Imaginé par Rayan Nezzar, ce jeu sur navigateur permet de se glisser dans la peau d'un gestionnaire du budget de l'État.
Développé par Rayan Nezzar, le jeu vidéo sur navigateur « La Bataille du budget » plonge les joueurs dans la gestion difficile des comptes publics français, entre exigences de Bruxelles et popularité politique.
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Le jeu La Bataille du budget a été créé par Rayan Nezzar, ancien haut fonctionnaire et professeur à la Sorbonne, pour illustrer la complexité des finances publiques.
Et si c’était vous qui sauviez la France ? Dans La Bataille du budget, un jeu vidéo sur navigateur, vous avez les manettes (presque littéralement) pour relever la mission impossible de gérer les comptes publics, la réputation du gouvernement et la pression de l’Union européenne qui aimerait vraiment, mais vraiment que le déficit repasse sous les 3 %.
Au premier abord, l’interface est un peu austère. Tout se joue en cliquant sur des boîtes de dialogues en additionnant des chiffres. Mais il y a un côté un peu addictif à voir jusqu’où on peut aller. Le jeu s’inspire de l’expérience de son créateur, Rayan Nezzar, professeur associé en droit fiscal et finances publiques à la Sorbonne. « Ça a commencé comme un jeu pour mes étudiants, raconte-t-il. L’objectif est un peu double : être ludique et addictif, mais aussi pédagogique, en montrant les coulisses de l’élaboration d’un budget, les choix, les économies impopulaires, le contexte institutionnel. »
Un mélange qui doit beaucoup à son propre parcours. « J’ai été et je suis toujours un ultrageek. À Bercy, je faisais énormément de simulations, confie cet ancien haut fonctionnaire. S’ajoute un côté vécu, mon expérience dans les jeux de négociation entre ministres. » Mais ce n’est pas tout : dans une autre vie, le trentenaire a aussi travaillé avec Paradox Interactive, un studio de jeu de stratégie et de gestion.
Scénario 1 : l’impossible réforme libérale
Pour commencer, on a voulu sortir la tronçonneuse, façon Javier Milei. Conditionnement des allocations familiales versées aux étrangers, suppression du Conseil économique social et de l’environnement (Cese), suppression d’abattement d’impôts pour les retraités, fin de la gratuité dans les musées, baisse du financement pour les collectivités territoriales… Tout ça pour un effort total de 17,7 milliards d’euros qui feraient péniblement passer notre déficit public de 5,9 % à 5,4 %. Ce n’est pas suffisant pour Bruxelles, auprès de qui on s’engage à aussi geler le point d’indice des fonctionnaires.
Guerre au Moyen-Orient, grève des intermittents du spectacle, une réforme improvisée par le président qui nous tombe dessus : à la veille de l’examen du budget, notre projet a été si mal mené que les prévisions nous redonnent 5,9 % de déficit public, avec une cote de popularité cette fois-ci proche des 10 %. Pour tenter de sécuriser le vote et de gratter des économies, on accepte tout. « Edouard Filet » veut fusionner des agences de l’Etat ? Allez. « Laurent Vocal » veut plafonner les allocations chômage ? Banco.
Ah, message du Premier ministre. « Écoute mon vieux, je t’aime bien. Mais là, vu ta popularité, tu deviens un boulet pour nous. Soit tu remontes, soit je te descends. » Oups, on est remercié en plein examen du PLF, partie terminée. « Ce que j’ai voulu aussi transcrire, c’est le dilemme entre les décisions et la légitimité politique, souligne Rayan Nezzar. Aujourd’hui, si vous menez un mandat où vous coupez partout, ça ne va pas le faire. »
Scénario 2 : pas de dette, pas de problème
Changement de méthode. Cette fois-ci, on propose la suppression des allocations familiales pour les plus aisés, droits de succession pour les hauts patrimoines, rétablissement de l’ISF, tout ce qui peut réduire le déficit en restant dans les programmes de gauche. On claque la porte de Bruxelles, on ignore les marchés financiers, et on refuse « Lolo Nunesse » qui veut rajouter des contrôles aux frontières.
Et… ça passe. Une année après l’autre même. Mieux : notre gouvernement est super populaire, on trouve plein de ressources politiques et d’alliances de circonstances, et le déficit, à défaut de défendre sous les 3 %, stagne entre 6 et 5 %. Certes, la dette publique augmente, et les taux d’intérêt aussi, mais qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Ça, peut être : « Pour éviter le défaut de paiement, la Troïka [le trio FMI, BCE, Commission européenne] vous accorde une aide d’urgence, à condition d’accepter certaines réformes. » C’est la mise sous tutelle et la fin de notre utopie.
Bilan : le budget, c’est pas facile
Que retenir de La Bataille du budget ? La vie politique, ce n’est pas facile. Mais on comprend un peu mieux certains mots de vocabulaire et certaines situations après nos quelques parties. Reste que le jeu n’a pas de couleur politique assumée, insiste son créateur : « Ce n’est pas partisan. Le jeu utilise une banque de 200 mesures, et il y en a de droite, de gauche, pareil pour les amendements. » Et visiblement, on n’est pas les seuls à y avoir pris goût : le jeu a rassemblé 200.000 utilisateurs uniques en seulement vingt-quatre heures, selon son créateur.

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