
Face au manque de solutions adaptées dans le système scolaire, les parents et enseignants se tournent vers des fournitures spécialisées, devenues un marché lucratif.
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Les troubles du neurodéveloppement touchent une personne sur six en France. Le système scolaire peine à proposer des outils adaptés, poussant les familles à l'achat privé.
Ce sont les nouvelles stars des salles de classe, et des rayons grandes surfaces. Les fournitures scolaires spécifiquement conçues pour les enfants atteints de troubles du neurodéveloppement (autisme, DYS, TDAH…) sont de plus en plus populaires, et pas seulement auprès de leur public cible.
Parmi les intéressés, l'entreprise française Maped s'est emparée du sujet et propose depuis 2025 sa gamme "Kiddy Learn Concentration". Taille-crayon avec des anneaux rotatifs, règle avec des zones en silicone sensorielles, ou encore stylos antidérapants jouent le rôle de "fidgets", des objets que l'on manipule afin de répondre à un besoin sensoriel, moteur ou d'autorégulation permettant de stimuler la concentration. La marque rapporte un chiffre d'affaires d'un million d'euros et plus de 330 000 articles vendus pour la rentrée 2026, soit le double que l'année précédente. Et la course aux fournitures n'est pas encore terminée.
"Les familles désespérées achètent"
Selon le ministère de la Santé, les troubles du neurodéveloppement concernent une personne sur six. Rien que pour le TDAH, plus de deux millions de personnes en sont atteintes, dont 600 000 de moins de 20 ans. 5% des enfants présentent un trouble de l'attention, soit presque un enfant par classe. Sans solutions face à l'explosion des cas, de plus en plus de parents et instituteurs investissent de leur poche dans ce matériel spécialisé.
De fait, l'école ne propose pas systématiquement de fournitures adaptées. Alors que faciliter l'apprentissage d'un groupe en difficulté ne pourrait être que "favorable pour toute la classe. Ça n'empêchera pas les bons élèves de bien apprendre", constate Elvire Cassan, autrice et journaliste, elle-même mère d'une enfant multi-DYS. "Des enseignants se forment eux-mêmes et trouvent des solutions, à travers par exemple des vidéos YouTube, puisque l'Éducation nationale ne le fait pas." Réalisatrice du documentaire audio Une vie de DYS, elle travaille aussi pour le média "Zèbres" dédié aux troubles neurodéveloppementaux et sortira en septembre, au format poche, "L'odyssée des DYS".
Pour Elvire Cassan, les fournitures labellisées pour enfants atteints de troubles DYS et de l'attention ne sont donc qu'une solution de fortune pour pallier les manques des institutions concernées. "En réalité, les familles sont tellement désespérées qu'elles achètent ces produits pour aider leurs enfants à se concentrer. Ce n'est qu'un marché à remporter pour les entreprises privées." Obligé donc, de trouver des solutions de leur côté, comme cette institutrice qui a fabriqué avec trois bouts de carton un isoloir et des réglettes de lecture pour son élève atteint de TDAH. "Il y a de plus en plus de dépistages des enfants avec ce genre de troubles et on en parle de plus en plus. Ces élèves captent tout ce qu'ils voient et entendent, tout va les déconcentrer", explique la journaliste.
Une "valise DYS"
Mais l'Éducation nationale n'est pas complètement sourde aux discussions, nuance Françoise Dollet, institutrice à la retraite et bénévole active de 60dys, association de soutien aux enfants souffrant de troubles de l'apprentissage dans l'Oise. "Aux journées nationales des DYS, que nous organisons chaque année, il y a des stands pour certains organes officiels. D'un autre côté, ce n'est pas très évident pour nous, petite association, de trouver des subventions."
Pour aider au plus près du terrain les professeurs, Françoise Dollet a pris l'initiative il y a quelques années de créer une "valise DYS", que l'association met à disposition des établissements scolaires en faisant la demande. Dans la mallette, sous caution de prêt, se trouve par exemple du matériel numérique comme un ordinateur, un stylo qui lit à voix haute ce qu'il surligne ou encore des souris pour scanner des documents, ainsi que les fiches pédagogiques pour utiliser les outils correctement.
Il y a surtout du matériel scolaire accessible à tous les enfants, hors troubles du neurodéveloppement. "À l'intérieur, il y a une règle loupe, pour faciliter la lecture. Des ciseaux et un compas stop, fait pour bloquer les côtés et garder le bon écartement, énumère l'institutrice à la retraite. Plus simplement, il y a des stylos adaptés pour les gauchers et droitiers, des stylos papier avec des empreintes ergonomiques pour qu'il ne glisse pas entre les doigts, comme des règles et un tapis antiglisse…" Sans compter le matériel numérique, la valise revient à maximum 150 euros de fournitures scolaires, pour mettre à disposition d'une classe.
Une conception universelle
L'ancienne enseignante spécialisée pour enfants en difficulté s'est rendu compte bien plus tôt que n'importe quel enfant ayant accès à ces outils, avec ou sans troubles du neurodéveloppement, s'en servait lorsqu'ils étaient à disposition. "Je suis cette philosophie de la conception universelle de l'apprentissage, expose Françoise Dollet. Donner toutes les ressources à tous les enfants et à tous les enseignants, qui auront ensuite le choix de les utiliser ou non". Soit concevoir dès le départ des cours accessibles à tous ses élèves plutôt que d'adapter individuellement l'apprentissage.
Une opinion que partage Elvire Cassan : "L'école n'est pas inclusive, bien qu'elle le revendique. Par exemple, aucun manuel scolaire, principal support d'apprentissage, n'est adapté aux enfants DYS, insiste l'autrice. Alors que ça ne coûterait pas si cher de les refaire avec des interlignes et une police correcte. N'importe qui lirait mieux !" Il est donc plus simple de comprendre l'intérêt grandissant pour les fournitures scolaires spécialisées, lorsque très peu d'autres alternatives existent.

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