
L'Alternative pour l'Allemagne arrive en tête avec 43,8% des voix, infligeant un sévere revers au chancelier Friedrich Merz.
L'extrême droite de l'AfD a remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt avec 43,8% des voix, devançant largement la CDU du chancelier Friedrich Merz et créant un choc politique majeur en Allemagne.
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L'AfD est arrivée en tête des élections régionales en Saxe-Anhalt avec 43,8% des voix, devançant largement la CDU du chancelier Friedrich Merz.
C'est un choc politique sans précédent. Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) est arrivé en première position lors d'élections régionales en Saxe-Anhalt (Allemagne), dimanche 6 septembre, selon des résultats quasi définitifs. Avec 43,8% des voix, la formation distance très largement la CDU du chancelier Friedrich Merz (17,2%). Suivent les sociaux-démocrates du SPD (9,3%), les Verts (8,9%), et le parti de gauche radicale Die Linke (8,6%). Avec 5,3%, l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) dépasse de peu les 5% nécessaires pour entrer au Parlement du Land.
Cette victoire est le résultat d'une campagne de fond menée par la formation politique, aidée par la popularité de son chef de file, Ulrich Siegmund. Les équipes du candidat de 35 ans, télégénique, ont multiplié les évènements de campagne et les rencontres avec les habitants du Land de 2,2 millions d'habitants, déroulant un programme d'extrême droite. Les promesses de mettre fin au "déclin" du territoire est-allemand, en visant notamment les réfugiés et les minorités sexuelles, ont fait mouche auprès d'une partie de l'électorat. Si elle accédait au pouvoir, l'AfD aurait une grande marge de manœuvre sur l'éducation et la culture, gérées par les régions allemandes.
Le score de l'AfD est "un bouleversement majeur", explique à franceinfo Valérie Dubslaff, enseignante-chercheuse à l’université Rennes 2. Lors des précédentes élections, le parti avait obtenu un peu moins de 23%. "Nous avons écrit l'histoire dans ce pays", s'est félicité Ulrich Siegmund à l'antenne de l'ARD. "Nous avons besoin d'un changement politique fondamental dans ce pays", a-t-il ajouté.
Le chancelier Merz mis en difficulté
Une telle avancée de l'extrême droite, même à la seule échelle régionale, envoie "un signal très fort" au gouvernement, expose Valérie Dubslaff. Un sérieux revers, qui "montre une nécessité de changer de cap" et de "mieux communiquer" pour la coalition au pouvoir à Berlin. Comme le rappelle The Guardian, Friedrich Merz avait promis, dès 2018, de réduire de moitié le score de l'AfD. "Il a fait campagne en disant qu'il arriverait à reconquérir l'électorat d'extrême droite, mais nous observons le contraire, poursuit la chercheuse. Plus il est au pouvoir, plus l'AfD monte. Sa stratégie droitière ne marche pas."
En Saxe-Anhalt et ailleurs dans l'est de l'Allemagne, le mouvement d'extrême droite a réussi à se nourrir du sentiment de déclin, de déclassement qui traverse ces régions moins favorisées. Le chancelier conservateur, officiellement nommé en mai 2025, peine à convaincre face à ce ressentiment. Seuls 16% d'Allemands ont une opinion positive de leur dirigeant, selon un sondage YouGov publié en juillet.
Dans la région, la majorité des électeurs de l'AfD sondés disent qu'ils veulent montrer au gouvernement qu'ils sont insatisfaits. Leur vote devient néanmoins de plus en plus un vote d'adhésion.
Plusieurs écueils expliquent cette part de contestation dans le vote. Friedrich Merz "n'est pas un personnage particulièrement positif ou charismatique, alors qu'Ulrich Siegmund communique très bien, avec le sourire et un air engageant. Il est très apprécié", observe Valérie Dubslaff. Son succès, dimanche soir, pourrait-il faire chanceler le leader allemand ? L'impact sur la politique fédérale est "difficile à prédire" à ce stade, tempère l'universitaire. "Il y a des revendications au sein de la CDU, également de la part du SPD, de remplacer" le chancelier, poursuit Jeanette Süß, analyste politique sur les relations franco-allemandes à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
L'envolée de l'AfD en Saxe-Anhalt touche aussi un autre membre de la coalition gouvernementale : le Parti social-démocrate, dont est issu le prédécesseur de Friedrich Merz, Olaf Scholz. A l'échelle fédérale, il est désormais crédité de 12% des intentions de vote, selon Politico. Un score dérisoire pour un parti autrefois dominant.
"L'AfD n'a jamais été aussi ouvertement extrémiste"
Le score d'Ulrich Siegmund est observé de près par les cadres fédéraux de l'AfD, donnée en moyenne à 28% aux élections fédérales, selon l'agrégateur de sondages de Politico. "Le Land est vraiment un laboratoire pour l'AfD", souligne Anna-Sophie Heinze, professeure à l'université Leuphana de Lunebourg (Allemagne). "Ils ont observé de très près la façon dont leur candidat a mené campagne et s'en inspireront ailleurs." Les élections régionales en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le 20 septembre, font figure de test pour la formation politique, donnée autour de 35% dans les intentions de vote. Le résultat montre aussi qu'une plateforme politique très radicale n'est pas rédhibitoire pour les électeurs.
"L'AfD a réussi la prouesse de se radicaliser progressivement. Au départ, il s'agissait d'un parti d'eurosceptiques, puis les ailes plus radicales ont pris le pouvoir. Aujourd'hui, on peut dire que c'est un parti d'inspiration nazie."
"L'AfD n'a jamais été aussi ouvertement extrémiste", ajoute Anna-Sophie Heinze, soit "l'exact opposé de ce que font les partis d'extrême droite pour gagner des voix en Europe". De quoi intéresser les mouvements partageant les mêmes convictions dans le reste du Vieux continent. "C'est un message de normalisation envoyé au reste des pays européens", complète Valérie Dubslaff.
En l'absence d'une majorité absolue, l'AfD pourrait ne pas pouvoir gouverner la Saxe-Anhalt. Seule la formation de gauche radicale et conservatrice BSW a laissé la porte ouverte à une alliance, sans formaliser un soutien. Le reste des partis a exclu de s'allier avec les troupes d'Ulrich Siegmund. Même dans l'opposition, l'AfD "aura un pouvoir de nuisance important sur la politique du Land", prévient Valérie Dubslaff : "Elle pourra bloquer les changements constitutionnels, et aura encore plus de ressources qui financeront sa machine de propagande. Elle aurait aussi plus de temps de parole et de présence médiatique."
De quoi convaincre de nouveaux électeurs, mais aussi faire réfléchir les autres partis sur leur stratégie et leurs choix politiques. "Pour l'instant, personne n'a trouvé la recette pour freiner l'ascension de l'AfD", observe la chercheuse. Le "cordon sanitaire" défendu par l'ensemble de la classe politique allemande, hors AfD, tient encore. Jusqu'à quand ?
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Élections régionales en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale comme test pour l'AfD
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