trois jours après son accouchement. Elle élève d'abord seule son fils Julian, qui a la double nationalité franco-roumaine, avant que sa vie bascule il y a deux ans.
"Mon fils a été enlevé en juin 2024. Il a été emmené en Roumanie par son père. On jouait dehors et le père a dû l'apprendre. Je ne sais pas par qui il a eu mon adresse. Ils étaient trois dans la voiture. Il y en a un qui m'a mise de côté. Il a mis l'enfant dans la voiture et ils sont partis. Il n'a jamais été présent. Il n'a jamais demandé des nouvelles de son fils pendant cinq ans et maintenant qu'il est grand, il l'a récupéré", raconte-t-elle.
Depuis, cette maman se bat pour récupérer son fils. Elle manque d'informations et les portes se ferment devant elle. Chloé Moulière décrit d'abord une période d'errance administrative et judiciaire avant d'obtenir gain de cause. "J'ai eu deux décisions de justice, une en Roumanie et une en France, comme quoi j'ai la garde exclusive."
Une victoire toute théorique au sein même de l'Union européenne. Chloé Moulière s'est rendue sur place en vain.
"En Roumanie, on m'a dit de le laisser là-bas, que de toute manière, je ne le récupérerai pas. Il a dû être suivi par un psychologue. J'ai été appelée car il a subi un choc psychologique. C'est la police de là-bas qui me l'a enlevé des bras. On m'a arraché mon fils des bras. Ils ont jeté mon exécution française et on m'a dit ça ne vaut rien. J'y suis allée en juin cette année. On m'a carrément interdit d'entrer dans la ville. L'enfant est français, je suis française. Je l'ai élevé, il a vécu en France et je me sens abandonnée", raconte-t-elle.
Une Convention de La Haye inefficace
Un sentiment que partage Arnaud Paris qui se se sent lui aussi délaissé. Ce père de 46 ans est allé jusqu'à faire une grève de la faim. Il a tenu 33 jours sans s'alimenter devant l'ambassade des États-Unis à Paris fin 2024.
"Je suis le papa de deux petites filles, Eva et Juliette, des jumelles de 11 ans franco-américaines, qui ont été enlevées par leur mère en avril 2024, suite à une séparation", explique-t-il.
Il poursuit : "Ça a été orchestré pendant plusieurs mois pour que, malgré l'interdiction de sortie du territoire, les enfants puissent être emmenés en passant par l'Espagne. Et ensuite par un passage clandestin entre l'Espagne et le Maroc pour rejoindre les États-Unis."
Arnaud a fait une "procédure de demande de retour sous la Convention de La Haye et, depuis avril 2024, les États-Unis font exprès de faire traîner cette procédure, de manière à ce que les enfants soient conditionnés pour refuser de revenir, et surtout relayer même un chantage. J'ai entendu mes propres enfants me dire : 'Papa, si un jour tu veux nous revoir, il faut abandonner tout ce que la France a décidé et il faut blanchir maman.' Ça revient à abandonner la demande de procédure de retour", dénonce-t-il.
Près de 200 dossiers ouverts
Les États-Unis, comme l'ensemble des pays européens, sont pourtant signataires de la Convention de La Haye, qui doit permettre le retour immédiat des enfants enlevés par l'un de leurs parents. L'accord est peu appliqué, alors le ministère de la Justice a décidé de mettre en place une cellule de médiation spécialisée.
"C'est une petite pierre à l'édifice. Si cette cellule de médiation ne permet que de ramener chez eux, auprès de leurs parents de manière légale et, on va dire, consentie, ne serait-ce que trois, quatre, cinq, six enfants par an, ce sera toujours trois, quatre, six situations personnelles qui auront été réglées grâce à ça. C'est aussi notre mission de le faire pour aider ces familles", indique Sacha Straub-Kahn, le porte-parole du ministère de la Justice.
"Il faut une action diplomatique pour protéger ces enfants"
La nouvelle cellule est insuffisante pour Arnaud Paris, qui a fondé l'association Protection des enfants de l'Europe. Il estime que le phénomène est largement sous-estimé alors que le ministère de la Justice annonce travailler sur 189 dossiers actuellement.
"On travaille avec Missing Children Europe, qui est en train d'essayer de rassembler des chiffres beaucoup plus représentatifs. Les estimations, avec cette association, sont de quatre enfants par jour en France qui sont victimes d'un enlèvement parental. En sachant que la moitié aura des conséquences à vie qui peuvent aller jusqu'à des tentatives de suicide à l'adolescence. Donc, c'est une vraie hémorragie au niveau français qu'il faut immédiatement traiter avec une action diplomatique pour protéger ces enfants", alerte le papa.
Arnaud Paris réclame une loi pour contraindre les États à respecter le droit international sur le sujet. Il a déjà dépensé une fortune, 850 000 euros de frais d'avocat pour tenter de retrouver ses filles avec qui il n'a eu que quelques échanges téléphoniques, près de deux ans et demi après leur départ. Depuis, il n'a vu Eva et Juliette qu'une fois pendant une heure, en mars dernier, dans une salle de tribunal dans l'Oregon.
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Traitement de 189 dossiers actifs par le ministère de la Justice via la nouvelle cellule
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