
L'Anses publie un avis alertant sur les effets néfastes des horaires atypiques (travail le week-end, horaires longs ou décalés) sur la santé physique et mentale, ainsi que sur la vie sociale et familiale, concernant 55 à 75 % des actifs français selon l'agence.
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L'Anses a analysé 172 études scientifiques sur les horaires atypiques, définis comme travail le week-end, horaires longs (>8h/jour ou >40h/semaine) ou horaires décalés (5h-8h et 19h-minuit), sans définition juridique en France.
Tôt le matin, tard le soir, longues amplitudes horaires… Hors travail de nuit, plus de la moitié des actifs en France travaillent, au cours de leur vie professionnelle, avec des "horaires atypiques", ce qui dégrade leur santé et altère leur vie sociale et familiale, alerte l'Anses, dans un avis publié mercredi 2 septembre.
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Pour définir les horaires atypiques, l'agence sanitaire en a retenu trois grandes formes : travail le week-end, en horaires longs de plus de huit heures par jour et/ou 40 heures par semaine, ou en horaires décalés entre 5 heures et 8 heures et entre 19 heures et minuit. "C'est tout sauf marginal, explique à l'AFP Henri Bastos, directeur scientifique Santé et Travail à l'Anses. Aujourd'hui en France, cela concerne 55% à 75% des actifs selon la définition retenue. Quelle que soit votre profession, vous pouvez être concerné à un moment ou à un autre par l'une de ces formes de travail en horaires atypiques". "Il peut y avoir un cumul des expositions au long de votre carrière", poursuit-il.
Les "horaires atypiques" pas définis juridiquement
Si la flexibilisation des horaires de travail s'est accrue depuis les années 1980, il n'existe pas de définition juridique des horaires atypiques. Ils concernent, à divers degrés, salariés, agents publics, travailleurs indépendants, agriculteurs, commerçants, ouvriers, infirmiers, aides-soignants, vendeurs, caissiers, agents d'entretien, aides à domicile, boulangers, cuisiniers, serveurs...
Il existe "beaucoup de littérature scientifique sur les effets du travail de nuit sur la santé (...) avec des mécanismes de désynchronisation de l'horloge biologique aux effets identifiés", notamment sur le sommeil, la santé psychique, l'apparition de cancers et de pathologies cardiovasculaires, rappelle Henri Bastos. Mais c'est moins le cas pour les horaires atypiques. Au vu des 172 études jugées pertinentes sur le sujet, l'agence a relevé des effets sur la santé mais aussi sur la vie familiale et sociale, "modulés par la charge ou la nature du travail, le stress ou encore la durée et les rythmes du sommeil".
Sans identifier un lien de causalité, "les études mettent en évidence des associations statistiques plus ou moins fortes, en fonction du type d'horaires", avec "des effets néfastes des horaires longs avérés sur l'anxiété, le sommeil, la survenue de maladies cardiovasculaires", résume Henri Bastos. Des effets négatifs probables ont aussi été notés sur la santé reproductive, métabolique, le risque de dépression, l'équilibre entre vie professionnelle et sociofamiliale, les accidents du travail.
Travailler le week-end nuit à la vie personnelle, mais aussi, suggèrent les études, à la santé mentale – dépression, anxiété – et physique – sommeil perturbé, douleurs, fatigue, troubles musculosquelettiques, accidents. Dette de sommeil, stress, perturbation de la vie familiale s'accumulent..."Vous allez moins récupérer, avoir un sommeil moins réparateur, avec des conséquences sur votre état général, votre santé mentale", explique Henri Bastos.
Des horaires qui doivent "être limités autant que possible"
Pour le travail en horaires décalés, les études suggèrent des effets néfastes sur la vie sociofamiliale, surtout pour le travail en soirée, et sur la santé mentale, cardiovasculaire et le sommeil, plutôt pour les postes matinaux. "Quand vous ne faites que croiser votre conjoint, vos enfants, que vous n'arrivez pas à voir vos amis, à accéder à des services collectifs comme la garde d'enfants, cette désynchronisation avec les rythmes collectifs dégrade votre vie sociale et familiale, et peut avoir des effets ensuite sur la santé", détaille Henri Bastos.
Le travail en horaires atypiques "doit être limité autant que possible", en conclut l'Anses. Lorsqu'il ne peut être évité, il doit être mieux encadré, en lui appliquant par exemple certaines protections prévues pour le travail de nuit : suivi médical, dispositions pour les femmes enceintes.
Pour le travailleur, cette organisation doit être "transparente, prévisible et équilibrée" et s'accompagner de compensations principalement non pécuniaires, favorables à sa santé: temps de travail réduit à salaire constant, repos compensateur, aide au transport, à la garde d'enfants…, estime l'agence.

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